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Seul en scène, le monstre pétille

27 juillet 2003, 20:00

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En effet, Jacques Weber chausse du 52! Du comédien vulnérable, aux mots lui filant entre les doigts, lâché par cet imprévisible ?quelque chose qui manque?, lors de son interprétation du texte de Boulgakov, Le Roman de Molière, le samedi précédent, le Grand Weber s?est déployé dans toute sa pluralité Les ailes étendues, il brasse tous les espaces. Les feuillets au diable, seul, à l?extrême de sa vérité, le monstre pétille. L?on mesure sa joie physique de jouer, de déguster les mots. Il les taille à sa mesure, les marie à loisir, les sépare, les raccommode? Quelle grâce de voir ce géant habiter les mots !

?Seul en Scène est un spectacle évolutif que je trimballe depuis 25 ans?, avait-il dit. ?Il est bourré de coups de foudre, pleins de frémissements, d?envies purement sensuelles, où le choix du texte ne se fait pas par rapport au sens. Certains textes disparaissent. Ils sont remplacés par d?autres, recomposés, mis bout à bout. Les choses évoluent et changent.? Jusqu?à donner le petit bijou de spectacle de vendredi soir, mis-en-scène par son épouse ,Christine Weber. Il aime particulièrement ce mélange de Duras, Boris Vian, Lamartine, Musset, Godard, Molière ? sans logique aucune. Liberté illimitée des plus périlleuses, si jamais le petit quelque chose manquait! ? Mais il était bien là, vendredi soir . De la pure magie !

<B>Anthologie de la vie</B>

Le ?rescapé de l?éducation nationale? a trouvé, pour présenter ces textes disparates, une formule d?humanité. Les signatures l?intimidaient. Aussi les supprime-t-il pour naviguer entre les motifs de son patchwork. Ce qui génère ?une émotion toute neuve.? La conjuguaison libère à la fois l?assistance. Elle vibre à l?unisson, épouse sa déclinaison de toute la gamme des sentiments : du léger au grave, de l?ironie à la tendresse? grimace avec lui, s?enlaidit, s?embellit, se recroqueville, s?étale, s?amourache d?Eluard, rejoint en nocturne Rimbaud-sur-jazz, Beaumarchais-sur-Karajan, se suicide avec Duras, chute au ralenti avec le fromage de la fable Le Corbeau et le Renard, savoure le mot du comédien, ?La Fontaine a inventé le ralenti avant Spielberg?, et encore ceux ?aux culs? de lapin. Bref, ?on a beau croire être quelqu?un, on finit par s?apercevoir qu?on est plusieurs.? Et c?est dommage qu?il ne chante plus.

Seul en Scène est le parcours richissime de Weber, une anthologie de la vie !

J.G-A.

Rencontre

Petits extraits des échanges entre des comédiens locaux et Jacques Weber

  • Ils n?étaient qu?une poignée, des comédiens mauriciens, et des plus jeunes, outre un fin connaisseur, en la personne de Robert Furlong, à répondre présents à la rencontre, organisée par l?agence Immedia à leur intention, avec Jacques Weber au théâtre de Port-Louis vendredi dernier. C?était deux heures avant sa prestation dans Seul en Scène, à 20 heures. Une occasion rarissime, que les absents auront manquée, de s?enquérir de façon ?décontractée? des mille et unes facettes et difficultés du métier, d?un monument, - qui chausserait du 52 ! ? tant du théâtre que du cinéma et de la télévision, à la longue expérience de directeur de théâtre.

Mais, il n?a plus envie de l?être. Jacques Weber expose la position difficile de l?acteur-directeur, qui est vite catalogué ?Le statut de chef d?entreprise à la fois chef de troupe, n?est pas facile. Il avoue, ?J?ai envie de me consacrer à ma carrière d?acteur.? Contrairement à ceux qui pensent que ?le théâtre subventionné a tué la création?, Weber affirme que ?sans cela beaucoup n?auraient pas pu exister. Le théâtre public a entretenu la création. . Par la cherté des places?on arrive au One Man Show. Les privés vont chercher des énormes vedettes. Il faut trouver une voie médiane. De plus en plus il y a des rapprochements entre public et privé pour de petites productions.? Il est d?avis que la France ayant une formule unique, elle ne devrait pas l?abolir mais la réaménager.

A la remarque de Robert Furlong qu?un théâtre doit vivre sans cesse, par des cours de danse, une cinémathèque, de petits spectacles très courts joués à l?heure du déjeuner, il répondra que ?c?est ce que la subvention permettrait de faire.? Il n?a pas de recette pour faire marcher un théâtre à Maurice. Il faudrait étudier tout ce qui se fait dans l?île avant tout. ?Le nombre de religions qui marchent ensemble, c?est très vivant. Le mysticisme ici est très important Il y a là un grand potentiel théâtral.? Les langues multiples locales: hindi, créole, anglais, français?, autres richesses pour le théâtre. A voir Shakespeare et Molière montés par des Africains, il a conscience que les acteurs français ?travaillent avec la tête plus qu?avec le corps.? Il fait remarquer que Racine doit être murmuré non pas proclamé. Et joué dans les petits théâtres de cent places.?

Pour un solo, Weber ?travaille quatre heures par jour. Pour de grands spectacles sept à huit heures?. Il tourne parfois l?après-midi et joue le soir. Après 250 représentations ?on est comme un sportif en fin de saison.? Il énumère les différents comportements individuels des comédiens. Pour sa part, il aime arriver à l?ultime seconde sur scène et ?juste pour le clap au cinéma?. La minute de vérité. Il travaille actuellement pour la télévision la trilogie de Beaumarchais : Le Mariage de Figaro, Le Barbier de Séville, La Mère Courage. ?L?explication des deux premiers se trouve dans le troisième?, explique Weber. Il est fasciné par Beckett, et aimerait jouer Tchekhov.

Il arrive, même aux plus grands, que ?quelque chose manque?, confie Jacques Weber. Et l?on se surprend à souhaiter que rien ne manquera quand il sera Seul en Scène.

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