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Sagapataal : Voyage au bout de la musique

18 décembre 2004, 00:00

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Ce disque est un ovni. Imaginez tout, sauf de la musique commerciale, lassante et entêtante. Pour accommoder le meilleur de la musique, celle qui va au-delà de toutes barrières, culturelles, identitaires, communautaires ou autres, Sagapataal est bel et bien un ovni.

Voici un album unique, exceptionnel. Il est le fruit de deux ans de quête, de recherche musicale, née d?une amitié commune pour la musique à inspirations multiples. Cinq artisans : Ramakrisnah Codian, alias Bala, au sitar, Clément Legrie à la guitare, Nilen Punthen aux claviers, Anil Roopchund, au tabla et Pascal Pierre aux platines, réussissent l?exploit non seulement d?écrire, de composer, de réaliser, de concevoir, mais également de produire et de distribuer eux-mêmes leur petit bijou.

S?auto-produire. Voilà une réalité qui dépasse nombre d?artistes locaux. Plus maintenant ! Cinq artisans, s?y sont déployés avec une énergie telle, qu?ils se chargent même de la distribution du disque. «On a mis tous nos moyens à le composer, le réaliser et le produire. Avec un peu de chance, on espère qu?il plaira au plus grand nombre,» souligne Pascal Pierre.

Dans la catégorie artistes complets, ces musiciens ont le vent en poupe et la créativité en ligne de mire. L?album, un petit bijou de musique instrumental à dix milles lieux des produits formatés et purement commerciaux, propose un voyage au bout de la musique. Un voyage qui commence au réveil, alors que l?aurore pointe le bout de son nez et qui se poursuit jusqu?au déclin du jour.

Sagapataal, qu?est-ce au juste ? «Sa» pour le sitar, «Ga», pour la guitare, «Pa», pour le piano, «Taal», pour le tabla, le son et le tempo. Ils ont emprunté le titre à tous les instruments qu?ils explorent sur l?album, mais également aux notes de musique. «Sa, ga et pa,» sont les équivalents indiens des notes de musique. Pour eux, tout a commencé lorsqu?un ami chauffeur de taxi les a présentés et surtout, lorsque réunis sur les scènes de divers hôtels, ils ont fait participer le public à leur tourbillonnante énergie.

Sur cet album, crépite, intacte, cette passion commune pour de la musique inter-culturelle. Le groupe, baptisé «la tribu», fait également découvrir sur cet opus, un atout majeur. Une capacité unique et inédite sur le marché local, à installer des atmosphères pensives, des ballades mélancoliques, des douceurs glissées entre deux tempêtes. Ils aiment et font aimer cette musique qui sied bien à ce qu?ils sont : Mauriciens. Des enfants de mille races, que la musique a à c?ur de réunir, voire d?unifier. Leur cuvée est un mélange bouillonnant, enivrant, envoûtant de musique qui n?est absolument pas facile à classer et à catégoriser. Cela fait chaud au c?ur et cela rend la jambe légère. La modestie de ces cinq artistes, cache une partition musicale pointilleuse, une inspiration puisée du spirituel et du brassage, comme on en connaît peu. La bande à part imprime sa marque à coups de compositions abouties. Passée la surprise des premières notes, le voyage musical peut commencer.

<B>ORGIE MUSICALE</B>

C?est un véritable déferlement de sons, de sensations, une orgie musicale, un pan de musique contemporaine à l?abri des diktats commerciaux. Luxuriances symphoniques et gourmandises sonores s?échappent, ivres de perspectives, que chaque oreille interprétera à sa façon. Sagapataal hait la redondance, les refrains tout fait et les rythmes déjà entendus. Ici on est bouleversé à chaque rythme échappé, à chaque bout de musique. Rien n?effraie ces musiciens dans leur recherche musicale. Cette excursion musicale ne s?arrête pas. Elle se prolonge de morceau en morceau, sans jamais baissé d?intensité.

Ne faisant même pas la démarche de trouver un producteur pour soutenir leur projet, La Tribu fait preuve d?une audace jusqu?ici inédite. «Nous savions qu?aucun producteur ne voudrait se risquer à nous produire,» explique tout simplement Pascal Pierre. L?animateur radio, DJ d?abord, animateur ensuite, s?est attelé seul à l?enregistrement et à l?arrangement du disque. Mieux, il s?est également penché sur la conception et la réalisation de la pochette. Il ne lui a fallu qu?un ordinateur et une petite table de mixage, prétend-t-il. Mais ce qu?il ne dit pas, c?est qu?il fallait d?abord un esprit créatif à tout point de vue. Les couleurs sont soignées et les photos ont saisi sur le tas, les artistes travaillant à leur bel ouvrage.

Sagapataal se fait l?écho de toutes les musiques, mais avant tout celle du c?ur. Le disque, disponible chez les disquaires, depuis mercredi dernier, coûte Rs. 350. Il est plus cher que les autres, parce que le talent et la culture ne se bradent pas. Mieux, ce disque offre l?occasion unique d?une escapade musicale qui vous prend dans la douceur de son élan, la chaleur de sa fête et le brassage de sa propre culture.

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