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Sauvons la réforme !

8 octobre 2006, 00:00

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Il y a trois scénarios possibles pour l?avenir de notre pays : le « monde marché », le « monde- forteresse » et le « monde transformé »*. Le projet du budget 2006-2007 voulait s?inscrire dans celui de la transformation. Malheureusement, l?absence de communication post-budgétaire, les sérieux manquements dans l?opérationnalité des mesures et l?absence du sens tactique ont abouti à un blocage. Pire, ils ont activé toutes les forces et formes de résistances au changement, hypothéquant sérieusement la réforme.

Tout le monde constate un climat social malsain. Le mécontentement est généralisé, la déprime s?installe et s?intensifie, la grogne est partout, les nerfs sont à fleur de peau, les foyers de contestation se multiplient. Une société inquiète, assommée par l?augmentation du coût de la vie, minée par une « guérilla interne » ne peut se reconstruire et construire. Allons-nous laisser notre société s?auto-détruire par l?aveuglement ?

Que la médication budgétaire est ressentie comme douloureuse est somme toute normale. Ce qui est dommage, c?est que le débat qui a suivi s?est focalisé complètement sur les manquements, au point où on a perdu de vue sa dimension visionnaire et innovatrice. Dans un premier temps, le gouvernement a procédé à quelques aménagements et a initié des discussions sur certains aspects problématiques. Devant la déferlante des protestations, il a pris peur de devoir céder sur tout, et donc de vider le budget de sa substance. Depuis, c?est « let?s wait and see »...

L?agenda du développement de Maurice ? et des autres sociétés ? est dicté par la mondialisation d?inspiration néolibérale. Les trois scénarios mentionnés plus haut sont les suivantes. D?abord, le « monde du marché » s?appuie sur une vision séduisante, que soutient la grande majorité des économistes et des chefs d?entreprises, qui croit que la dynamique du marché et de la mondialisation induit automatiquement le progrès économique.

À cette vision s?oppose celle, pessimiste, animant le scénario du « monde-forteresse », qui s?appuie sur deux grands constats : le développement généré par l?économie de marché est incapable de corriger les injustices sociales et de prévenir les catastrophes écologiques ; deuxièmement, le marché, libéré de toute contrainte, ne peut qu?exacerber ces problèmes et laisser de larges franges des populations en marge de la prospérité qu?il génère avec son lot de replis, de conflits et d?instabilité.

La troisième vision fait, elle, le pari que la volonté, l?imagination et la générosité peuvent conduire les sociétés à se reformer, dans le but d?instaurer un monde où il fait meilleur vivre et où personne n?est exclu des dividendes du progrès. Cela exige une mutation en profondeur des comportements so-ciaux et politiques ? voire des valeurs et des normes culturelles. Pour transformer ainsi le monde, il faut des actions volontaristes qui orientent les forces du marché.

L?enjeu à Maurice, c?est d??uvrer dans le sens du scénario d?une transformation sociale pour le mieux. La réforme proposée par R. Sithanen s?inscrit dans ce scénario porteur d?avenir. Le ministre des Finances est pris en tenaille entre les conditions que lui imposent les bailleurs de fonds du financement du plan de redressement de l?économie, et la forte contestation de ces conditions.

S?il cède sur le fond, il perd sa crédibilité et avec, les moyens pour redresser le pays.

Il y a quelques évidences qu?il faut reconnaître. D?abord, la complexité de l?opérationnalisation du chantier de la réforme a été sous-estimée. Ensuite, on a voulu tout faire en même temps sans s?assurer qu?on s?était donné les moyens de ses ambitions. Et sur certains dossiers, comme la « National Residential Property Tax » (NRPT) ou les campements, on a confondu vitesse et précipitation. C?est ainsi que de bonnes mesures dans le principe se sont avérées injustes et arbitraires dans leur application, avec de très fâcheuses conséquences.

Ne réduisons pas tout au seul déficit de communication. Aujourd?hui, pour sauver la réforme il faudra autant de courage qu?il a fallu pour la proposer. Il faut reprendre les devants pour annoncer d?autres ajustements inévitables.

Qu?on dote le pays d?abord d?un plan cadastral d?ici septembre 2007 comme base au NRPT ! Que le gouvernement explique clairement sa position en marge des négociations en cours sur les campements ! Qu?il revoie le mécanisme de « disclosure » des intérêts sur les dépôts bancaires qui a traumatisé tous les épargnants, même ceux qui ne sont pas touchés par la taxe. Qu?il s?assure que le programme d?« empowerment » commence à porter ses premiers fruits dans les meilleurs délais.

Aucune transformation sociale ne sera possible si l?État lui-même ne donne pas l?exemple. Tant qu?il ne s?affranchira pas de l?influence des lobbies ? clientélistes, populistes et autres ? dans ses choix et décisions stratégiques et dans la gestion des institutions tombant sous sa responsabilité, il n?aura aucune autorité morale et légitime de faire la leçon aux autres acteurs de la société.

Allen Hammond : « Quel monde pour demain ? »

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