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Serge Clair : Agaléga est un trésor abandonné
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Serge Clair : Agaléga est un trésor abandonné
En 1983, Serge Clair est ministre de Rodrigues mais aussi des îles lointaines, dont fait partie Agaléga, île qu?il visite alors. Son constat est implacable mais d?une grande sagesse. L?aurait-on écouté et pris en considération qu?aujourd?hui, en ces jours de crise alimentaire annoncée mais ne préoccupant personne ou presque, nous aurions à notre disposition une mini-zone d?élevage, sinon de cultures vivrières dûment sélectionnées par rapport aux conditions climatiques y prévalant. Pour Serge Clair, Agaléga est un trésor abandonné, une île ignorée, sous-exploitée.
Il ne s?attend pas à découvrir une île aussi grande. Il donne à l?île du Nord 17,6 kilomètres de long et 8 kilomètres à l?île du Sud, et aux deux environ 5 kilomètres de large. Agaléga lui apparaît comme une richesse impressionnante. Une île où les noix de coco jonchent le sol par milliers et pourrissent sur place, sans émouvoir âme qui vive.
Nul ne prend au sérieux la richesse de cette île. Les autorités gouvernementales, les anciennes administrations, toute comme la population agaléenne ne se préoccupent guère du potentiel économique d?Agaléga. Il n?y a aucune volonté politique ni administrative pour la développer rationnellement. Les îles lointaines n?ont aucune valeur aux yeux des Mauriciens, dirigeants politiques, fonctionnaires et population compris. Serge Clair constate, avec la plus grande amertume. Un bateau seychellois, le Cinq-Juin, transporte à Maurice, de Coëtivy, cent mille noix de coco seychelloises alors que des millions de noix de coco pourrissent au sol à Agaléga.
Les Mauriciens, allant travailler à Agaléga, ne sont guère meilleurs que les Agaléens, ne comprenant pas la richesse potentielle de leur île. Personne ne veut travailler dans les cocoteraies. Les maçons, peintres et charpentiers se croient volontiers supérieurs aux simples agriculteurs alors qu?ils n?accomplissent aucune tâche productive, rapportant de l?argent.
Serge Clair estime qu?il serait avisé de permettre à des Rodriguais, comme à des Chagossiens, de s?installer à Agaléga. Pour cela, il suffirait d?améliorer les infrastructures de base sur l?île, notamment en termes de fourniture d?eau potable, d?énergie électrique, de loisirs et de distractions.
L?administration en place à Agaléga est synonyme de désordre et de gaspillage. Il manque d?hommes compétents pour organiser un management efficace et prendre les initiatives qui s?imposent. Il convient aussi de comprendre la mentalité des Agaléens pour pouvoir leur offrir une formation professionnelle et humaine valable.
Serge Clair constate, avec un réel sentiment de révolte, certaines gabegies injustifiables. Alors que la population agaléenne dispose à volonté de poissons et de fruits de mer, les entrepôts sont remplis de boîtes de conserve de poisson que les Agaléens refusent de consommer (N.B. : Mais cela fait l?affaire du commerçant, parvenant à vendre ses boîtes de pilchard au gouvernement mauricien pour être écoulées à... Agaléga). Le beurre y arrive en... paquets, emballé dans du papier aluminium. Comme il n?y a pas de réfrigérateurs à Agaléga en 1983, ce beurre fond sur place au bout de deux ou trois jours.
La population agaléenne doit consommer une eau saumâtre, provenant de plusieurs puits. Nul ne songe à équiper les maisons et autres bâtiments d?un système de gouttières et de réservoirs souterrains pour recueillir toute l?eau de pluie disponible. Les maisons construites à Agaléga sont minables. On gaspille les feuilles de tôle alors qu?on aurait pu utiliser plus intelligemment des planches de cocotier. Des feuilles de tôle neuves servent à fabriquer des enclos pour de rares oiseaux de basse-cour.
Quand on constate le peu de cas accordé par les Mauriciens à Agaléga, à Saint-Brandon, comme à Rodrigues, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on comprend mieux comment Sir Seewoosagur Ramgoolam a pu brader aussi facilement notre archipel des Chagos, simplement pour plaire à ses bons amis anglais, le menaçant pourtant d?un impraticable référendum sur l?inévitable indépendance de Maurice. «Mo même pas ti conné kotte ti été ça banne Chagos !» plaidera-t-il piteusement, plus tard, pour son impossible défense.
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