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Silences
Si les voies du Seigneur sont impénétrables, celles de l?évêque le sont tout autant. Dans sa première communication officielle depuis que le gouvernement s?est exprimé sur la crise de l?enseignement catholique, le chef religieux évoque beaucoup de sujets mais esquive la question principale. En effet dans la lettre qu?il a adressée hier aux catholiques, Mgr Maurice E. Piat n?apporte aucun nouvel éclairage sur la réflexion autour des 50% des places qu?elle alloue selon ses propres critères.
On cherchera en vain la solution vers laquelle tend l?Eglise car l?évêque reste dans les généralités du genre : «C?est l?Etat qui est responsable de l?Education nationale et c?est à l?Etat que revient la responsabilité de donner une éducation de qualité à tous et d?abord aux pauvres.» Les devoirs de l?Etat, on les connaît déjà. En revanche, on ignore toujours par quoi les autorités confessionnelles remplaceront le critère religieux, désormais reconnu illégal.
Certes, le débat sur les moyens d?atteindre une société égalitariste est pertinent. Il concerne tous les citoyens et chacun, y compris les autorités religieuses, peut avoir une opinion sur le sujet. Mais, pour l?instant, il n?est pas urgent de savoir si l?évêque estime que le gouvernement est efficace ou pas dans la lutte contre la pauvreté. On attend de lui qu?il énonce la position de l?Eglise par rapport aux places réservées. La population reste focalisée sur l?affaire étant donné l?émotion qu?elle a soulevée. Or, sur cette question, le chef de l?Eglise catholique ne donne aucune indication quant à l?option qu?il favorise.
La lettre de Mgr Piat a toutefois une tonalité conciliante en ces temps de tensions sociales. Les accusations de « trahison » ont disparu de ses propos. On peut conclure que la température est retombée depuis le coup de Bel-Air. Cependant, le climat restera lourd et les nuages ne se dissiperont que lorsque la politique de l?Eglise sur les 50 % des places réservées sera connue.
L?Etat a fait au moins une proposition pour le remplacement du critère religieux mais il n?a pas le pouvoir de contraindre l?Eglise à l?adopter. Il s?agit d?allouer les places réservées aux meilleurs élèves des écoles ZEP. Cette solution permettra aux collèges catholiques de préserver ce qu?ils appellent «leurs spécificités» et aura l?avantage d?assurer la promotion sociale des classes fragilisées de la société. Plutôt que de prendre position clairement sur cette question, l?Eglise se cantonne aux sermons rappelant à l?Etat son devoir envers les pauvres.
Du reste, le régime n?a pas à rougir de son bilan en termes d?actions effectives pour aider les classes défavorisées à sortir du tunnel. La réforme du CPE va dans le sens de la démocratisation de l?accès du secondaire. Ce sont surtout ceux qui sont le plus exposés à l?exclusion qui en ont bénéficié. Mais, comme le reconnaît l?Eglise elle-même, cette réforme a été faite malgré elle : «Finne risse nou dans réforme.»
Pour donner encore plus de chances aux enfants des quartiers défavorisés, le gouvernement a mis en place le projet ZEP à travers lequel des énergies considérables sont mobilisées pour rendre l?école attrayante à des groupes qui auraient pu s?enfoncer autrement dans les ghettos de la délinquance.
L?Eglise a une occasion de soutenir cet appui aux défavorisés et de construire une société sans discrimination illégale.
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