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Seuls les idiots ne changent jamais d?avis
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Seuls les idiots ne changent jamais d?avis
<B>par Patrick HILBERT</B>
La mort révoltante de Rajesh Ramlogun permet au ministre de l?Education de souffler un peu. Au coeur d?une très forte tempête à cause de sa réforme ?séparatiste? en fin de semaine dernière, il a dû se sentir soulagé de voir un autre drame venir dévier toute l?attention qui lui était braquée dessus.
Une actualité en a chassé une autre. Mais, étant donné l?impact désastreux qu?aura cette réforme sur la vie et l?avenir de plusieurs centaines de milliers de Mauriciens, l?on ne peut la considérer comme une simple actualité.
La décision de mettre en place un mode de sélection pour détecter les 1 260 meilleurs ?performers? en quatre matières aux examens du CPE pour les isoler dans neuf collèges nationaux, en leur disant qu?ils ne doivent pas se mêler aux autres parce qu?ils sont supérieurs, est tellement révoltante et dépourvue de bon sens, qu?il ne faut certainement pas minimiser la portée de la chose.
Il faut dire que le ministre Dharam Gokhool, ainsi que le gouvernement dont il est membre, fait de son mieux pour essayer de se faire oublier. Depuis sa conférence de presse de jeudi dernier, le ministre se cloisonne dans son mutisme. Lors de ses fonctions, il parle de tout, sauf de ce qui a trait au CPE.
S?il était si convaincu du bien-fondé de sa trouvaille, il serait certainement venu de l?avant pour la défendre avec les arguments nécessaires. Mais, au lieu de cela, c?est la grande discrétion. Même les incohérences de son nouveau système d?admission pour la ?Form I? sont restées sans explications. Quant au chef du gouvernement et à ses ministres, ils se la jouent également ?low profile? sur le sujet.
Faut-il interpréter ce silence comme une absence de volonté d?assumer une décision qui fait honte ? Il est sûr que si les décideurs étaient entièrement convaincus de la justesse de la réintroduction d?une forte compétition et d?une notion d?élitisme bien disctincte dans notre système éducatif, la décision aurait été défendue avec vigueur.
Mais dans ce cas précis, l?on ne peut défendre l?indéfendable. C?est ça le problème. Des arguments crédibles et fondés sur du concret, il n?y en a pas. Comment venir expliquer à la nation que des lobbies obscurs mais influents ont réussi à décider du quotidien des enfants mauriciens et leurs parents ? Comment justifier que leurs désirs fondés sur des idées totalement obsolètes ont eu préséance sur le bien-être et le développement global des enfants ?
Cela dit, la levée de boucliers quasi généralisée de pédagogues, d?enseignants et de parents depuis jeudi dernier doit faire réfléchir les détenteurs du pouvoir. S?ils ont un peu de bon sens, cette révolte devrait même les faire fléchir. C?est ce qui est souhaité de bon coeur, d?ailleurs. Le gouvernement y gagnerait certainement quelques bons points dans l?opinion publique. Il en a bien besoin dans ce contexte d?augmentations de prix, d?allégations de brutalités policières et de dégradation des moeurs. Il est sûr que faire marche arrière sur le dossier élitiste ne lui fera pas obtenir un A+, mais ce sera une bonne note quand-même.
Et de toute façon, soyons francs, reconsidérer cette question est la logique même. Dans une démocratie moderne, un gouvernement ne peut pas se permettre d?imposer une décision touchant une grande partie de la population envers et contre tous. Et cela encore davantage s?il s?agit de ce que nous avons de plus précieux, nos enfants.
Nos décideurs seraient bien avisés de reconsidérer les choses et de prendre en compte l?opinion de la majorité qui ne veut pas de ce système injuste et perfide. Mais bon, seuls les idiots ne changent jamais d?avis...
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