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Sir Anerood Jugnauth doit-il s?en aller ?
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Sir Anerood Jugnauth doit-il s?en aller ?
Oui
Yousuf Mohamed avocat, « Senior Counsel »
Pourquoi sir Anerood Jugnauth doit-il s?en aller ?
Tout citoyen raisonnable et sincère doit admettre que, dans les circonstances actuelles, sir Anerood Jugnauth a intérêt à ne plus insister pour être le président du pays. Son plus grand tort a été de n?avoir pas interdit à son épouse de participer à la dernière campagne électorale. Rien ne peut justifier l?engagement de lady Jugnauth. Le président a aggravé son cas en ignorant une lettre que la Commission électorale lui a fait parvenir dans ce contexte. Il mérite plus qu?un simple souhait de son départ. Il est passible d?une accusation.
Notre modèle de cohabitation est-il voué à l?échec ?
La cohabitation doit être située dans le contexte de l?avancement démocratique, économique et social du pays. Elle est possible entre un président et une majorité qui ne l?a pas élu. Cependant, elle n?est plus possible dès qu?un président met des bâtons dans les roues du gouvernement et abuse de ses pouvoirs.
Le départ du président est-il moralement et légalement justifié ?
Sir Anerood Jugnauth n?a jamais eu Navin Ramgoolam en odeur de sainteté. Il en a fait la démonstration à plusieurs reprises. Il est improbable qu?il ait changé d?attitude, d?autant plus que ce même Navin Ramgoolam vient de faire subir à son fils une cuisante défaite électorale. Son départ dans le contexte actuel est moralement justifié. Il faut qu?il parte pour donner au peuple la possibilité de traduire dans les faits tout l?espoir suscité par le concept de changement, leitmotiv de la campagne de l?Alliance sociale.
Les effets de ce conflit ne feront-ils pas plus de tort au Premier ministre ?
Au contraire. En choisissant de rester à son poste, il fait un tort immense à la nation. Navin Ramgoolam a été élu par le peuple. On ne peut pas le comparer à sir Anerood Jugnauth qui a été nommé à la suite d?un arrangement électoral entre le MSM et le MMM et Harish Boodhoo. Je lance un défi à sir Anerood de quitter la présidence et de se présenter à une élection partielle après avoir obtenu la démission d?un élu de l?alliance MSM-MMM. Je suis convaincu que l?électorat le rejettera.
Si la présence de sir Anerood est si insupportable, pourquoi ne pas présenter une motion, comme le stipule la Constitution ?
C?est au Premier ministre d?y répondre. Il n?est pas interdit de penser qu?en n?ayant pas recours à une motion, il croit qu?un consensus est toujours possible. Le président français qui détient plus de pouvoirs que le président mauricien a cohabité avec un gouvernement socialiste.
Nos hommes politiques sont-ils, à ce point, incapables de placer les institutions au-dessus de l?intérêt partisan ?
On ne peut pas comparer ce qui ne peut pas l?être. La République française n?est pas une république bananière. La mentalité dont le président français a fait montre au temps de la cohabitation n?est pas celle de notre président. La Constitution française et la Constitution mauricienne ne confèrent pas les mêmes pouvoirs à leurs présidents respectifs. Le gouvernement a la ferme intention de revoir les pouvoirs du président et le mode de son élection.
À quoi doit-on s?attendre si, en dépit de l?opposition qu?il rencontre, sir Anerood va jusqu?au bout de son mandat ?
Quelque chose va se produire. Le pays sera agréablement surpris. Sir Anerood Jugnauth ne perd rien à attendre.
Les pouvoirs d?un président mauricien sont-ils si déterminants au point que son exercice puisse compromettre le bon fonctionnement des affaires de l?État ?
Le fait que le président reste à son poste dans les circonstances actuelles crée une situation qui fait un tort immense au pays.
NON
Anil Gayan, ex-ministre et avocat « Senior Counsel »
Pourquoi sir Anerood Jugnauth ne devrait-il pas s?en aller ?
Il n?y a pas de justification institutionnelle ou constitutionnelle à un départ prématuré du président. Cette question n?est ni dans le manifeste de l?Alliance sociale ni dans le discours-programme. L?appartenance politique de sir Anerood ne l?a pas empêché de se comporter comme le président de toute la nation. La campagne orchestrée contre lui est un moyen détourné qu?utilise l?Alliance sociale pour fuir son incapacité à honorer la promesse électorale de changer la vie des Mauriciens en 100 jours.
La cohabitation a-t-elle une chance de survie quand la confiance n?existe pas ?
La gestion des affaires d?un pays est-elle tributaire de l?idée subjective qu?un citoyen, qu?il soit Premier ministre ou autre, se fait de la confiance, ou bien des facteurs déterminants que sont le droit, l?intérêt national et la pérennité des institutions ? Les changements politiques qui se sont produits en 1982 et en 1983 n?ont pas provoqué de changement à la tête de l?État. Son lynchage est inacceptable dans une démocratie moderne.
L?engagement politique de lady Jugnauth lors de la campagne, n?a-t-il pas contribué à la crise actuelle ?
Lady Sarojini Jugnauth n?est pas présidente de la République. Ses déclarations ont été une réponse à une provocation délibérée dont sa famille a été l?objet. Ces attaques étaient une stratégie dont le but était de démontrer que les élections n?étaient pas free and fair.
Le remplacement du mode actuel de la nomination présidentielle mettra-t-il un terme aux conflits que ce système est susceptible de provoquer ?
L?élection du président de la République au suffrage universel est incompatible avec notre régime de gouvernement qui accorde pleins pouvoirs au Premier ministre. Il ne devrait pas y avoir de système de gouvernement bicéphale caractérisé par un partage de pouvoir entre Port-Louis et Réduit. Le centre du pouvoir doit être à Port-Louis. Le vrai débat s?articule autour du choix entre le système présidentiel comme c?est le cas en France et notre régime.
Pourquoi ne pas maintenir le système actuel et ajouter à la liste des raisons pouvant justifier la destitution d?un président, son incapacité à se placer au-dessus de la mêlée politique ?
La Constitution prévoit déjà un mécanisme pour destituer un président. Qui déterminera si oui ou non le président est au-dessus de la mêlée politique au cas où cette option serait retenue ? Si cette décision revient à l?adversaire politique du président, il va de soi qu?il va trouver toutes sortes de raisons pour soutenir sa thèse. Le recours à ce mécanisme fera du président, non pas le représentant de la nation mais une marionnette aux mains des détenteurs du pouvoir politique du jour.
Un président ne devrait-il pas démissionner lorsqu?une nouvelle majorité prend le pouvoir ?
Le système actuel n?est pas une source potentielle de conflits. Il faut respecter les institutions qui ont fait leur preuve depuis des années. Le président Cassam Uteem a travaillé avec des Premiers ministres de bord différent. Le problème actuel découle des relations familiales entre un président et le leader d?un parti politique. Quel mal y a-t-il à cela ? Aussi longtemps que le président de la République ne s?engage pas dans la politique, il n?y a aucune justification pour confondre les appréciations subjectives d?un politicien au respect que requièrent les institutions.
Comment donc sortir de la crise ?
Le Premier ministre n?a qu?à mettre un terme à ses déclarations tendancieuses et veiller à ce que ses lieutenants ne tirent pas contre le président. En une semaine tout sera oublié.
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