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Six chômeurs sur dix entre 18 et 30 ans

21 novembre 2003, 20:00

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Le sans-emploi a-t-il un profil type ? Non, bien sûr. Néanmoins, certaines catégories de personnes voient davantage que d?autres se profiler devant eux le spectre du chômage. A Maurice, celui-ci touche ainsi plus particulièrement les jeunes hommes de moins de 30 ans habitant les régions rurales.

Les chômeurs sont en majorité des hommes, et ce même si le taux de chômage dans la population active demeure plus élevé chez les femmes. Les milliers de licenciés de la zone franche, qui emploie surtout des femmes, expliquent sans doute la croissance du chômage féminin.

Le chômeur moyen est également jeune : il a entre 20 et 29 ans. Près de 46 % de chômeurs inscrits dans les bureaux de l?emploi se trouvent dans cette tranche d?âge. Mais les 18-19 ans représente aussi une part importante des sans-emploi, avec un taux de 10 % de chômeurs. En gros, près de six chômeurs sur dix ont donc entre 18 et 30 ans.

La tranche d?âge de 30 à 54 ans est la deuxième plus importante catégorie, et ce même si le nombre de chômeurs le plus important se situe surtout entre 30 et 40 ans.

Autre fait : le sans-emploi habite plutôt la campagne. Près de 61 % des personnes enre-gistrées viennent en effet des régions rurales. Ainsi, Quartier-Militaire, Flacq, Rose-Belle et Rivière-des-Anguilles comptent chacun plus de 2 000 chômeurs recensés.

70 % des chômeurs n?ont pas le SC

Notons néanmoins que, prises ensemble, les régions urbaines des Plaines-Wilhems comptent la plus forte concentration de chômage, avec 6 136 sans-emploi enregistrés, ce qui représente environ une personne sur quatre. Quant à la capitale, elle compte, elle, près de 2 608 chômeurs sur les listes du bureau de l?Emploi.

Côté éducation, la situation est accablante. Le chômeur moyen n?a en effet pas de School Certificate (SC), ce qui représente quelque 71 % des sans-emploi.

Un quart de ces personnes ont arrêté leurs études au niveau du primaire, après avoir échoué aux examens du Certficate of Primary Education. Seuls 7 % des chômeurs recensés ont réussi à obtenir le certificat de fin de cycle secondaire, le Higher School Certificate.

Le profil du niveau d?éducation de ces personnes explique, à lui seul, la hausse du chômage. Avec la baisse du nombre d?emplois dans le secteur sucre et de la zone franche, ceux qui n?ont pas de qualification ont en effet des débouchés de plus en plus limités.

Une analyse des offres d?emplois publiées dans les journaux en début d?année éclaire mieux encore cette ana-lyse. La moitié des offres touchait ainsi le secteur tertiaire des services. La qualification minimale pour 46 % des emplois était la School Certificate, contre 3 % seulement pour le Certficate of Primary Education. L?inadéquation de l?offre et de la demande sur le marché du travail est la raison principale du chômage. La baisse des investissements privés et le ralentissement économique de ces dernières années sont venus corser une situation déjà bien compliquée.


Bureau de l?Emploi et données statistiques

Outre le Central Statistics Office (CSO), le ministère de l?Emploi et de la formation publie des statistiques sur le chômage. Sa principale source de données vient des bureaux de l?Emploi où sont enregistrés ceux qui le souhaitent.

En avril 2003, 23 717 chômeurs s?y étaient fait inscrire. Ce chiffre est inférieur à celui publié par le CSO car tous les chômeurs ne se font pas enregistrer. La principale raison tient au fait qu?il n?y a pas de paiement d?allocations pour les chômeurs. Ces es derniers ne comptent pas vraiment sur le bureau de l?Emploi pour trouver un travail.


La polémique sur les chiffres du chômage

Le problème du chômage occupe à nouveau les devants de l?actualité. Le Central Statistics Office (CSO) a, au début du mois, estimé que le taux de chômage pour 2003 sera de 10,2 %, chiffre proche des prévisions de la Mauritius Commercial Bank (MCB) qui avait avancé un taux de 10,3 %.

Jeudi, Rama Sithanen, porte-parole du Parti travailliste (PTr) sur l?économie, a, lui, soutenu que le taux de chômage est plus élevé et il l?a situé autour de 11,2 %. Pour mieux comprendre cette nouvelle polémique, il convient d?abord de voir comment est calculé le taux de chômage.

Le Bureau central des statistiques prend comme point de départ l?exercice du recensement qui donne les chiffres de la population : hommes et femmes, et par catégories d?âge. Le dernier recensement a été effectué en l?an 2000.

Puis, il se base sur d?autres études, notamment le Multi-Purpose Household Survey, réa-lisé chaque année, et le Labour Survey qui est mené chaque cinq ans pour déterminer les «activity rates» ou taux de participation pour les catégories hommes et femmes et pour diverses tranches d?âge. En 2002, le taux de participation des femmes à la vie active était de 40,7 % et celui des hommes de 79,5 %.

