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Six décennies au service des autres

11 juillet 2005, 20:00

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Pendant plus de six décennies, Dhunputh Aukhaj a réalisé pour son village, Camp-Thorel, ce qu?aucun autre homme n?aurait pu faire. Agé de 79 ans et ancien combattant, il poursuit encore son ?uvre sociale et jouit du respect de tout un chacun. Les habitants reconnaissent en lui celui qui a façonné leur vie.

Le septuagénaire a été décoré de la Queen?s Medal en 1977 pour sa contribution dans le domaine social. Il s?est vu octroyer la citoyenneté d?honneur de Moka-Flacq en 1987 et des distinctions de l?Arya Samaj, du professeur Saxena, chirurgien cardiaque, et en tant que président de l?Association parents enseignants de l?école primaire de Camp-Thorel pendant dix-sept ans.

Marcher plus de cinq milles

La vie de Dhunputh Aukhaj est un bel exemple de courage, de détermination et de persévérance. Faute d?argent, il a dû interrompre ses études après la sixième.

A 14 ans, il rejoint les coupeurs de canne du village. Mais après une année de dur labeur, il décide de devenir marchand de pains. ?Je me levais à quatre heures du matin et je devais marcher cinq milles à travers des champs de canne pour me rendre à la boulangerie de Quartier-Militaire. Je revenais toujours à pied avec un panier de pains sur la tête. Même en période d?intempéries, je devais retourner à Camp-Thorel avant six heures du matin?.

Dhunputh Aukhaj s?impose ce rythme de travail pendant quatre longues années avant d?être recruté comme sirdar des travaux publics. ?A cette époque, il n?y avait pas de points d?eau à Camp-Thorel. Les employés des travaux publics connectaient des tuyaux d?un réservoir à la rivière pour alimenter le village?.

Durant cette période, il participe activement à la compagne de sensibilisation des jeunes de l?Arya Samaj contre l?alcoolisme et la drogue. Il incite aussi les gens à contribuer 25 sous par mois en vue de bénéficier de soins médicaux.

Tous les jours, il entreprend une longue marche de 20 milles pour se rendre à Montagne-Longue en vue d?apprendre l?hindi. ?Par la suite, j?ai enseigné moi-même l?hindi dans le village?.

A 20 ans, il est recruté par l?armée britannique. ?J?ai travaillé au service d?entretien en Egypte, en Afrique de l?Est et à Nairobi. J?étais le premier Mauricien à devenir clerc parmi les Britanniques à Mombassa?.

Relancer les cooperatives

A son retour au pays après trois ans, Dhunputh Aukhaj est engagé au département de Bois et Forêts. Il n?y restera que pendant une année. ?Je voulais relancer les coopératives. Pour mener à bien ce projet, j?ai vendu mon terrain à Bel-Air pour construire une boutique coopérative à Camp-Thorel. C?était en décembre 1952 et il fallait chercher les marchandises à Port-Louis en camion?.

  1. Dhunputh Aukhaj se marie. Au fil des années, il a des problèmes d?argent pour subvenir aux besoins de sa nombreuse famille: il a six enfants. Outre son emploi, à la boutique, il doit travailler ailleurs.

En 1974, il est recruté comme sirdar par Jean-Claude Leclézio, propriétaire de plantations de canne, d?ananas et de bananes dans la région. Il y restera pendant vingt ans. Dhunputh Aukhaj fonde ensuite la Satyam Credit Cooperative Society pour une centaine de planteurs de canne, y compris lui-même. ?Aujourd?hui, cette société existe toujours et compte pas moins de 200 planteurs?.

Le travailleur social deviendra le premier président du centre communautaire de Camp-Thorel. Il contribue ensuite à la mise sur pied du premier centre de santé du village, ce qui lui a valu la reconnaissance de l?ancien ministre de la Santé, Jugdish Goburdhun.

Aujourd?hui, il agit comme secrétaire de la Fédération du troisième âge et conseiller des coopératives. Il gagne sa vie en s?occupant d?un bazar de légumes à côté de la boutique coopérative qu?il a construit depuis plus d?un demi-siècle.

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