Publicité

Sexe, mensonges et vérités

8 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Abstinence-virginité ou contraception-préservatif? Posée ainsi, la question risque de livrer une réponse piégée. Piégée parce que le manichéisme ne peut faire avancer le débat sur la question de la sexualité de nos jeunes. Aussi parce qu?une option extrême ne rend pas compte de la réalité intermédiaire que nous vivons.

On ne pourra empêcher les puritains et les conservateurs plaider en faveur d?un mode de vie empreint de retenue et de moralisme. On ne pourra pas non plus demander aux pragmatiques de cesser de faire l?éloge du réalisme. A Maurice, comme ailleurs, on retrouve des champions des deux positions. Mais il importe, au-delà de nos idées et de nos convictions, de prendre en compte les forces et les valeurs que génère la société elle-même.

Sans doute, voici quelques années, on vivait mieux la sexualité parce qu?on la vivait dans le secret. La pudeur et les inhibitions propres à une société nouvellement indépendante commandaient davantage un discours sur les moyens de contrôle démographique. L?âge industriel causera une sensible évolution. La question du sexe est reléguée dans une sorte de clandestinité. Les films pornographiques animent ainsi discrètement les fantasmes des uns et des autres. L?utilisation du préservatif n?est même pas d?actualité. La question de la vie sexuelle des jeunes est, elle, un véritable tabou. En fait la société vit au rythme des interdits tant elle est marquée par des principes inviolables.

Graduellement, la société se modernise. L?exposition à d?autres modes de vie et l?ouverture à d?autres cultures provoquent une évolution des mentalités. La société, elle-même, reproduit des besoins et des expressions nouveaux. L?architecture mentale de la société mauricienne va connaître sa révolution et elle provoquera, en même temps, un hiatus générationnel. Aujourd?hui, les parents hésitent. Il faut opérer des choix. Faut-il parler d?activité sexuelle précoce des jeunes ou de vie sexuelle non-protégée ? Ces ambiguïtés ne témoignent pas pour autant d?une crise des valeurs.

Simplement, ces parents d?aujourd?hui ont été des jeunes qui n?ont jamais été exposés aux vertus de l?éducation sexuelle. Celle-ci rime trop, pour un certain nombre d?entre eux, avec m?urs permissives. Aussi longtemps qu?on demeurait dans un clivage inoffensif des valeurs morales opposées aux tentations libertaires, on aurait pu laisser les choses suivre leurs cours. Toutefois, l?apparition de l?épidémie du sida est venue bouleverser les données.

Certes, il y a des faits qui demeurent immuables. La conviction morale et religieuse des uns commande des pratiques de vie. Toute société produit un certain nombre d?interdits. Mais il est aussi un fait qu?il y a un mouvement naturel chez le jeune qui le pousse vers les nouvelles expériences. En dernier lieu, comme pour toute question essentielle, le choix revient à l?individu. Il ne s?agit ici ni de faire l?éloge de la modernité ni de jeter l?anathème sur d?éventuels passéistes. Mais il convient de rappeler que, pour qu?un individu puisse faire un choix, il doit disposer de tous les éléments nécessaires rendant possible une analyse rationnelle.

Le temps de sortir des mensonges est arrivé. Non pour glorifier des pseudo-vérités mais pour éviter le piège d?une attitude qui ne peut s?assumer. Il y a dans nos collèges des jeunes filles qui voient leur vie tourner au cauchemar parce qu?elles se retrouvent enceintes. Les jeunes sont de plus en plus exposés aux maladies sexuellement transmissibles. Mais surtout le spectre du sida plane derrière la porte. Les chiffres officiels indiquent qu?on est passé de 10 cas en 1991 à 225 en 2003. A juin 2004, on a déjà atteint le chiffre de 163 personnes. La population la plus touchée est celle des jeunes. Il ne s?agit pas de chiffres ici mais de personnes humaines. Les adultes, les parents, l?école? ont chacun leur responsabilité à assumer. Et celle-ci ne se trouve pas dans une parole de négation et de rejet.

Publicité