Publicité

Seeneevassen réclame une enquête sur les municipales de 1953

20 décembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le 7 décembre 1954, Renganaden Seeneevassen, présente au conseil législatif sa motion réclamant l?institution d?une commission d?enquête sur les élections municipales de décembre 1953. Elle pourrait, propose-t-il, faire la lumière sur les allégations faites de man?uvres électorales frauduleuses, sur l?enregistrement injustifié de certains électeurs, sur les procédures suivies de révision des listes électorales et de faire les recommandations qu?elle jugera utiles. L?auteur de la motion tient par-dessus tout, en la développant, de faire ressortir qu?il ne réagit pas avec un esprit de parti. Mais nul ne peut oublier que les résultats des municipales de décembre 1953 à Port-Louis furent contestés et par le Parti Travailliste et par le Ralliement Mauricien. Ces élections ont opposé ces deux partis et les résultats semblent indiquer que son parti, le PTr, se retrouva en minorité à l?heure du décompte des voix. Il souhaite une réforme des procédures électorales municipales en faveur, non de tel ou tel parti, mais de la démocratie et donnant satisfaction au plus grand nombre. Il importe à tous que le Mauricien moyen ait confiance dans les organismes chargés d?organiser les élections à Maurice. Notre système électoral et l?organisation des élections doivent inspirer la plus grande confiance au plus grand nombre de personnes ordinaires.

Le fait nouveau dans l?actualité politique de 1954 c?est qu?il est désormais possible de comparer l?organisation des élections législatives à celle des municipales portlouisiennes. Le contraste est saisissant. Autant en 1953, pour les législatives d?août, tout fut mis en ?uvre pour faciliter l?enregistrement des électeurs, autant l?inscription des électeurs municipaux de la capitale a été un parcours du combattant afin de décourager le plus grand nombre possible de citadins de remplir leur devoir électoral. Pour les législatives, on a multiplié les centres d?enregistrement. On a même prévu des centres mobiles pour que l?inscription aille à la rencontre du votant potentiel. Or, il y eut curieusement 1 200 électeurs de plus pour les municipales que pour les législatives.

Le nombre total d?électeurs à Port-Louis s?élève à 18 800 pour les législatives d?août 1953, dont 3 500 hindous, 4 800 musulmans et 9 000 chrétiens ou inscrits de la population générale. Seeneevassen attire l?attention du conseil législatif sur ce nombre de 18 800 électeurs pour l?ensemble du district de Port-Louis. Ce dernier transcende d?autant la ville que plusieurs faubourgs ne font pas partie, en 1954, des limites de la capitale. Trois mois après les législatives, ont lieu les municipales. L?organisation est confiée au personnel municipal. L?enregistrement des électeurs se fait uniquement à l?hôtel de ville. Seeneevassen observe l?inscription des électeurs. Il a l?impression qu?on enregistre parfois avec une trop grande indulgence des personnes de moins de 21 ans et d?autres n?habitant pas en ville. Il attire mais en vain l?attention du maire. Autre bizarrerie, des dames se font inscrire dans le salon mairal, en empruntant une porte latérale dérobée. On lui explique qu?elles le font par timidité. Il avoue ne pas pouvoir comprendre. Il trouve bizarre que des femmes timides aient l?audace nécessaire pour faire tant de détours rien que pour se faire enregistrer dans le bureau du maire au lieu de se faire accompagner et suivre la filière normale, accessible au plus grand nombre.

Seeneevassen parle ensuite du système de radiation. N?importe qui peut, après avoir consulté la liste des électeurs, réclamer la radiation d?un inscrit, en faisant toutefois un dépôt de Rs 10, non remboursable en cas de requête frivole et attribuable à l?électeur indûment contesté, afin de prévenir tous les abus possibles. En revanche, le secrétaire de la ville peut solliciter, sans bourse déliée, autant de radiations qu?il juge utile et nécessaire de faire. Après les inscriptions des électeurs avant les municipales de décembre 1953, il y eut environ 5 000 demandes de radiation dont 3 000 admissibles entraînant autant de radiations. Il y eut pourtant sur la liste finale d?électeurs, plus de 20 000 inscrits, soit environ 1 200 électeurs de plus que pour des législatives, couvrant une superficie plus vaste et bénéficiant de plus grandes incitations à l?enregistrement des électeurs. La comparaison devient encore plus mystérieuse quand on applique des critères ethniques. On retrouve les 3 500 électeurs hindous, le nombre d?électeurs chrétiens ou de la population générale diminue d?un millier (8 000 au lieu de 9 000). En revanche, le nombre d?électeurs, se réclamant de foi islamique, passe de 4 800 à 6 800, soit une augmentation de 2 000 qui demande à être expliquée.

?Atmosphère politique malsaine?

