Publicité

Serge Lebrasse et le séga vedettes de RFO Satellite

27 mars 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

D?heureux téléspectateurs noctambules, providentiellement branchés sur la chaîne RFO Satellite, ont eu droit, cette semaine, entre une et trois heures du matin, à une superbe « fête du séga » dont ils garderont longtemps l?agréable souvenir. Aussi curieusement que cela puisse être, il s?agissait d?une production de la MBC TV tant décriée, réalisée de main de maître par l?incomparable Sylvio Hécube. Elle date déjà de l?an 2000.

Le séga est souvent au menu de notre service national de télévision. Peut-être même trop souvent au gré de certains. Il ne se passe pas de jour, peut-être, où l?on n?a pas droit à des moments de séga, qu?on nous serve les onomatopées de tel ou tel chanteur, répétant inlassablement l?une ou l?autre syllabe de son répertoire plutôt restreint, le martèlement rythmé et endiablé de la ravane ou du tambourin quand ce ne sont pas les arabesques formées par les jupes colorées et fleuries des danseuses, les soulevant parfois plus haut que ne le recommande la décence.

Dans ces cas passagers et démonstratifs, les responsables de ces intermèdes télévisés ne demandent pas au séga autre chose que meubler bruyamment un temps d?antenne. La qualité de l?image laisse souvent à désirer. Les contrastes sont alors exagérément forcés. Un certain flou, pour ne pas dire un flou certain, remplace la netteté désirée. La prise de vue pèche alternativement par précipitation giratoire et par statisme paresseux. Pas la peine de chercher à savoir davantage sur le chanteur, le compositeur, le message du séga, sa place dans l?histoire de notre folklore musical.

Point n?est besoin de chercher, par exemple, des indications sous-titrées pouvant éclairer la lanterne des téléspectateurs. Ces derniers ignorent toujours si l?absence d?explication est due à l?insignifiance du sujet ou à l?ignorance des responsables des images ainsi diffusées. En contraste, Sylvio Hécube, ses collaborateurs et RFO-Sat nous offrent un documentaire substantiel et enrichissant sur notre séga, illustré de prises de vue intelligentes, centrées tantôt sur un Serge Lebrasse passionné et passionnant, vêtu de ses plus belles chemises, tantôt sur des danseuses aux tenues les unes plus belles que les autres et mettant en valeur un spectacle, le séga utilisé comme fond sonore. Bref à dégeler un iceberg et faisant honneur à notre île Maurice. Une véritable célébration de notre séga tant apprécié à divers niveaux. D?autant plus agréable à suivre que l?entretien se fait en notre créole, à croire qu?il devient une langue comprise dans tous les États insulaires tropicaux et par leurs diasporas.

Le sympathique Serge Lebrasse et ses pertinentes interventions servent de fil conducteur à cette émission éminemment intelligente. Il se montre intarissable qu?il développe sa philosophie de ce séga, unique préoccupation d?une longue carrière professionnelle, entièrement consacrée à sa mise en valeur. Sans se lasser, il explique, à ceux qui ont la chance de voir et de revoir cette émission, ce qu?est le séga et ce qu?il n?est pas, ce qu?il doit demeurer et ce qu?il ne doit pas devenir.

L?éclosion d?un nouveau chef-d??uvre

En quelques mots bien choisis pour avoir été longuement réfléchis et mûris, il raconte inlassablement le carcan dans lequel bonne société et bien pensants voulaient enfermer ce séga dans lequel se retrouve d?instinct une population de tous âges, de tous sexes, de toutes races, de toutes cultures. Il raconte les premiers succès, l?accueil chaleureux rencontré, depuis les années 1960, auprès des différentes couches de la population. Il raconte l?entrée fracassante dans le folklore mauricien de Madame Eugène et de ses filles, de Ti Créole, des Bitoule, de Cousin Totor, de Zèn Zens Zordi et même du bon Père Laval plus thaumaturge que nature.

Serge explique dans ses mots à lui la genèse d?un séga, son idée de départ, les paroles qui se mettent en place, les rimes qui s?accordent les unes aux autres tantôt harmonieusement tantôt laborieusement, la mélodie qui lentement se construit au-dessus des mots, au gré des versets et des strophes, les effets d?accompagnement qui se laissent deviner, les premiers essais, les mises au point, les améliorations ultérieures, bref, l?éclosion d?un nouveau chef-d??uvre.

Serge Lebrasse c?est encore le séga décrivant une situation pouvant être, tour à tour, amusante, drôle, cocasse même. Il peut aussi bercer ou se montrer reconnaissant, voire révérencieux. Il dégage souvent une morale. Il répond à certaines règles.

