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Sansjiv Nuckchady : « Le secteur des assurances souffre d?un déficit de créativité »

24 janvier 2004, 20:00

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<B>Quel est le bilan général du secteur des assurances à Maurice pour l?année dernière ?

Nous en sommes encore à l?heure du bilan mais déjà on peut avancer sans risque de se tromper que l?année dernière a été plutôt terne pour les compagnies d?assurances locales. Les raisons sont multiples mais nous retiendrons celles ayant trait à la hausse du coût de la vie et la baisse considérable du Lombard Rate. S?il est vrai que ce dernier facteur favorise l?investissement, en revanche il n?encourage pas l?épargne. Les gens ont d?autres priorités comme, par exemple, l?éducation des enfants. De nos jours, il n?est pas donné à tout le monde d?économiser même pour ses vieux jours.

La sécheresse, les incendies dans des hôtels et maintenant la période cyclonique et les inondations n?arrangent pas la situation des assureurs ?

Cela ne va effectivement pas très fort en ce moment surtout si l?on ajoute les effets négatifs inhérents aux actes terroristes dans le monde. Pour pallier les conséquences de cette préoccupante situation, les compagnies d?assurances n?ont d?autres choix que d?augmenter le taux de la prime d?assurance. D?un autre côté il y a les contraintes de la réassurance (NdlR : opération par laquelle une compagnie d?assurances, après avoir assuré un client, s?assure elle-même de cette couverture ou d?une partie de la couverture auprès d?une ou de plusieurs autres compagnies) qui imposent des conditions bien spécifiques qui influent sur le taux des primes.

Les taux d?intérêt que pratiquent les compagnies d?assurances sur les prêts ne sont pas moins élevés. On ne prête donc qu?aux riches ?

Écoutez, il ne faut pas oublier que les compagnies d?assurances ne sont pas des sociétés philanthropiques et qu?elles doivent surtout générer des profits. De toute façon, chaque cas est traité selon les capacités du client à rembourser et la somme avancée est proportionnelle à ses revenus soit pas plus d?un tiers de ses gains.

On remarque que les assureurs rivalisent entre eux pour diversifier leurs activités et proposer de nouveaux produits. Est-ce la tendance ou plutôt une stratégie bien définie pour faire face à la concurrence ?

En fait de concurrence, je trouve plutôt que ce secteur d?activités souffre d?un déficit de créativité. Et puis, on ne peut pas vraiment parler de diversification d?activités car nous exerçons dans des paramètres bien définis. Il faut plutôt travailler avec le but précis de satisfaire les clients selon leurs besoins. Nous devons être à l?écoute de nos clients et leur proposer de nouveaux produits qui répondent à leurs attentes. C?est pourquoi, je dis qu?il faut plus de créativité dans ce domaine. Depuis toujours nous proposons des produits génériques alors que chaque individu ou groupe d?individus a des besoins propres d?où le besoin d?innover constamment en tenant compte de leurs spécificités. De plus, on ne peut pas proposer n?importe quoi à nos clients car maintenant ils sont mieux informés, et savent ce qu?ils veulent. Notre devoir est d?être à leur écoute pour mieux les satisfaire.

Comment y parvenir ?

Il faut mettre tout le monde dans le coup, organiser des ateliers de travail, consulter les statistiques et recueillir toutes les idées qui permettent de cerner les spécifications et les attentes de chaque client, faire une étude de marché, bref c?est un énorme travail à effectuer en amont mais le jeu en vaut la chandelle.

La BAI a-t-elle d?autres projets en chantier ?

Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de dévoiler notre stratégie mais je vous dirais simplement que nous travaillons actuellement sur un plan éducatif qui permettra d?alléger le fardeau des familles mauriciennes. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment. Il faut aussi savoir que nos deux principales activités demeurent l?assurance-vie et les plans de retraite. Le reste ne concerne que les services.

Combien de temps cela prend-il généralement pour un décaissement en cas de décès ?

Je vous étonnerais sûrement si je vous disais qu?il y a eu des cas où le corps de la personne décédée n?avait pas encore quitté son domicile que le décaissement avait déjà été effectué. Mais il est déjà arrivé aussi qu?un paiement a été fait six mois après, faute de bénéficiaire. C?était parce que l?assuré avait omis d?indiquer son héritier ou alors celui-ci était entretemps décédé . Ce type de situation provoque souvent de conflits familiaux d?où notre recommandation aux assurés de tenir leur dossier à jour afin de faciliter notre tâche.

Existe-t-il dans les moeurs mauriciennes des pratiques malhonnêtes telles que des accidents volontairement provoqués pour toucher la prime d?assurance ?

