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Sarkozy sonne-t-il le glas pour la Françafrique ?
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Sarkozy sonne-t-il le glas pour la Françafrique ?
La France de Nicolas Sarkozy fait peur. Surtout à ses partenaires africains qui voient dans le nouveau locataire de l?Elysée une menace pour les relations confortables tissées avec ce pays au fil du temps. A Maurice, on veut dissocier le discours politicien de campagne de la politique d?État. On jugera le nouveau président français sur le tas.
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, est confiant que les relations France-Maurice continueront à bien se porter sous le règne Sarkozy. Il ne manque pas de rappeler à la presse qu?il a déjà eu des contacts personnels positifs avec le nouveau président. D?abord en 2005 lorsque celui-ci était en visite privée dans l?île et ensuite l?année dernière, quand Sarkozy, alors ministre de l?Intérieur, lui a étendu l?aide de la France dans le domaine de la sécurité (voir hors-texte).
?François Mitterrand a donné un autre sens aux relations entre la France et l?Afrique après les excès de son prédécesseur, Valéry Giscard d?Estaing. Jacques Chirac a poussé les relations ?françafriques? jusqu?à en faire un élément clé de la diplomatie française. Nicolas Sarkozy, lui, n?est pas un passionné de l?Afrique.?
Mais une diplomatie basée sur les relations personnelles entre les chefs d?États et de gouvernement est-elle encore porteuse ? Anil Gayan, ancien ministre des Affaires étrangères, est convaincu que non. ?Nous avons tendance à exagérer l?influence des relations personnelles sur la prise de décisions par les grands pays. En vérité, les amitiés sont éphémères. Seuls comptent les intérêts qui, eux, sont permanents. C?est cela le fondement de la realpolitik.?
Gayan étaie ses dires en citant la récente tentative de Maurice de présenter un candidat au poste de directeur de l?Organisation mondiale du commerce. Pour tout ?Africain? que serait le président Jacques Chirac, la France a soutenu l?Européen Pascal Lamy contre Jayen Cuttaree. ?Ramgoolam attend encore de pouvoir rencontrer son ?ami? Tony Blair, Premier ministre de la Grande-Bretagne?, dit-il encore.
Nicolas Sarkozy lui-même ne croit pas au ?réseautage?, si l?on se fie à son discours, notamment lors de sa tournée en Afrique francophone en mai 2006. On se souviendra de cette phrase assassine lâchée à Bamako (Mali) et qui lui a valu l?ire des dirigeants africains francophones : ?Economiquement, nous n?avons pas besoin de l?Afrique.?
Sarkozy prône des relations plus classiques avec les pays du continent, au même titre qu?avec les autres nations. Lors du débat télévisé à quelques jours du deuxième tour de la présidentielle, il avait insisté sur la réciprocité dans les relations futures de la France avec les autres pays. Les observateurs de la politique française décodent. En somme, Sarkozy sonne le glas pour la ?Françafrique?, concept cher à Jacques Chirac et qui est un mélange de paternalisme et de réseaux.
?Il faut relativiser. La France n?est plus le centre de gravité de l?Afrique. L?Inde et la Chine émergent comme de nouveaux partenaires?, prévoit Anil Gayan. A son avis, à l?avenir, la coopération avec l?Afrique se décidera davantage au niveau de l?Union européenne. Les pays individuels se tourneront davantage vers leurs voisins de l?Europe de l?Est et du Maghreb-Méditerranéen dans le cadre des relations bilatérales. A ce titre, la France devrait se concentrer davantage sur les pays sources de l?émigration vers ses rives, ajoute-t-il.
Le démantèlement de la ?Françafrique? ne signifie pas forcément une baisse de l?aide ou une révision de la coopération. On devrait s?attendre, en revanche, à une redéfinition de la présence militaire, par exemple, de la France en Afrique de l?Ouest. D?ailleurs, dès la proclamation des résultats scellant sa victoire dimanche, Sarkozy s?empresse de dire qu?il sera toujours aux côtés de l?Afrique.
Il n?y a pas d?incohérence, assure Vijay Makhan, ancien secrétaire aux Affaires étrangères de Maurice et porte-parole de l?opposition du Mouvement militant mauricien sur ce même dossier. ?Avant dimanche, Sarkozy avait tenu un discours avant tout électoraliste, visant principalement à attirer vers lui les lepénistes. Naturellement, son discours devait changer une fois qu?il était élu. Il ne peut être autrement. L?Afrique est incontournable tant du point de vue du développement que de celui de la protection de l?environnement. La France se laissera guider par la force géopolitique de l?Afrique.?
