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Si on la rate?
Est-ce la chronique d?une catastro-phe annoncée que nous racontons depuis quelque temps ? La semaine dernière, lors d?une réunion de suivi du Fonds monétaire international (F.M.I) sur l?état de l?économie de Maurice, le constat effectué est apparu plus alarmant que d?habitude. Le F.M.I demande désormais un « Broad Agenda of Structural Reforms and Fiscal Consolidation ».
Autant dire qu?on demande à l?État mauricien et à la population de se préparer à une phase de réforme difficile. Sauf que le gouvernement jusqu?ici s?est bien gardé d?entamer des réformes douloureuses visant à redresser les finances de l?État, mais aussi à redonner un nouveau dynamisme à l?économie.
« Les politiques basées sur un contrôle des salaires, l?amélioration de la productivité, la meilleure utilisation de nos ressources etc, ne se traduiront jamais dans la réalité si le peuple ne comprend pas ce que le gouvernement cherche à réaliser. » Cette déclaration pourrait avoir été faite hier tant elle demeure d?actualité. Mais elle date de 1982, du temps où Paul Bérenger était ministre des Finances.
En tout cas, le peuple ne comprend pas, ou pas encore. Quand, début octobre, 50 % des personnes interrogées lors du sondage « Synthèse-l?express dimanche » pensent que les perspectives économiques seront meilleures à l?avenir, on est forcé de se dire que la population a loupé un épisode du feuilleton économique du pays. Ou alors qu?on ne lui a pas encore raconté le vrai scénario qui l?attend.
Voici donc quelques réalités. En 2005, notre industrie sucrière générera 6,5 % de richesse en moins qu?en 2004. Avec la baisse programmée du prix garanti de notre sucre sur le marché européen, ce secteur enregistrera Rs 500 millions de recettes en moins dans les mois à venir. Dans deux ans, le manque à gagner se chiffrera à Rs 3,5 milliards.
Réviser l?application de la TVARien qu?en 2005, notre industrie du textile habillement connaîtra une contraction de 13 %. Générant, au passage, près de Rs 1 milliard de richesse de moins comparé à 2004. Enfin le tourisme, le secteur winner sur lequel repose énormément d?espoirs, ne fera pas aussi bien qu?on l?aurait espéré. N?enregistrant que 4,8 % de croissance.
La très mauvaise santé des finances de l?État alourdit le tableau. Pour chaque roupie de richesse que Maurice produira en 2005, 58 sous devront partir tôt ou tard pour rembourser la dette de l?État. D?ailleurs quand celui-ci reçoit Rs 100, il trouve moyen d?en dépenser Rs 114. Pour corser le tout, un Mauricien sur dix en âge de travailler n?a pas de travail.
Ce sombre tableau fait que l?économie du pays croîtra péniblement d?environ 3 % en 2005.Rama Sithanen reste plus que jamais évasif sur les orientations concrètes qu?il adoptera. Mais avant que la vision du gouvernement ne soit clarifiée, le FMI proposait déjà quelques pistes à suivre.
Toutes susceptibles de générer quelques turbulences auprès de la population, mais aussi auprès de quelques députés et ministres conservateurs de l?Alliance sociale. Le remède de cheval du F.M.I est facile à énoncer.
Il s?agit d?abord d?assainir les finances de l?État en révisant l?application de la taxe sur la valeur ajoutée (T.V.A) et peut-être même les barèmes de l?impôt sur le revenu. Selon les dernières estimations budgétaires, la T.V.A collectée pour l?année 2005-2006 atteindra Rs 13,4 milliards, soit près de 35 % des revenus de l?État. Imaginez alors qu?on élargisse la gamme de produits et services sur lesquels la T.V.A s?appliquerait.
Le F.M.I va jusqu?à demander que la T.V.A soit applicable aux factures d?électricité ou encore à certaines catégories d?aliments. Autre possibilité, que les 15 % actuels grimpent d?un point ou d?un demi point. Les recettes supplémentaires découlant de ces mesures, selon des estimations divergentes pourraient osciller entre Rs 500 à plus d?un milliard de roupies. Autre idée qui risque de faire beaucoup de mécontents : l?introduction de la taxe rurale.
Renouvellement des baux sur le littoralLorsque la loi l?instaurant était discutée au Parlement en 2003, le tollé qui a suivi a suffi à faire rebrousser chemin au gouvernement MSM?MMM. Son successeur, en ciblant savamment ceux qui s?acquitteraient de cette taxe, en fonction de la superficie de leur demeure, ne peut-il pas, par là, lever quelques précieuses centaines de millions de roupies ?
