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?Sans un soutien important de l?UE, les sucreries déposent leur bilan?
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?Sans un soutien important de l?UE, les sucreries déposent leur bilan?
● <B>L?Etat et le secteur privé rencontrent, mardi prochain, la représentante de la Commission européenne. Sur quel aspect de la réforme les usiniers et les planteurs mettront-ils l?accent ? </B>
L?usinier et le planteur sont étroitement liés. Sans l?un, l?autre n?existe pas. Pour l?usinier aussi bien que pour le planteur, nous voyons que les coûts de production sont nettement supérieurs au nouveau prix, si la ?fuite? dans la presse se confirmait.
En ce qu?il s?agit des champs, les aspects que nous développerons sont la poursuite et l?accélération de la modernisation à travers l?épierrage, l?aménagement des champs de même que, dans la mesure du possible, des structures nouvelles et efficientes d?irrigation.
Les solutions techniques, nous les connaissons. Elles sont coûteuses. Pour que cet effort de modernisation aboutisse, nous avons besoin d?un soutien de l?Union européenne (UE) pour amortir le coût de ces investissements. C?est essentiel pour produire à un coût opérationnel compétitif.
Les recettes pour améliorer la productivité existent dans d?autres pays déjà. Cependant, à Maurice, nous sommes limités par la surface par rapport aux gros producteurs que sont le Brésil, la Thaïlande et l?Australie. Contrairement à ces trois pays, les possibilités d?économies d?échelle sont très limitées.
D?ailleurs, nos terres ne sont pas aussi plates. Les possibilités de mécanisation sont limitées. A cela s?ajoutent les aléas climatiques qui font que nous sommes plus vulnérables que les autres.
Dans la mesure où nous serons en compétition avec d?autres pays, il faut impérativement que notre industrie qui, par nature est saisonnière, adapte son mode de fonctionnement en conséquence. C?est ce qu?implique cette réforme du Régime sucrier européen, avec aussi une transformation de l?aspect social de cette industrie.
● ?Les usines ont des revenues très faibles, parmi plus bas au monde, soit 22 %, qui est une contrainte fondamentale pour rentabiliser les investissements nécessaires.?
Par ailleurs, plus la baisse des prix est violente, plus serons-nous exposés à un crowding out effect. On risque d?avoir une diminution importante de la superficie sous culture de la canne si nous n?obtenons pas un assouplissement de la réforme et un soutien important de l?UE. Les coûts de production augmenteraient alors. C?est clairement l?objectif à ne pas atteindre.
A valeur du jour, on ne voit pas Maurice sans la canne pour des raisons sociale, économique, environnementale, énergétique et de développement rural. Il faut que toutes les mesures soient prises pour aider les producteurs de cannes, qui sont, dans une certaine mesure, vulnérables.
● <B>Qu?en est-il pour les usines ? </B>
A ce niveau, il faut une taille critique pour baisser les coûts de production, soit autour de 100 000 tonnes de sucre par usine par an. Nous avons accumulé du retard à ce sujet. Le Plan stratégique parle de réduction du nombre d?usines à six. Et nos études confirment cet objectif avec le tonnage de cannes actuel. Toutefois, il y a ce risque de la baisse du tonnage découlant d?une chute des prix et cet élément de fourniture de cannes est critique pour la profitabilité des usines.
La diminution des coûts opérationnels est certaine avec la centralisation. Mais, en sus des coûts additionnels de transport (la canne n?est plus à côté de l?usine), nous nous retrouvons avec des coûts sociaux énormes, six à sept fois supérieurs. Les usines ont des revenus très faibles, parmi des plus bas au monde, soit 22 %, qui est une contrainte fondamentale pour rentabiliser les investissements nécessaires.
Si demain, la production de la canne chute, c?est toute l?équation qui change. Par exemple, une usine, pour produire 100 000 tonnes de sucre, doit broyer un million de tonnes de cannes. Il suffit que le tonnage de canne baisse de 10 % pour qu?on soit dans le rouge.
La situation est telle que pour arriver à une baisse des coûts, il y a des investissements importants à encourir. Et ces investissements ne peuvent être justifiés que s?il y a un soutien de l?UE pour faciliter la centralisation.