Les variations entre les inscriptions des législatives aux municipales réclament de ce fait investigation et justification, insinue Seeneevassen. Ceux, qui sont en paix avec leur conscience, n?ont rien à craindre d?un tel exercice. Ce dernier exige toutefois du temps, de la patience pour examiner chaque cas mais surtout des enquêteurs intègres et sérieux munis des pouvoirs nécessaires.

Les inscriptions pour l?élection municipale sont placées sous la responsabilité du secrétaire de la ville qui a la garde des sceaux et des bulletins. Ces derniers ont été imprimés mais sans souche et sans être numérotés. On ne sait combien de bulletins ont été imprimés ni combien ont été utilisés. Seule une commission d?enquête pourrait faire adéquatement la lumière voulue sur cette question. L?on sait qu?au cours de précédentes municipales, plusieurs individus furent arrêtés pour avoir tenté de voter à plusieurs reprises. Des rumeurs circulent dans la capitale. Elles ne font guère honneur à la majorité portlouisienne en 1954.

Seeneevassen déclare être toujours convaincu qu?il n?est pas bon que l?organisation des municipales soit confiée à la municipalité. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu?il sévit une atmosphère politique malsaine toutes les fois où l?on procède à de nouveaux exercices d?inscriptions des électeurs et de révision des listes électorales. Les réclamations et les doléances sont enregistrées par des fonctionnaires municipaux, n?inspirant pas la même confiance à tous les plaignants. Ils peuvent toujours faire appel au maire, dira-t-on. Mais que se passe-t-il quand la plainte va à l?encontre des intérêts politiques du maire ? On ne peut oublier que tout fonctionnaire municipal, de l?employé au bas de l?échelle au secrétaire de la ville, doit une certaine allégeance au maire et à la majorité au conseil municipal. Quelle que soit l?honnêteté et l?intégrité de chaque membre du personnel municipal, il y a le doute naissant de l?existence incontestable d?une certaine allégeance à un maire appartenant à un bord politique qui n?est pas celui de la totalité des électeurs inscrits ou potentiels. Et ce n?est pas faire injure aux maires successifs de Port-Louis de soutenir qu?ils s?intéressent de très près aux résultats des élections municipales.

L?objectif de la motion de Seeneevassen n?est pas de discréditer la municipalité de Port-Louis mais d?enquêter simplement pour vérifier s?il y a eu ou non des failles dans l?organisation des municipales de décembre 1953. Sans vouloir être exhaustive, son enquête personnelle plutôt superficielle et empirique lui permet d?avancer qu?il détient une liste de 300 électeurs inscrits, habitant hors Port-Louis pour les législatives mais à Port-Louis pour les municipales. S?ils se sont inscrits illégalement, cela suffit pour modifier les résultats des dernières élections, résultats assez serrés pour n?avoir donné qu?une faible majorité à l?un des deux bords politiques en présence. Il a aussi retracé 50 à 60 électeurs inscrits mais n?ayant pas l?âge requis pour voter.

Certains disent volontiers : ?Oublions le passé ! ? Il convient toutefois de savoir tirer les leçons utiles du passé afin de ne pas répéter indéfiniment certaines erreurs préjudiciables à la confiance que tous doivent avoir sans cesse dans l?organisation d?élections démocratiques à Maurice. Seeneevassen invite de nouveau ses collègues du conseil législatif à ne pas aborder sa motion avec un esprit de parti mais de réagir en vrais patriotes intègres et justes afin qu?à l?avenir les élections puissent se dérouler de manière à donner entière satisfaction à l?ensemble de la population.

A Jules Koenig qui s?enquiert de savoir si les noms des 350 électeurs inscrits illégalement, selon Seeneevassen, ont été ou non soumis à la police, l?orateur répond que son but n?est pas d?entamer une action policière, pouvant sanctionner d?innocentes personnes manipulées par des cerveaux malhonnêtes qui demeureront impunis parce que suffisamment embusqués. Son but, en présentant sa motion, est de veiller à ce que les failles, qu?une commission d?enquête pourrait déceler dans l?organisation des municipales de décembre 1953, ne puissent plus se reproduire à l?avenir.

MM. Guy Forget et Edgar Millien se lèvent ensemble pour seconder la motion. Donneront la réplique à Seeneevassen ou interviendront dans le même sens que lui les députés Mohamed, Ringadoo, Koenig, Millien, Forget, Ramgoolam, Sauzier et Osman (qui présentera un amendement de la motion). Une prochaine chronique mettra en exergue les points forts de ces différentes interventions.

?(...) de réagir en vrais patriotes intègres et justes afin qu?à l?avenir les élections puissent se dérouler de manière à donner entière satisfaction à l?ensemble de la population.?

Publicité