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Sans foi ni loi

21 janvier 2006, 20:00

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À l?heure où le Caudan s?éveille et où toutes les boutiques commencent leurs activités, nous pénétrons dans la Galerie des Deux Ancres. Les tableaux fixés au mur, il y règne une atmosphère qui nous plonge dans un univers bien particulier, celui de l?artiste Giancarlo Teker. Intitulée L?Heure fauve, cette exposition regroupe une série de tableaux représentant uniquement des silhouettes la plupart du temps sur un fond noir.

Au fur et à mesure de la visite, on découvre plusieurs personnages sous plusieurs formes, dans des positions différentes, mais jamais de visage. On est pourtant interpellé par ces personnages qui représentent une entité à part entière et personne en particulier à la fois.

De plus, un jeu de lumières blafardes et de black lights intensifie la projection de ses tableaux qui semblent vivants et qui semblent nous communiquer quelque chose que l?on n?arrive pourtant pas à cerner.

C?est tout à fait la même impression qui se dégage de l?auteur de ces ?uvres. Grand, bien bâti, une belle barbe grisonnante, une chevelure qui lui arrive à la nuque et des yeux d?un bleu éclatant ! Avec un fort accent italien, Giancarlo Teker, 53 ans, commence à nous compter l?histoire de sa vie.

Il est né en Italie dans une petite ville située aux abords de Venise, d?un père hongrois établit en Italie et pilote d?essai de profession, et d?une mère professeur.

À l?école, dès l?âge de 10 ans, les professeurs commencent à voir le potentiel artistique du petit Giancarlo. Il remporte ainsi ses premiers concours de dessin et développe un goût certain pour l?art.

Mais c?est vers 14 ans que le déclic se fait. Élève brillant, ses professeurs le destinent à une carrière de mathématicien. Mais lors d?une malheureuse altercation avec ses enseignants, on décide de le faire redoubler. En désaccord avec cette mesure radicale, sa mère décide de le changer d?établissement et de l?inscrire dans une école technique en tant que dessinateur de pièces pour voitures.

Pas prêt à entrer dans un moule

Heureux de pouvoir enfin se consacrer au dessin qu?il chérit, Giancarlo Teker est à cette époque très loin de l?art proprement dit. Mécontent de son sort, il réalise qu?il ne fait pas encore ce qu?il veut. Avec l?aide de ses oncles, il réussit à intégrer une école d?art dans une autre ville. Mais dans cette institution, il se rend vite compte que c?est plutôt l?artisanat qu?on y pratique. Jeune, fougueux, en pleine crise d?adolescence, Giancarlo Teker ne semble pas prêt à entrer dans un moule et à suivre des règles strictes. Il décide alors de tout plaquer et se met à dos beaucoup de ses proches.

« Je me suis retrouvé à 16 ans, loin de ma maison et sans le sou, mais j?étais libre. C?est alors qu?a commencé ma vie de bohème ! », lance-t-il avec une certaine nostalgie.

De galère en galère, il trouve le moyen de louer une chambre et se lie d?amitié avec des personnes qui l?aideront à se débrouiller. Il n?a pas grand-chose pour survivre, mais il se contente tant bien que mal de petits boulots trouvés ça et là. Il réussit pourtant à faire ce dont il avait toujours rêvé : exprimer son art à travers sa façon de voir le monde, à travers ses convictions. Il commence d?ailleurs à être apprécié et compris et cela lui fait vendre des toiles.

C?est ainsi que débute son ascension. De plus en plus apprécié dans le milieu, il sillonne les villes d?Italie et même celles d?Europe pour faire de grandes expositions dans des galeries mondialement connues. En plus de la peinture où il exploite tous les styles ? baroque, impressionniste, surréaliste ? Giancarlo commence à s?intéresser à d?autres formes d?art comme le théâtre ou le cinéma. Il se place ainsi en grand admirateur de l??uvre du grand cinéaste italien Federico Fellini.

Puis un jour, fatigué de peindre sur commande pour toujours présenter des expositions, il décide encore une fois de s?éloigner de tout. « Le fait de toujours devoir aller plus loin a tué en quelque sorte ma créativité. » Il décide alors d?aller s?installer à Turin où il commence à concevoir des masques. Les autres fabricants de masques étant plus classiques et présentant toujours des produits conventionnels, Giancarlo plaît avec son nouveau style. Il aménage un atelier où il se consacre à leur réalisation et sa créativité prend un nouvel envol.

Un jour, alors qu?il recevait des étudiants étrangers dans le cadre d?un échange, il rencontre celle qui deviendra par la suite son épouse : Rashmani, une Mauricienne, à l?époque étudiante à Aix-en-Provence dans le Sud de la France. Des liens très forts se créent alors entre eux et c?est en 1985 que Gaincarlo et Rashmani viennent s?installer à Maurice.

Aujourd?hui père de trois enfants, deux filles et un fils, Giancarlo Teker a laissé ses empreintes dans ce pays d?adoption car il est l?auteur de la fontaine qui se situe sur la place centrale du Caudan. Créée en très peu de temps, cette fontaine a été faite en 1999 à la veille de l?an 2000. « J?en suis très fier et je pense qu?à ma mort, au lieu d?avoir une pierre tombale, j?aimerais avoir ma fontaine. Je sais qu?elle m?accompagnera toujours ! »

Après avoir tout vu et tout vécu, Giancarlo Teker reste malgré tout quelqu?un de simple. Un passionné de l?art où son intention est la même depuis toujours, celle de réussir à émouvoir par son ?uvre.

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