Je parlerais uniquement de l?assurance-vie. En effet, certaines compagnies ont dû avoir des cas où des clients souffrant d?une maladie incurable, omettent d?en parler aux assureurs qui après quelques mois se retrouvent avec une énorme réclamation. Certains individus le font délibérément alors que d?autres ignoraient leur cas au moment de la signature du dossier. Nous effectuons alors une enquête approfondie. S?il s?avère que le client souffrait déjà d?une telle maladie et suivait un traitement, nous concluons qu?il y a une rupture de contrat de sa part et en conséquence, nous refusons de payer. Il y a aussi des cas où nous sommes contraints de refuser d?assurer des gens qui, par exemple, sont arrivés en phase terminale de leur maladie pour des raisons évidentes et ce, après consultations avec nos réassureurs. Tout est fait dans la transparence.

Le marché des assurances en quelques mots

Le secteur financier non bancaire à Maurice est largement dominé par les compagnies d?assurances. En terme de revenus annuels, cela représente 6,2 milliards de roupies pour l?année 2002. D?autre part, les avoirs s?élèvent à 27,1 milliards de roupies, ce qui équivaut à 19,1 % du PNB. Il est intéressant de noter qu?une vingtaine de compagnies existent sur ce marché. Si le bilan pour l?année 2003 n?est pas encore officiel, tout semble indiquer une croissance constante de 8 à 10 %, et ce malgré les incendies dans les établissements hôteliers, et une économie minée par une inflation de 5,1 % et d?un taux de chômage qui avoisine les 10 %. L?année 2003 a toutefois été marquée par des consultations entre la FSC et les assureurs sur les nouvelles législations qui réglementent les assurances-vie, les assurances générales, la pension et aussi la mise en place des structures pour l?application du « Anti-Money Laundering Act 2002 ». L?année 2004 verra sans nul doute la mise en vigueur des nouvelles lois, avec peut-être plus d?innovation de la part des assureurs pour une clientèle très informée et en quête de satisfaction.

Qu'est-ce que la « BA Lady » ?

La BA Lady est un plan d?assurances-vie de la British American Insurance qui tient en considération les besoins spécifiques des femmes en leur proposant un produit qui répond à leurs attentes. « Les plans génériques des assurances-vie ou des assurances médicales actuellement proposées ne tiennent pas compte des petites complications dont ne sont atteintes que les femmes. Il y a par exemple les problèmes de grossesse et ceux liés aux maladies telles que le cancer cervical, des ovaires, du sein ou du col de l?utérus sans compter les complications congénitales. Ce plan vient donc combler toutes ces lacunes », explique Sansjiv Nuckchady. Selon lui, l?introduction de ce plan a nécessité au moins six mois de travail. Les employées de la compagnie avec la collaboration de volontaires s?étaient réunies en ateliers de travail et ont proposé des idées. Ce plan s?adresse autant aux femmes qui sont salariées qu?à celles qui travaillent à leur propre compte et qui ont à coeur leur santé et le bien-être de leur famille.

Parmi les avantages, les femmes reçoivent des primes dont le chiffre varie selon les divers stades du cancer (sein, ovaires ou col de l?utérus) allant de 25 à 100 % de la somme assurée. Pendant la période de grossesse, la prime varie selon les cas : en cas de rupture de grossesse due à l?amniocentèse (10 %), des problèmes inhérents aux complications affectant le placenta (à partir de 5 % selon le cas), et à partir de 50 % pour des problèmes qui peuvent provoquer l?enlèvement de l?utérus. Pour les enfants souffrant de malformations congénitales, il faut compter entre 10 et 50 % de la somme assurée. De plus pendant le congé de maternité, les bénéficiaires de ce plan sont exemptées du paiement des mensualités. « Nous avons pensé que la BA Lady peut être un cadeau que l?on peut offrir à son épouse ou sa mère d?autant qu?après chaque période de cinq ans, le plan paie 10 % de la somme assurée sans compter que les primes sont déductibles des impôts à hauteur de Rs 80 000 », souligne Sansjiv Nuckchady. Sur les 200 agents de la BAI qui exercent à travers l?île, une soixantaine est habilitée à vendre le plan Ba Lady. Les autres suivent encore des stages de formation intensifs qui leur permettront de s?acclimater à ce nouveau service. Les intéressées peuvent s?adresser au comptoir de la BAI où elles seront dirigées vers les personnes compétentes. Pour ce qui est du coût, il varie en fonction de la somme assurée. Ainsi, il faut compter à partir de Rs 600 par mois pour une prime de Rs 100 000. Pour de plus amples renseigments, téléphoner au 800.10.00.

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