Le gouvernement précédent au moment de boucler le budget 2005-2006 avait également envisagé la possibilité de procéder au renouvellement des baux sur le littoral. Avec pour double objectif de libérer certains espaces pour le public mais aussi de faire payer un bail beaucoup plus raisonnable à ceux qui occupent des terres de l?État depuis des décennies moyennant quelques roupies. Une occasion de dégager des recettes supplémentaires?
L?État dépense plus de Rs 400 millions par an à subventionner des denrées que l?on consomme de moins en moins.
Mais il faut également pouvoir réaliser des économies sur les dépenses, en les contrôlant au mieux. Pour cela, il faut, par exemple, que les institutions para-publiques, hautement budgétivore, comme le State Trading Corporation ou le Central Electricity Board obéissent à quelques règles comptables simples.
En clair : éponger leurs déficits en augmentant leurs revenus. Cela passe, inévitablement, par des augmentations du prix des carburants ou encore de l?électricité. Et par une révision de la politique de subside sur le riz et la farine. L?État dépense plus de Rs 400 millions par année à subventionner le prix de denrées que l?on consomme de moins en moins.
Il va falloir ensuite que l?État se décide à créer un cadre économique encore plus propice pour les affaires. Cela passe par une révision en profondeur de nos lois du travail, recommande le F.M.I. « Pendant une phase de croissance économique soutenue, une telle augmentation du chômage suggère que la racine du problème se trouve dans le fonctionnement du marché du travail à Maurice », expliquent les auteurs du rapport Article IV du F.M.I sur Maurice d?août dernier.
Le gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi, faisait ainsi récemment remarquer que le marché du travail à Maurice a été caractérisé pendant une trop longue période par des « taux de salaire bien trop élevés par rapports aux gains en productivité ». Le F.M.I suggère qu?on assouplisse le tout en remballant nos remuneration orders qui corsètent les descriptions des métiers et salaires équivalents. Les empêchant d?évoluer au gré des besoins des entreprises.
Gérard Garrioch, le président de la Mauritius Employers Federation, ne pourrait être plus d?accord avec le FMI quand ce dernier suggère l?enterrement de nos tripartites désuètes au profit de négociations collectives au sein de chaque entreprise. Assurer à tous les secteurs de l?économie une compensation plus ou moins équivalente au taux d?inflation, a de fâcheuses conséquences pour l?État, mais aussi pour les entreprises.
Certaines d?entres elles, bien qu?étant dans une phase de récession se retrouvent à payer des charges salariales plus lourdes alors même qu?aucun gain de productivité significatif n?est enregistré dans les usines ou ateliers. Cette mesure, selon le F.M.I, amènerait les entreprises à recruter et à ne pas licencier, car les salaires qu?elles pratiqueraient alors correspondraient à la réalité du marché et aux perspectives économiques du secteur, et non à une réalité artificielle créée par les lois du travail.
Une fois le cadre propice créé, il s?agira toutefois d?attirer les investisseurs. Pour le moment, ils ne se bousculent pas aux portes de Maurice. Durant les dernières années c?est l?État qui a été le principal investisseur dans le pays. Injectant des milliards dans le pays en construisant écoles, routes et barrages.
En 2005, l?investissement devrait atteindre 21,7 % du produit intérieur brut avec seulement 14 % provenant du privé et une proportion encore moindre venant de l?étranger. Or pour placer Maurice sur une trajectoire de croissance plus durable, 7 % à 8 %, il va falloir que l?investissement privé double dans le pays.
Mais la responsabilité du gouvernement demeure. Il doit d?abord s?assurer d?un réel changement dans la fonction publique. Pour que celle-ci opère de manière plus efficace et fasse de la célérité un objectif premier : surtout quand il s?agira de traiter avec des investisseurs. Dans ce domaine, Kailash Ruhee, le président du Conseil consultatif sur les réformes du service civil estime « que le statu quo ne nous mènera nulle part ».
Privilégier une politique d?austéritéAyant créé toutes les conditions propices, le gouvernement devra enfin s?assurer que ses deux bras armés de promotion et de facilitation, Enterprise Mauritius et le Board of Investment, puissent faire le travail nécessaire afin d?informer et d?attirer les investisseurs avant de les aider à mettre en place leurs entreprises et à vendre leurs produits et services sur les marchés locaux et internationaux.
Et si rien de tout cela ne se faisait ? Si au lieu de privilégier une politique d?austérité et de bousculer la population pendant qu?il est encore temps, le gouvernement choisissait de rester populaire ? Il suffira alors d?attendre tout au plus deux ans, période à laquelle toute la richesse créée par le pays passera au remboursement de la dette. Si on devrait alors faire un parallèle avec le monde de l?entreprise, on dirait que Maurice est en faillite. Et l?administrateur judiciaire qui sera nommé d?office sera le F.M.I. Et on sera revenu 20 ans en arrière?
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