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Sids : quels enjeux réels en vue de quelle finalité ?

13 janvier 2005, 00:00

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L?ONU donne rendez-vous à quelques deux mille représentants de ses pays membres dont 25 chefs d?Etat pour la Réunion internationale des petits Etats insulaires en développement (PEID) ou Sids (Small Islands Developing States, en anglais) à Maurice. Cette Conférence vise à faire le point sur la Conférence globale sur le développement durable des PEID tenue à la Barbade en 1994.

Le peu de publicité au niveau mondial sur cet événement laisse songeur. Est-ce pour ne pas apporter de l?eau aux moulins des ?dénonciateurs? de ces multiples et successives grands-messes onusiennes qui, somme toutes, se sont révélées vaines et remplies d?illusoires promesses des décideurs du monde ? Comment expliquer le fait qu?il n?y ait eu, non une amélioration de la vie de tous et partout sur la planète depuis que ces conférences sont organisées, mais plutôt une aggravation indéniable dans toutes les sphères de vie ?

Les chercheurs et autres scientifiques n?ont-ils pas établi, de manière incontestable, que l?état de dégradation grave à laquelle la Terre est confrontée remonte à des causes lointaines : la conquête physique par l?esclavage et la colonisation ? et maintenant, le sacro-saint ?développement? ? qui, depuis le 16e siècle, ?met sous tutelle le monde du vivant?? Les initiateurs du Club de Rome, n?avaient-ils pas déjà, dans les années 60 tiré la sonnette d?alarme et intimé aux autorités concernées d?en trouver les conséquences, illico presto ? Ne disaient-ils pas alors que : ?l?exploitation extensive du monde a atteint ses limites physiques et géographiques, les marchés sont saturés, l?accaparement des richesses est fait au profit du modèle concentrationnaire, l?épuisement des ressources naturelles, les conséquences écologiques graves sont devant nos yeux?? Qu?est-il advenu de ces mises en garde solennelles ? Et pourtant, comme si de rien n?était, n?a-t-on pas continué à parler de ce ?développement?, synonyme de gaspillage et d?injustice ? Nos habitudes de suivisme et de dépendance sont-elles tellement ancrées et tenaces qu?il nous est si difficile de remettre en cause une vision linéaire qui en est le moteur depuis 500 ans de conquête ?

Souffrons-nous à ce point de cécité pour ne pas voir que la planète est ?au bout du rouleau? et que nous sommes déjà dans le mur ? Tant et si bien que le mode de vie des riches de l?hémisphère Nord continue à grever, sans vergogne, les rares et faibles ressources restantes. Là où les pays du Sud n?utilisent que 1/10 des ressources de la planète, pour un seul pays, en l?occurrence les USA pour ne pas le nommer, il faudrait au bas mot huit planètes, telle la nôtre, pour satisfaire tous ses besoins de consommation, sans compter leur fantasme d?aller faire du tourisme sur la planète Mars !

Ivan Illich, dans sa lucidité, n?avait-il pas vu juste, lui pour qui ?développement? équivalait à ?pauvreté planifiée? ? Que constatons-nous? Même si depuis le 24 octobre 1960, l?Onu avait adopté la 2e décennie du développement dont l?alinéa 43 de la Résolution 2626 stipulait l?objectif d?un Aide publique au développement (APD) d?un montant de 0,7% du produit national brut (PNB) à être versé par chaque pays économiquement avancé, cet ?engagement? n?a jamais été concrétisé à la lettre ! Pourquoi ? Cette même résolution a été réactualisée 40 ans plus tard, les pays riches s?étant de nouveau réengagés dans la Déclaration du millénaire ! Or, selon l?Organisation de coopération et de développement économique, en 2003 l?augmentation de l?APD était, pour les USA de 0,1% du PNB ; pour le Japon de 0,2% ; pour la France de 0,4% ! Quand ces objectifs fixés, il y a 45 ans, seront-ils atteints ? C?est le constat le plus flagrant de la défaillance des engagements de la solidarité internationale, dans le temps et dans l?espace ! L?hypocrisie des ?bons sentiments? va-t-elle cesser pour laisser place aux vraies mesures aptes à répondre aux vrais enjeux ? Des masses, de plus en plus nombreuses, sont victimes de ce processus inéluctable de paupérisation à travers le monde. Et, entendons pauvreté eu égard au modèle de croissance et de consommation d?un monde globalisé, régulé par le marché unique du Village Global, dans le cadre juridique de l?Organisation mondiale du commerce (OMC)!

L?Onu va-t-elle encore tabler sur ladite réussite économique de la République de Maurice pour faire la leçon aux pays dits sous-développés en leur offrant des ?solutions préemballées? et autres avantages douteux avec l?insistance qu?ils sont parmi les plus vulnérables de la planète et qu?ils n?ont pas d?autre choix ? Cela, sans que la question centrale ?A qui profite la dépendance au développement ?? ne soit posée. Pour ainsi continuer à agiter le miroir aux alouettes des chimères de cet inévitable ?développement? fallacieusement qualifié aujourd?hui de durable.