Impossible d?ignorer l?Afrique ne serait-ce que pour bien gérer le problème d?immigration clandestine. Nicolas Sarkozy aime bien prendre les États-Unis et l?Angleterre comme exemple. Ce n?est certainement pas en érigeant des barrages comme l?ont fait les États-Unis sur la frontière avec le Mexique ou en refusant des soins à des sans-papiers comme cela s?est passé en Angleterre, que la France résoudra son problème d?immigration. Nicolas Sarkozy n?aura d?autres choix que d?outiller les Africains à se prendre en mains chez eux pour contenir la vague de misère qui ne cesse de balayer les rives françaises.
Et Maurice dans tout cela ? La problématique de l?immigration clandestine ne la concerne pas tant. Pour elle, ce qui importe c?est la coopération économique. Que la France continue à être ?l?allié traditionnel? qu?elle a toujours été, principalement au sein de l?Union européenne, principal partenaire de développement de l?île. En ce moment-ci, l?appui français serait d?un recours capital dans la négociation pour une aide européenne optimale à la restructuration de l?industrie sucrière locale.
Sarkozy au pouvoir y changera-t-il quelque chose ? Vijay Makhan ne le croit pas. ?Les relations privilégiées qui lient Maurice à la France transcendent les dirigeants politiques des deux pays. Ces relations sont ancrées dans l?histoire des deux pays. Elles relèvent d?une communion entre les deux peuples. Quel que soit le président, c?est la politique de l?Elysée qu?il sera appelé à pratiquer?, dit-il.
Certes. Mais les locataires de l?Elysée y ont certainement mis du leur. François Mitterrand a donné un autre sens aux relations entre la France et l?Afrique après les excès de son prédécesseur, Valéry Giscard d?Estaing. Jacques Chirac a poussé les relations ?françafriques? jusqu?à en faire un élément clé de la diplomatie française. Nicolas Sarkozy, lui, n?est pas un passionné de l?Afrique. Les pays de la région devront s?attendre à une politique moins complaisante.
Shyama SOONDUR
PARCOURS
Le décapant Nicolas Sarkozy
Une chose est certaine : Nicolas Sarkozy ne laisse personne indifférent. Il fascine, irrite ou fait carrément peur tant son discours est décapant. Ses partisans sont convaincus qu?il saura sortir la France de l?ornière. Il s?est fait la réputation d?un homme de poigne, qui ne transige pas facilement. Ses détracteurs le comparent à un ?petit César?, l?estimant capable d?extrémisme.
La carrière politique de Nicolas Sarkozy, fils d?un immigré hongrois et d?une avocate parisienne, est fulgurante. Il débute à 19 ans aux côtés de Jacques Chirac. A 28 ans, il est élu maire de Neuilly, banlieue huppée de Paris. Six ans plus tard, il devient député. De là, il ne mettra que quatre ans pour décrocher son premier poste ministériel. D?abord, brièvement, comme ministre de l?Economie avant d?accéder, en 2002, au poste de ministre de l?Intérieur.
Ce parcours est loin d?avoir été linéaire. En 1995, Nicolas Sarkozy soutient Edouard Balladur contre son mentor Jacques Chirac, à la présidentielle. Balladur perd dès le premier tour. Pour Sarkozy démarre alors une traversée du désert qui, étonnamment, est de courte durée puisque dès 2004, il accède à la tête de l?Union pour la majorité présidentielle ayant remplacé le Rassemblement pour la République.
Pour l?occasion, Sarkozy affiche ouvertement son ambition. La prochaine étape est l?Elysée, rien que cela. ?Je suis habité, je pense toujours à ça. J?y pensais même quand personne n?y pensait pour moi?, confiait-il alors aux journalistes.
Dès lors, il cherche à tourner la page de l?ère Chirac pour en écrire une autre, la sienne. D?autant que ses relations avec ce dernier sont difficiles depuis sa ?trahison? en faveur de Balladur. C?est surtout au ministère de l?Intérieur qu?il a l?occasion de peaufiner son image de ?présidentiable?.
Il fait de la lutte contre l?insécurité et l?immigration clandestine ses chevaux de bataille et met en avant son ?parler vrai?. Quitte à se faire accuser de populisme. Et d?y laisser quelques plumes. Le choix des mots pour dire sa volonté de ?nettoyer? les banlieues de ?racailles? pour lutter contre la délinquance le rendent impopulaire auprès de jeunes d?origine étrangère. Son annonce de créer un ministère de l?Immigration et de l?identité nationale lui vaut les critiques de ses adversaires.
