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Shyam Surat cultive les affaires

23 avril 2006, 00:00

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Par où commencer ? L?histoire de Shyam Surat a de quoi en inspirer plus d?un. Elle prend ses racines dans les années 40, aborde un tournant en 1967, prend son véritable envol en 1985, franchit des étapes en 1986, en 1996, en 2003, et continue son ascension aujourd?hui encore, en 2006. Des chiffres, puisqu?on y est, il y en a beaucoup d?autres, tous très flatteurs : chiffre d?affaires de Rs 300 millions, plus de 850 clients, 150 fournisseurs locaux et étrangers, 250 produits, 165 employés, 14 chambres froides? Mais il y a surtout comme un rapport affectif entre Shyam et son entreprise. Faut-il vous rafraîchir la mémoire ou devrait-on dire, les papilles ?

Shyam Surat est le grand patron de SKC Surat & Co Ltd, le leader mauricien de la distribution de fruits et légumes. Enraciné corps et âme dans l?entreprise familiale, Shyam ne cesse d?innover. Et des projets, il en a plein la tête.

L?annonce faite mercredi dernier, alors qu?il inaugurait officiellement son centre de distribution à Wooton, et qu?il célébrait les soixante ans de l?entreprise, est claire. Pas question de se contenter d?importations et d?exportations de fruits et légumes, SKC Surat veut aller plus loin. Attention, la liste est longue. Shyam caresse ainsi le projet de cultiver sous serre des fruits tels que le melon et la fraise, des légumes comme l?asperge et le poivron. Après Maurice, la Réunion et l?Afrique du Sud, il compte aussi implanter SKC Surat à Madagascar.

Il va même se lancer bientôt dans la culture de palmistes pour approvisionner le marché étranger, et se remettre à exporter vers l?Europe des fruits locaux. Le food processing, notamment les salades et autres jus de fruits frais sur le marché mauricien, sera concrétisé dans six mois. Et ce n?est pas fini, l?idée d?une structure spécialisée pour la vente à l?encan de fruits et légumes lui trotte dans la tête. On ne va pas entrer dans les détails quant aux pourparlers qui se trament ici et là, on va juste dire que ça bouillonne chez SKC Surat.

Et pourtant Shyam est parti de pas grand-chose. Il a pioché, biné et planté pendant son enfance. « Je suis né dans un jardin », raconte-t-il. À huit ans, il aidait son père à la plantation et se réveillait à cinq heures pour se mettre au travail.

« Comme on habitait à côté de l?école, on attendait que la cloche sonne pour se laver les pieds dans le bassin et aller en classe », se souvient-il. Pendant que ses cinq frères et lui donnaient un coup de main à feu son père Sooklall, ses sept s?urs et sa mère s?occupaient de la maison. Des souvenirs, il en a des tonnes. Le samedi, il accompagnait le patriarche au marché de Curepipe pour écouler les produits. Il faisait du porte-à-porte aussi, bravant le soleil, la pluie et les chiens pour vendre des fraises aux clients.

« Je vois toujours plus loin »

Après le collège, les choses se sont accélérées. Après deux ans à épauler son père à plein temps dans le jardin, il lui demande de le laisser s?occuper de l?étal de fruits et de légumes au marché de Curepipe. Shyam se familiarise alors avec la vente à l?encan à Port-Louis, il achète aussi en gros auprès d?une filiale d?IBL, jusqu?à ce qu?il se mette à se poser des questions. « Je me suis demandé pourquoi on passait par des intermédiaires, pourquoi on n?importait pas directement. »

De là commence l?importation d?Afri-que du Sud. « Notre première cargaison était composée de raisins. Nous avions acheté une fourgonnette et aménagé une chambre froide dans notre cave à la maison. J?ai débarqué fièrement à l?aéroport pour prendre livraison de ce qui m?appartenait. J?ai eu ma première leçon à ce moment-là, car il y avait beaucoup de démarches administratives à compléter avant de pouvoir prendre possession de notre cargaison. »

Pour diversifier ses activités, Shyam allait vendre ses fruits dans le Sud, évitant ainsi aux détaillants de la région de se rendre à la vente à l?encan de Port-Louis. Au fur et à mesure qu?il sillonnait l?île, il achetait des arbres fruitiers chez des particuliers. « Dès que l?on voyait un manguier, on s?arrêtait et on négociait avec le propriétaire pour qu?il nous garde des fruits en réserve. Bien sûr, c?était un risque, on achetait ces arbres à l?avance et parfois les cyclones dévastaient tout sur leur passage. » Le risque est une deuxième nature chez Shyam « Je vois toujours plus loin », avance-t-il. C?est un commerçant chinois qui a vu juste en regar-dant les lignes de la main de Shyam. « Il m?avait dit que je serais un grand entrepreneur », confie Shyam, ému. SKC Surat dépasse aujourd?hui tous ses espoirs.

La clé du succès ? « Si vous êtes un bon acheteur, vous serez un bon vendeur », lâche-t-il. Le travail dur, le sens du sacrifice, comme lui a appris son père, sont des atouts tout aussi importants. « Il faut dire que j?ai une équipe sur laquelle je peux compter. Mes deux frères Suren et Sundar ainsi que mon neveu, Rakesh, me secondent. » Notre homme voyage beaucoup aussi : Afrique du Sud, Seychelles, Égypte, Inde, Nouvelle-Zélan-de, Italie, Californie? Même quand il est en vacances avec sa famille, il ne peut pas s?empêcher d?être à l?affût de tout ce qui concerne les fruits et légumes.

Si aujourd?hui il ne pioche plus dans les grandes plantations, il cultive toujours son jardin. Pour déstresser, il joue au golf au Gymkhana une fois par semaine. Un cari de poisson aux aubergines, un bouillon de brèdes chouchou, une salade de lalo font partie de ses grands plaisirs. Et dire qu?il a failli s?engager dans l?armée britannique ! Heureusement que sa mère était là pour l?en dissuader, car Shyam serait passé à côté du géant SKC Surat.

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