Et quel bel exemple la République de Maurice donne-t-elle à ses petits Etats frères ? Pour dialoguer sur les problèmes cruciaux de survie de la planète et en conséquence, de leur sort spécifique... il a fallu construire à grand frais (en endettant un peu plus le pays) un immense Centre de conférences et acheter quelques 200 limousines de luxe neuves, limousines achetées dans des conditions discrètes pour la somme astronomique de plus de 1,5 milliard de roupies. Cela en enjolivant le tableau d?un vernis de bonne gouvernance. Sans mentionner toutes les gabegies ayant cours en matière économique parce que Maurice a été un docile élève des bailleurs de fonds de Bretton Woods. Ces derniers qui lui ont imposé des stratégies de ?développement? orientées vers les marchés étrangers occidentaux mettent aujourd?hui le pays dans une situation de sursis dans tous ses secteurs économiques. Transformée en un ?net food importer? l?île Maurice n?a d?autre recours, aujourd?hui, que d?importer quasiment tout ce qu?elle consomme. Une telle détérioration de ses termes de l?échange rend le coût de la vie horriblement prohibitif pour les masses. La philosophie dominante du système économique mondialisé se résume à ces slogans impitoyables ?ADAPT OR PERISH?, ?SURVIVAL OF THE FITTEST? en prétextant un ?LEVEL PLAYING FIELD? pour tous les pays. Cette philosophie est systématiquement démentie dans la pratique par une concurrence cruelle, une course effrénée à la productivité et une guerre économique que l?on qualifie pompeusement d??Intelligence économique?.

Est-ce un ?marché de dupes? que va promouvoir La Déclaration de Maurice à la fin de ce sommet international ? Les pauvres contribuables ont-ils une toute petite idée du genre de sauce qui leur sera concoctée par leurs gouvernants, sous la houlette onusienne, sauce à laquelle ils seront immanquablement mangés ? Au fait, quel contrôle démocratique est possible sur toutes ces grandes DECLARATIONS, AVANT, PENDANT ET APRES ? Le statu quo par exemple, après la Conférence mondiale de Stockholm sur le ?Développement social? de 1995 et ses Résolutions en dit long sur l?efficacité et la détermination des gouvernants à traduire en actes les décisions votées à ...grands frais !

La société civile vaguement invitée

Les organisateurs mauriciens du Sommet ont d?ailleurs pris des précautions pour que la prochaine grand-messe onusienne soit dite avant même de commencer. Il règne, en effet, une opacité considérable sur le déroulement de ce sommet ainsi que sur son contenu. La société civile, quant à elle, n?a été que très vaguement invitée à participer aux débats et est contrainte de se réunir très loin du Centre de conférences de Pailles, où se réuniront les délégations officielles. Il y a fort à craindre que leurs recommandations ne soient pas prises en compte par les exécutifs.

Pour preuve, les rares écologistes mauriciens qui ont récemment dénoncé le projet autoroutier qui va prochainement saccager la vallée de Ferney, même s?ils participent au forum de la société civile du présent Sommet ? Sids, ont été avertis par le Premier ministre mauricien qu?aucun ?dérapage? de leur part ne serait accepté, avertissement signifiant très clairement, que la construction de l?autoroute de Ferney ne serait en aucune manière remise en question par ces jeunes écologistes-durables-volontaires et bien obligés de se mettre en avant pour combler le déficit d?engagement socio-politique des ONG environnementales mauriciennes officielles, plus aptes à dénoncer régulièrement les mauvaises herbes invasives que le macadam et le béton. Silence, on développe durablement !

Pour éviter sans doute aux délégations étrangères de profiter pleinement des conséquences du ?développement-automobile-durable?, les autorités mauriciennes ont décidé que pendant la tenue du Sommet, une partie de l?autoroute du Nord ainsi que le tronçon reliant Port-Louis aux Pailles seraient exclusivement réservés aux déplacements des délégations étrangères, quitte à ce que les Mauriciens se retrouvent un peu plus longtemps coincés dans les embouteillages des heures de pointe. Nos décideurs ne pouvaient pas mieux démontrer leur manque d?imagination et leur incapacité à prendre des décisions permettant RéeLLEMENT de réguler l?anarchie du développement.

Les Nations unies elles-mêmes semblent vouloir noyer le poisson en organisant, en marge de ce Sommet de Port-Louis, une Technologies Fair où quelques prétendues avancées ?technologiques? sont présentées et supposées améliorer les conditions de vie des insulaires : comme de remplacer le diesel par de l?huille de coco dans les générateurs ou les automobiles. Pourquoi ne pas plutôt évoquer la déplétion imminente des ressources énergétiques fossiles qu?aucune énergie alternative ne pourra massivement remplacer ? Matthew Simmons, un pétrolier américain très conscient de cette échéance, a récemment démontré que le remplacement, aux Etats-Unis, du diesel par le soja-diesel organique était impossible car il demanderait la mise sous culture de soja de la quasi-totalité de la surface des USA.

Beaucoup d?eau devra sans doute encore passer sous les ponts avant que l?imaginaire de tous nos politiques, qu?ils soient au pouvoir ou dans l?opposition, ne soit débarrassé de l?emprise idéologique du développement. Les pays du Sud restent dans l?ensemble terriblement colonisés par ce paradigme. Il n?est que de voir l?empressement avec lequel les autorités thaïlandaises veulent voir le tourisme reprendre pied rapidement sur les côtes touchées par le terrible tsunami du 26 décembre dernier pour s?en rendre compte. Et pourtant tout ne deviendrait-il pas bien plus réaliste et plus viable, si l?on se posait cette simple question : Qu?est-ce-qui est vraiment indispensable à la vie de chacun et de tous, ici et maintenant et pour les générations futures ?

Joceline MINERVE pour Nouvo Lizour

L?Onu va-t-elle encore tabler sur ladite réussite économique de la République de Maurice pour faire la leçon aux pays dits sous-développés en leur offrant des ?solutions préemballées?et autres avantages douteux avec l?insistance qu?ils sont parmi les plus vulnérables de la planète et qu?ils n?ont pas d?autre choix ?

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