Sarkozy tient tête. Il répond qu?on peut parler immigration sans être raciste. Du reste, il aime se placer là où on l?attend le moins. La stratégie s?avère payante, permettant au candidat Sarkozy de revendiquer la ?reconquête? des électeurs de l?extrême droite de Jean Marie Le Pen.
Nicolas Sarkozy est père de trois enfants, dont deux d?un précédent mariage. Son épouse, Cécilia, l?avait récemment quitté pour un autre. Elle est depuis réapparu à ses côtés. Ces affaires conjugales avaient trouvé un certain écho dans la presse. Selon les observateurs de la politique française, c?était une des rare fois que Nicolas Sarkozy aurait laissé paraître une certaine fragilité. Durant la campagne, il n?a cessé de mettre en avant son ?humanité?. Il aime dire qu?il a changé.
Témoignages de Mauriciens en France
Mike, 30 ans, Montpellier
■ ?C?était prévu que Sarkozy remporte ces présidentielles. Les Français ont tendance à le diaboliser. Je trouve que c?est une bonne chose qu?il devienne président. Il a plus de crédibilité par rapport à Ségolène Royal. Cependant, il faut qu?il y ait un changement de courant dans un pays. Sarkozy fait preuve d?une sévérité qui effraie beaucoup de personnes, notamment les petits voyous. En tant qu?immigré, je trouve que c?est une bonne chose qu?un fils d?immigrés soit élu.?
Yan, étudiant en Master à la faculté des sciences économiques, Paris
■ ?Actuellement en stage dans le milieu bancaire, cela est plus réconfortant de voir Sarkozy au pouvoir. Avec son idée de travailler plus pour gagner plus, cela devient plus motivant de travailler. Mais en tant qu?étudiant mauricien, cela devient plus compliqué avec l?introduction d?un ministère de l?Immigration et de l?identité nationale. Je ne sais pas trop si je pourrais poursuivre ma carrière en France et m?y installer. Certes, je pense que Sarkozy est nettement meilleur que Royal.?
Ramgoolam : ?Nous avons beaucoup à apprendre de la campagne française?
■ La campagne électorale lors des présidentielles françaises devrait inspirer les politiciens mauriciens. C?est l?avis du Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui voit en l?élection de Nicolas Sarkozy ?la consécration d?un destin exceptionnel?. Il a rencontré la presse, hier, pour commenter la victoire de Nicolas Sarkozy aux présidentielles françaises. Il a déjà envoyé un message de félicitations au successeur de Jacques Chirac.
Evoquant la campagne menée durant ces présidentielles, Navin Ramgoolam se dit impressionné par le niveau des débats qui se sont davantage centrés sur les enjeux pour le pays que sur les personnalités des candidats en lice. ?Les Français ont eu un choix clair entre deux modèles de sociétés, deux valeurs?, a déclaré Navin Ramgoolam. Il devait à ce sujet féliciter Ségolène Royal pour sa ?rigueur? durant ces présidentielles, n?ayant pas moins déméritée.
Navin Ramgoolam a rappelé qu?il avait rencontré Nicolas Sarkozy alors que celui-ci était en visite privée à Maurice en décembre 2005. ?En 2006, je l?ai de nouveau rencontré et j?avais abordé avec lui, alors qu?il était ministre de l?Intérieur, la question de sécurité. Il avait rapidement dépêché une équipe pour un audit de nos besoins. Cette coopération porte essentiellement sur la formation, les équipements plus performants.?
Outre la sécurité donc, Navin Ramgoolam, compte aborder d?autres dossiers de coopération avec le nouveau président. La politique d?immigration de Nicolas Sarkozy ne devrait pas susciter des craintes, selon Navin Ramgoolam. Il a même fait un parallèle avec les procédures adoptées à Maurice pour ceux ayant obtenu la nationalité mauricienne, où il leur est rappelé leurs ?devoirs et leurs responsabilités?.
Par ailleurs, le Premier ministre note avec satisfaction que le nouveau président a fait mention dans ses premières déclarations publique d?une ?coopération renforcée? avec l?Afrique.
Enfin, Navin Ramgoolam a fait remarquer que plus de 44 millions de Français se sont rendus aux urnes et il n?a fallu que deux heures pour connaître les résultats. En revanche, à Maurice, avec 800 000 électeurs, il faut bien plus de temps. Comme il dit ?incarner la modernité?, il entend moderniser les procédures lors des élections générales.
Jane L.O?NEILL
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