Ces taux de participation multipliés par les chiffres de la population donnent le Labour Force, soit la population active. Pour le CSO qui applique la méthodologie et les définitions de l?International Labour Office (ILO), la population active comprend ceux qui travaillent déjà et ceux qui sont à la recherche d?un travail.

Enquêtes régulières

La population active ayant été chiffrée, il reste à différencier ceux qui sont déjà au travail de ceux qui veulent travailler et sont activement à la recherche d?un travail, soit les chômeurs.

Pour chiffrer le nombre de salariés, le CSO se base sur les enquêtes régulières qu?elle mène dans les grandes entreprises employant plus de dix personnes. Il tient compte également de l?emploi dans les petites entreprises et de ceux qui travaillent à leur propre compte. Les archives des administrations, les licences et permis octroyés par les collectivités locales, entre autres, sont autant d?outils permettant de cerner au mieux le nombre d?employés.

Une fois le nombre de ceux qui travaillent obtenu il ne reste plus qu?à le retrancher de la population active totale pour obtenir le nombre de chômeurs.

A septembre 2003, la population active Labour Force s?élevait à 549 800 personnes, soit 359 100 hommes et 190 700 femmes. Ce chiffre inclut 18 700 travailleurs étrangers.

Le nombre de salariés au travail était de 495 500 répartis en 327 500 hommes et 168 000 femmes. Le nombre de chômeurs était donc de 54 300, soit un taux de 10,2 % par rapport à la population active totale.

Si Rama Sithanen arrive à un taux de 11,2 % c?est qu?il n?est pas d?accord avec le chiffre concernant la population active, soit le Labour Force. Il soutient, chiffres à l?appui, que depuis 1996 au moins, la population active augmente de 9 000 à 10 000 personnes environ (voir tableau). Or «miraculeusement», dit-il, en 2002, la population active a augmenté de 2 600 seulement. Il soutient que si la population active avait enregistré 10 000 personnes de plus comme cela avait été le cas les années précédentes, le nombre de chômeurs cette année aurait été de 64 300 et non de 54 300 et le taux de chômage de 11,2 %.

RetraitE volontaire

Rama Sithanen attribue la baisse « miraculeuse » de la po-pulation active au fait que le CSO a enlevé de ses statistiques les employés de l?industrie sucrière qui ont opté pour le plan de retraite volontaire (VRS).

Effectivement, le Digest of Labour Statistics de 2002 du CSO reconnaît que 5 000 personnes ont été retranchées du chiffre de la population active pour tenir compte de celles qui sont parties à la retraite dans l?industrie sucrière.

Rama Sithanen argue que le CSO a tort d?avoir enlevé le nombre d?ouvriers qui ont opté pour le VRS des statistiques car ces derniers sont toujours à la recherche d?un autre emploi. Ils devraient donc être comptabi-lisés selon la définition de l?ILO.

Au CSO, on répond qu?on a effectivement tenu compte de ceux qui sont partis à la retraite et qui sont à la recherche d?un nouvel emploi. Le bureau explique qu?ils sont environ 8 000 à avoir opté pour le VRS. Selon ses calculs, 3 000 personnes sont effectivement à la recherche d?un nouvel emploi et ont été comptabilisées dans le chiffre de la population active et 5 000 autres ont été rayées des statistiques car elles ne sont plus sur le marché du travail.

Au-delà de cette nouvelle polémique, le chômage et la méthode de calcul ont été sujets à débat depuis ces trois dernières années. Le Premier ministre, Paul Bérenger, a toujours dit qu?il n?était pas tout à fait d?accord avec les chiffres et les statistiques. Selon lui, la réalité est plus nuancée.

Les chômeurs qui se débrouillent pour gagner leur vie à travers de petits boulots, ceux qui ont trouvé un «petit business» et le secteur informel doivent pouvoir être pris en compte, indique-t-il à chaque fois qu?il s?est prononcé sur la question. La prolifération de marchands ambulants est peut-être justement attribuable à la croissance du nombre de chômeurs qui se reconvertissent dans le commerce informel ou l?économie parallèle ?

Affiner le calcul

Au CSO, on explique pourtant que ceux qui sont à leur propre compte, tout comme les micro-entreprises, sont inclus dans les statistiques. Il y a peut-être nécessité d?un affinage des méthodes de calcul.

Le gouvernement a d?ailleurs déjà commandité une étude pour voir plus clair dans ce problème du chômage. L?étude dirigée par la Banque mondiale comprend deux volets. Le premier concerne les tendances et le profil du chômage et le deuxième le mécanisme de fixation des salaires et la comparaison entre les secteurs public et privé.

Le premier volet, réalisé par Soobrayen Kalasopatan, Senior Lecturer à l?université de Maurice, est déjà prêt et soumis au gouvernement. Il contient, entre autres, quelques recommandations sur la méthodologie. Le second a été confié à un consultant étranger. La synthèse des deux volets de l?étude devrait être prête au début de 2004.

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