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Salon de Mai réuss car innovant
L?Institut mahatma Gandhi (MGI) s?impose de plus en plus comme la capitale des Beaux-Arts à Maurice. Sa galerie de peinture expose une soixantaine d??uvres d?autant d?artistes, à l?occasion de son 26e Salon de Mai. Des écoliers et des collégiens viennent de partout pour les admirer, sous la conduite d?enseignants, capables de disséquer ce que peut être la Beauté des formes et des couleurs, sur toile ou ailleurs.
Nombreux sont les exposants qui y ont fait leurs premières classes et qui gardent religieusement contact avec leur Alma Mater. C?est dire que celle-ci influence désormais les élèves de ses élèves. Cela nous promet de belles générations à venir d?artistes en tous genres. Ils sont d?ailleurs beaucoup plus innovants que leurs aînés.
La palme de ce 26e Salon de Mai revient incontestablement à Françoise Hardy qui nous offre une fresque abstraite, à faire pâlir d?envie le plus flamboyant de nos flamboyants de la première quinzaine de décembre. Une banané pour ce peintre talentueux, sachant à merveille faire exploser les teintes les plus chaudes, les plus flammes.
Dans la même veine, se trouve la fresque hautement décorative, aux couleurs malcolmiennes, donc chantantes, de Saïd Hossanee. Il faut dire à la décharge de cet artiste qu?on découvre sa fresque en sortant du cartonville-caveau pro-séga de Krishna Luchoomun. C?est dire que la fresque ensoleillée de Hossanee se pare alors de couleurs de Résurrection.
Mila Gupta ne bénéficie pas d?une telle sortie de tunnel, mais son paysage aux douces couleurs florales confirme tout le bien que nous pouvons penser de ses toiles enchantées.
On peut y voir un délicieux mélange de Michael Adams des Seychelles pour le foisonnement des détails floraux et de l?inoubliable Salvador Dali pour le glacé classique, mais délicieux.
Kalindi Jundoosingh confirme également. De plus, elle donne du mouvement et de l?exubérance à ses sujets. Ses ségatières dansent, virevoltent, se déhanchent. Nous, ravis, émerveillés, entendons déjà le roulement des ravanes et le son métallique du triangle. À peine besoin de créer : Roulé mama !
Nalini Treeboohun dissimule des formes humaines attendrissantes sous un décor de points décoratifs en dentelles peintes, de cercles lumineux laissant pendre des filets d?or. À croire que la tendresse humaine est de ce monde.
Alix Le Juge de Segrais tergiverse entre minuit et midi. Son carré bleu nuit l?emporte sur une mer-ciel hésitant entre le bleu effacé et le mauve délavé. Il faut cependant la pâleur de l?un pour rendre plus explosif le saphir de l?autre. Ce n?est plus de la peinture, mais de la joaillerie. C?est dire que l?artiste est orfèvre en la matière.
Le 26e Salon de Mai nous offre, bien sûr, quelques classiques dont l?excellence et le savoir-faire ne surprennent plus, tant nous y sommes habitués. L?on peut sans hésiter ranger dans cette catégorie de grande classe, un Corps de Garde, vu d?Albion et se prélassant dans la paille hivernale, d?Yves David, un paysage flacquois, reposant mais tirant beaucoup sur le vert, de Roger Charoux, un glacier météoritique aigue-marine, descendant de la montagne, mais pas à cheval, de Marie Rogers, la Vénus de Vaco de Baissac, tout de jaune vêtue, naissant donc dans le soleil matinal et manchot à souhait afin de ne pas rompre le cercle de la perfection.
Des formes d?une pureté absolue
Les pas feutrés de Nagalingum surprennent davantage en raison de stries parallèles et tournoyant. Elles nous changent des teintes granuleuses d?antan. Karoonamidee Manikkam marche sur ses pas avec Further Down. Ses naïades au ciseau sont toutefois moins stylisées que les formes d?une pureté absolue de Moorthy.
Pierre Argo reste fidèle à ses tableaux multiples, s?interpellant et s?interpénétrant. La dominante est d?un vert pastel d?une grande douceur.
Après ces classiques, la peinture innovante et abstraite prend nettement le dessus, annonçant de nouvelles générations d?artistes plus intéressés à chercher de nouvelles façons de restituer sur toile la beauté et les vibrations artistiques. On ne peut pas communier à tout, mais on doit s?incliner sur ces recherches qui débordent d?imagination et qui ne craignent nullement l?innovation, mais aussi les vieux critiques grincheux et ringards, dont votre serviteur.
Sultana Haukim surprend agréablement avec des silhouettes humaines déambulantes, gravées sur une sorte de plexiglas. Elle demeure fidèle à la liberté octroyée à sa peinture, fluide à l?extrême, de chercher sa propre voie. Que n?ai-je pas un showroom, avec pignon sur rue, pour prouver à ma clientèle, comme au grand public, que je suis assez connaisseur en Beaux-Arts innovant pour donner droit de cité aux chefs-d??uvre portant la griffe de cette artiste.
Linda Abraham peint des plantes de pied escaladant une colonne de feu, sinon un plant sacré, faisant office d?escalier entre terre et ciel. De vives couleurs particulièrement lumineuses se détachent agréablement d?un sombre univers. Définitivement, cette ascension nous tente et nous séduit.
Rikesh Boodhun offre une peinture sacrée très inspirée. La dominante rougeâtre dégage une chaleur communicative. Le titre pourrait plaire à certains collectifs, ayant le vent en poupe. He is she rappelle cette bonne blague de l?astronaute qui voit Dieu dans l?espace et qui confie, à son retour sur terre, aux journalistes voulant savoir à quoi ressemble Dieu : First of all, leur répond-il, She is black !
Neermala Luckeenarain nous offre une peinture circulaire en forme de carrousel, accrochée à une colonne porteuse. Le tout est à la gloire de l?enfant, la plus belle victoire sur tous les avortements d?hier, d?aujourd?hui et de demain, d?ici et d?ailleurs.
Manjoola Appadoo fait confiance à la transparence de la vitre pour donner plus de relief à ses formes végétales et ligneuses.
Mentionnons au passage les jeans verts délavés de Rishi Seeruttun, la triple composition de Reshma Luchoomun, privilégiant les couleurs pêche et saumon, le laffe volant de Véronique Leclézio, l?arbre-cosmos mais aussi la croix sertie de pierres lumineuses de Jeanne Gerval-Arouff, le jeu de teintes différentes des quatre lithographies finement dessinées par Varsha Rambarassah, les vases-mehti de Mridula Beeharry, la fresque en tôle de Gérard Foy, les cinq formes humaines de Vishal Dino, la pêche à la senne de Roshni Goonraj, la sequence à la Pollock de Geeta Mohit Pusun, la femme de sable de Samanta Kistoo, etc.
Une beauté transcendante
C?est dire qu?il y a amplement de quoi s?émerveiller, lors d?une ou de plusieurs visites à ce 26e Salon de Mai de l?Ecole des Beaux-Arts du MGI. Celle-ci comme son exposition ne pourront aller à la rencontre de tout Mauricien s?intéressant aux Beaux-Arts. Le plus simple, pour chacun de nous, aimant à vibrer devant une beauté transcendante sur toile ou sur d?autres supports, est encore d?aller au MGI avant que ne s?éteignent les projecteurs, illuminant autant de réussites, faisant honneur à la peinture mauricienne.
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