Un développement suit l?exposition du contexte et conduit à une conclusion souvent moralisatrice. Le tout bien sûr enrobé de couleurs, de touches, de nuances folkloriques et locales dans lesquelles la population se retrouve. C?est surtout une mélodie facile à se souvenir, qu?on se surprend à fredonner naturellement, qu?on retrouve sur toutes les lèvres, qui devient une rengaine obsédante vous collant à la peau et vous revenant à l?esprit, des décennies après, avec un plaisir, un bien-être, renouvelé.

Le séga c?est un rayon de soleil musical qui perce derrière des nuages de monotonie et que peut faire naître une heureuse reprise par une chaîne de radio, soucieuse de rattraper, un auditoire intelligent que peut lasser des produits sonores privilégiés pour la seule raison qu?ils viennent de sortir et qu?il convient de promouvoir, tout en sachant qu?ils sont loin d?atteindre les qualités et la perfection des ségas longtemps portés en soi, longtemps bercés pour leur donner le temps de mûrir sans hâte, en attendant qu?arrive l?heure de l?éclosion unanimement saluée.

Dans son plaidoyer en faveur du séga mauricien, Serge Lebrasse soulève un point important méritant de retenir l?attention de tous, en commençant par celle de nos autorités culturelles. Il se plaint de ne pas pouvoir trouver à Maurice tous les éléments permettant à qui le veut, amateur ou professionnel, de reconstituer l?histoire de notre séga. Des archives, surtout sonores, ne se mettent pas en place aussi aisément, comme par un coup de baguette magique. Elles sous-entendent une harmonieuse conjugaison d?efforts préalables de tous ceux que la question intéresse.

Ils doivent apprendre à se rencontrer, à examiner ensemble ce qui existe déjà et qui peut être sous-utilisé, voire ignoré, étudier ensemble les moyens d?améliorer ce qui existe déjà et de combler les lacunes avérées, faire appel aux autorités concernées en leur soumettant un plan de la situation, des besoins à combler et des moyens pour le faire, de la promotion qui doit être faite et mise à la disposition du public local comme des chercheurs étrangers.

On peut regretter que les Archives de l?État ne peuvent pas toujours prendre sur elles pour conserver tout ce qui devrait l?être d?un patrimoine folklorique particulièrement éphémère, car touchant plus particulièrement un public aimant vivre au jour le jour et n?éprouvant pas toujours le besoin de collectionner les éléments d?un bonheur auditif passager. Nos archives sont budgétées pour faire un travail bien précis occupant pleinement les ressources humaines et financières disponibles. L?attention, pouvant être, à juste titre, accordée à des éléments ne faisant pas partie du cadre des tâches à accomplir, peut l?être au détriment des responsabilités officiellement confiées à ce service.

Des démarches officielles pour combler les lacunes

D?où la nécessité d?entamer les démarches officielles requises pour que quelque part des fonctionnaires soient recrutés et désignés pour combler, s?il le faut, les lacunes signalées par ce connaisseur qu?est Serge Lebrasse et qui à lui seul représeSerge Lebrasse se plaint de ne pas pouvoir trouver à Maurice tous les éléments permettant de reconstituer l?histoire de notre séga.nte tant de chapitres vivants, sonores, gouailleurs, du séga mauricien de la seconde moitié du xxe siècle et de l?aube de ce iiie millénaire.

Signalons que la MBC TV vient, à l?occasion de ses 40 ans, de projeter ses caméras sur ses archives sonores que dirige avec intelligence et dévouement Geneviève Fabre. Il se peut aussi que, du côté de la MASA et du Conservatoire François Mitterrand, on puisse aussi apaiser les inquiétudes de notre Serge Lebrasse. La télévision réunionnaise vient également de présenter les archives sonores et musicales, constituées par la seule volonté et le seul amour du folklore indocéanique d?Arnaud Bazin qui se présente d?ores et déjà comme LA référence en la matière.

Une conclusion s?impose : le séga mauricien existe bel et bien. C?est un trésor aux mille facettes, les unes plus valeureuses que les autres. Il peut se comparer avantageusement aux autres folklores musicaux insulaires. Les Mauriciens ne le savent pas assez. Une meilleure promotion s?impose de toute urgence. Elle peut inclure toutes les améliorations que collectivement et officiellement nous pouvons apporter aux contributions individuelles déjà disponibles. La moisson est abondante. Trouverons-nous seulement les ressources humaines disponibles et qualifiées pour venir à bout de cette tâche illimitée peut-être mais infiniment enrichissante ?

Publicité