Ce sont les usines ayant le plus investi dans la modernisation qui sont les plus efficientes au niveau technique et des coûts opérationnels. Mais ce qui est interpellant est que ce sont ces mêmes usines qui ont des bilans les plus catastrophiques, car leurs frais financiers sont énormes. Déjà avec un prix garanti de 523,7 euros la tonne de sucre, la situation est ainsi. Avec une chute de 40 %, ces frais financiers et le remboursement des dettes et des investissements à venir ne seront plus soutenables.
En clair, il faut un soutien important de l?UE. Autrement, les sucreries vont déposer leur bilan.
● <B>Le prix du sucre serait réduit de 42 % au lieu de 37 %. Qu?en pensez-vous ? </B>
Il faut le souligner, il s?agit d?une rumeur à ce stade. Sur le plan macroéconomique, l?impact sera énorme. Si la fuite est fondée, on parle d?une diminution annuelle de Rs 4 milliards des revenus pour le secteur et pour le pays. Cette baisse de prix entraînera le retrait des opérateurs les moins efficients, poussera d?autres, pour ne pas dire, tous les autres, à en finir avec le sucre.
Notre situation est spécifique à Maurice. Nous n?avons pas les mêmes possibilités que les betteraviers européens de passer d?une culture à une autre. De par notre situation géographique ? exiguïté et éloignement ? et climatique, on n?a pas d?autre alternative.
Avec 42 %, il y a un fort risque qu?il n?y ait plus d?industrie sucrière à Maurice. Il faut que la baisse de prix soit plus raisonnable et des mesures d?accompagnement pour soutenir les opérateurs et leur per-mettre de devenir compétitifs. Ça passe inévitablement par un investissement massif et la modernisation, qui devront, d?une manière ou d?une autre, être soutenus. Sinon ce ne sera plus rentable.
?Nous allons produire de l?éthanol pour être moins dépendants de l?importation du pétrole, et ce pour des raisons environnementales, économiques et d?indépendance énergétique.?
● <B>L?industrie sucrière sera-t-elle fin prête pour produire à un coût si faible ? </B>
Nous savons tous que l?UE est entrée aujourd?hui dans un processus de réforme majeure du régime sucrier. Les producteurs sucriers sont déterminés à réduire leurs coûts de production. Toutefois, nous avons des contraintes intrinsèques qui nous empêchent d?atteindre les coûts de production des autres pays. C?est pourquoi les pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) ont demandé de limiter la réduction de prix afin de nous permettre de survivre et de continuer à produire du sucre.
Les Européens sont les premiers à reconnaître que cette réforme est trop sévère. C?est dans ce contexte que la Commission a proposé d?accorder un traitement de faveur aux régions ultrapériphériques en fonction de leur environnement particulier. L?Europe est consciente que les petits Etats insulaires ont des contraintes de production différentes des continents. On souhaite donc que l?UE ait une approche comparable envers nous qui avons la même situation qu?à la Réunion, par exemple.
● <B>Est-ce là une volonté de la Commission européenne de tuer l?industrie sucrière locale ? </B>
Effectivement, la réforme risque de tuer les ACP, dont Maurice, si rien n?est fait pour assouplir cette réforme et soutenir les investissements nécessaires à la réforme. Il est vrai que cette réforme concerne en priorité le régime sucrier européen, donc les betteraviers européens mais force est de constater que cela nous affecte par ricochet. Cependant nous n?avons pas droit à un traitement approprié, comparé à celui proposé aux pays européens ou ultrapériphériques. Nous demandons donc une considération comparable qui nous permette de survivre.
● <B>Les grandes lignes du Plan d?action ont été dévoilées ce week-end. Comment accueillez-vous ces mesures ? </B>
Ces mesures ont déjà été annoncées dans le dernier budget et sont sans surprise. L?accent doit être mis sur une réduction tous azimuts de nos coûts à tous les niveaux. Et une augmentation de nos revenus à travers une meilleure exploitation de nos sucres spéciaux, un marketing ciblé, une meilleure exploitation de la bagasse pour produire de l?énergie et la production de l?éthanol à partir de la mélasse. Ce Plan démontre le sérieux et la volonté d?adaptation de tout le pays par rapport à la réforme du régime sucrier. Cependant faut-il que les paramètres de la réforme soient acceptables.
