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Sanedhip Bhimjee broder l?espace des sensibilités

19 septembre 2003, 20:00

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«Je suis le seul indo-mauricien qui porte un kurta quand il va en discothèque. Au début, ça a choqué pas mal de gens.» Sanedhip Bhimjee a une silhouette qui ne passe jamais inaperçue. La carrure des épaules est bien dessinée. La taille adéquatement cambrée. La démarche assurée.

Le port de tête altier. Et puis, quand on se rapproche de plus près, il y a ces yeux verts et marrons, comme suspendus au-dessus du nez pointu. Autant de marques de forte personnalité. Une volonté suffisamment exacerbée pour choisir de ne porter que des vêtements dessinés par soi. Un travail d?artiste exécuté en fonction de la soirée à laquelle il doit assister.

«On n?arrêtait pas de me demander l?adresse de mon tailleur. C?est ce qui m?a donné envie de créer des vêtements pour les autres.» Telle est la genèse du Jaipur. Marque volontairement select où soie, organza, tussar silk et riches brocards sont coupés sur mesure pour des clients qui ne rechignent pas à débourser entre Rs 5 000 et Rs 15 000 pour un lehenga choli, shervani et autre jodphuri. Ce qui ne veut pas dire qu?il dédaigne «le synthétique, quand il est beau.» Qu?importe si certains disent, «mon style est trop lourd, trop chargé de dorure. Je ne remets pas en cause les goûts des autres. J?assume les miens.»

Royales subtilités

Ses créations sont nourries par la fascination qu?éprouve Sanedhip Bhimjee pour le Rajastan, la terre des rois, «le désert d?où je tire mes richesses.» Deux à trois fois l?an, le styliste s?y rend. Comme en pèlerinage.

Un culte rendu aux mogols, antique civilisation du nord de l?Inde qui a légué au monde son raffinement et sa distinction. Royales subtilités tempérées par l?observation du vécu local.

La volonté de mêler le dissemblable pour en faire une griffe «mauricienne.» Où le sari serait africain. Le lehenga choli tomberait autour des chevilles comme une robe de soirée.

Ces séjours prennent alors des allures de retour aux sources pour ce descendant de Gujerati qui cumule son identité de Mauricien avec celle de karan de Madagascar, comprenez «Indien de Madagascar.» Je suis né à Tuléar. Mes parents se sont installés à Maurice quand j?avais sept ans.

«Heureusement que je suis à Maurice parce que ce n?est qu?ici que je trouve les conditions pour créer, les Karans vivent dans un cocon. Je crois que j?aurais été bloqué si j?étais resté là-bas.»

Matérialisation de l?indéfinissable

A bas les entraves. Quand le chorégraphe ? libérateur des corps ? guide le crayon du styliste, cela donne une préoccupation. Matérialiser cette chose indéfinissable qui s?appelle le maintien.

Cette façon qu?ont les élégants d?habiter l?espace. Pour y arriver, Sanedhip Bhimjee laisse parler ses préférences pour des couleurs épicées, huilées. Quand on lui demande pourquoi : le sourire devient carnassier : «Je mange beaucoup de piment.»

L?homme carbure visiblement aux sensations fortes. Sans tomber dans l?extrême il sait ce qu?il veut. «Je viens d?une famile où l?on est bijoutier de génération en génération. Pour faire plaisir à mon père, j?ai suivi des cours de bijouterie à la Fnac, mais je n?avais pas ça en moi.» Lui, c?est le sens du rythme qui fait battre son c?ur. Une passion à nouveau mise en scène pour la fin de l?année à travers le ballet Nayika. «C?est un mot qui signifie ?facette de la femme? en sanskrit.»

Pressé de nous en révéler davantage, Sanedhip Bhimjee lâche, «il faut transcender les stéréotypes. La femme est multiple : guerrière, mère, reine? » Autant de figures artistiques que le styliste se propose d?habiller.

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