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Seconde chance
Un nouveau débat sur l?école est amorcé avec la position adoptée par la fédération des managers des collèges privés sur la filière pré-professionnelle. Ceux-ci ont exprimé une vive objection à la proposition du gouvernement de réserver une classe pour les recalés du CPE dans chaque établissement scolaire. Cette pratique existe déjà dans les collèges d?Etat.
La filière pré-professionnelle offre la possibilité à ceux qui ont subi un deuxième échec au CPE de poursuivre des études dans un collège. Le programme, d?une durée de trois ans, débouche sur une formation technique à l?IVTB. Cette filière a permis de réconcilier les rebuts de l?école avec le système scolaire.
Les managers du privé s?y opposent pour des raisons qui sont loin d?être transparentes. Ils évoquent pêle-mêle le ?flou? entourant le programme de la filière, le manque de précision dans ses objectifs et son ?bilan très mitigé après trois ans d?existence?. Mais tout cela n?est pas bien convaincant. Comme tout projet innovateur, celui-ci comporte évidemment bien des faiblesses. La solution n?est pas, pour autant, de jeter le bébé avec l?eau du bain. On ne ferme pas la porte à des élèves défavorisés si c?est seulement une réflexion sur un programme scolaire qu?on souhaite.
Cela fait pratiquement un an que l?inspectorat national a tiré la sonnette d?alarme sur les lacunes du projet. Ils ont, par exemple, constaté que 63 % des enseignants des classes pré-professionnelles ignoraient le support audiovisuel et continuaient à utiliser la méthode traditionnelle de ?chalk & talk?. On n?a pas entendu les pédagogues du privé proposer des solutions aux problèmes qui étaient évoqués dans ce rapport. Ils sont, tout autant que l?Etat, partie prenante du système d?éducation.
Il est difficile de croire que la raison qui a motivé la réticence des managers du privé à accepter une classe de pré-professionnelle par an tient aux faiblesses du programme. Car s?ils tenaient tant à l?intérêt de ces jeunes qui subissent un double échec au CPE, ils auraient accepté de leur donner une seconde chance. Le privé est conscient que s?il refuse de réserver une classe par an pour cette filière, le sort du projet sera hypothéqué. Plus grave, c?est la décision portant sur la scolarité obligatoire jusqu?à 16 ans qui risque d?être mise en veilleuse. Il sera impossible de garantir une place pour tous les élèves si le privé n?admet que des élèves dans des classes ?mainstream? et se décharge de sa responsabilité envers les enfants qui ont des difficultés d?apprentissage.
On peut craindre que les réticences du privé procèdent de mobiles inavouables. Et si, c?est la volonté de maintenir les cloisonnements existants dans la société qui explique les positions défendues par certains managers ? Une école pour les inclus, une autre pour les exclus, mais pas de mélange de genres, pourrait être la devise de ceux-ci. Si c?est leur position, ils ne pourront l?assumer et vont se justifier en s?appuyant sur des arguments pseudo-pédagogiques.
En milieu de semaine une rencontre est prévue entre le ministère et les managers du privé. A cette occasion les uns et les autres gagneront à écouter cette enseignante de Goodlands que Bindu Boyjoo cite dans ?l?express-dimanche? hier : ?il faut continuer à offrir cette filière, sinon ce sont les enfants qui seront les perdants.?
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