Nous recevons aujourd?hui 523,7 euros par tonne de sucre et nous sommes déjà fortement endettés avec le Volountary Retirement Scheme (VRS) et les autres investissements en vue de devenir efficients. Avec 303 euros la tonne, nos revenus seront nettement réduits alors même que nous avons besoin de beaucoup plus d?investissements. Cela devient un cercle vicieux. Il est clair que nous ne pourrons pas le soutenir et c?est là un élément essentiel.
● <B>Le Plan propose un deu-xième Voluntary Retirement Scheme. L?industrie sucrière, est-elle prête, selon vous, pour soutenir financièrement cette mesure ? </B>
Pour la première phase du VRS, nous avons contracté des dettes de Rs 3 milliards, et ce datant de fin 2001. Aujourd?hui, malgré l?aide des autorités, nous commençons tout juste à recevoir les premières letters of intent pour nos morcellements, dont la vente commencera à financer le VRS. Entre temps, trois ans et demi se sont écoulés. Les charges financières annuelles sont de Rs 375 millions.
Mais nous n?avons pas d?autre choix que de réduire nos coûts. Certes nos dépenses opérationnelles chuteront mais nos coûts totaux seront aussi, voire, plus élevés que maintenant. Et on ne peut se permettre d?entrer dans le piège de la dette sauf si nous obtenons un soutien de l?UE.
Par ailleurs, l?Europe nous pousse à avoir une industrie saisonnière comparable aux autres pays, avec moins de personnel, plus de machines et de saisonniers. Il faut continuer ce processus. Mais nous ne pouvons soutenir ces investissements.
Le problème c?est que pendant des décennies, le gouvernement a imposé à l?industrie sucrière des mesures sociales très importantes, dont l?emploi d?un nombre conséquent de personnes sur une base permanente. Aujourd?hui, le prix que nous accorde l?UE est en train de s?éroder de manière significative. En conséquence, il faut enlever ces contraintes et obligations sociales parce qu?elles sont désormais insoutenables.
● <B>L?industrie sucrière est-elle prête, dans ce présent contexte, à se lancer dans la production d?éthanol à partir de la mélasse, telle que définie dans le Plan ? </B>
L?éthanol est un produit d?avenir, tant sur le plan stratégique qu?environnemental. Le gouvernement a déjà pris un certain nombre de décisions en commanditant une étude de fai-sabilité. Inévitablement, nous allons produire de l?éthanol pour être moins dépendants de l?importation du pétrole, et ce pour des raisons environnementales, économiques et d?indépendance énergétique.
Bien que ce soit une option valable, il faudrait la situer sur le plan global. Le chiffre d?affaires généré par la canne sera toujours, selon nos estimations, réparti à plus de 80 % pour le sucre, 10 % ? 15 % par la bagasse (électricité) et 5 % pour l?éthanol, si la mélasse est valorisée. La bagasse et la mélasse demeurent les sous-produits de la canne à sucre. Il ne faut pas croire que c?est l?énergie et l?éthanol qui viendront repositionner l?industrie sucrière.
Tout est quand même bon à prendre car on ne peut ignorer que 15 % ? 20 % des revenus seront d?origine non-sucre. Il nous faut donc exploiter à fond ce créneau. Toutefois, pour avoir des cannes pour l?énergie et la mélasse, il faut pouvoir produire la canne de manière compétitive.
● <B>Et quid de la production énergétique ? </B>
Nous sommes parmi les pionniers dans la production de l?énergie à partir de la bagasse. Maurice a été citée comme exemple dans bon nombre de pays. A la Réunion, ils sont encore en train d?augmenter la capacité de leur production d?énergie à partir de la bagasse.
Cette énergie comprend un certain nombre d?avantages importants. Son coût est très compétitif et constitue un avantage pour le pays et les consommateurs. Elle provient d?une source renouvelable et propre et représente une possibilité d?une certaine interdépendance énergétique. L?aspect essentiel de la co-génération est qu?elle permet un win-win situation tant pour l?usine et la centrale, où les équipements sont utilisés par les deux. Nous devons continuer à exploiter ces avenues. Ici, nous avons toujours la possibilité de le faire.
Toutefois, en raison de l?investissement massif que représentent les centrales telles que CTBV et CTSAV, (entre Rs 2,5 et Rs 3,8 milliards), il est essentiel d?avoir des capitaux et des partenaires étrangers, ce qui permet aussi un transfert technologique.
Propos recueillis par Kamlesh BHUCKORY
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