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S. Boolell : impossible de créer 20 000 emplois pré électoraux
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S. Boolell : impossible de créer 20 000 emplois pré électoraux
La relecture des journaux d?il y a un quart de siècle corrige parfois nos impressions de ce qui s?est réellement passé, en démolissant certaines manipulations de l?opinion publique souvent intéressées. Le 23 janvier dernier, l?express rappelait qu?il fut question, du vivant de Sir Seewoosagur Ramgoolam, que son fils, Navin, fasse ses débuts politiques, à ses côtés et sous son égide, puisqu?il fut publiquement question qu?il soit un des candidats travaillistes aux élections générales qui auront lieu, finalement, le 11 juin 1982.
Ces mêmes élections seront en quelque sorte marquées par la création en catastrophe de 20 000 emplois préélectoraux. Une interview de Sir Satcam Boolell, accordée à la fin de janvier 1981, établit de façon indiscutable qu?il n?y a, à cette époque, soit 18 mois avant ces législatives, aucune possibilité pour le gouvernement travailliste de l?époque de créer 20 000 emplois même improductifs.
Le MMM ne se fera pas faute de qualifier de ?bribes électoraux et d?attrape-nigauds? les promesses travaillistes d?allocations de chômage et de création de 20 000 emplois. Il rappelle qu?en 1977, Seewoosagur Ramgoolam rejette toute idée d?allocation de chômage car ne pouvant que conduire le pays à la banqueroute. Comment, en effet, ce qui est impossible en 1977 peut devenir réalisable en 1982 ? L?organisation à la hâte de l?enregistrement des candidats à ces 20 000 emplois, forcément improductifs, le MMM dixit, sera chaotique et scandaleuse. Des files d?attente font, pendant des jours et des jours, le tour du pâté d?immeubles entourant l?Hôtel du Gouvernement. Ce sera ensuite la ruée vers l?incontournable parrainage politique que seuls peuvent, bien sûr, donner les candidats du PTr mais encore ceux du PAN (Parti de l?Alliance nationale), comprenant le PTr, le CAM, le PMSD d?Eliézer François et le RPL (Rassemblement pour la Liberté) de Philo Blackburn et amis. La rumeur veut, en effet, que le recrutement de ces 20 000 futurs fonctionnaires ne se fera pas par la Public Service Commission (PSC), ni même par les secrétaires permanents et autres chefs administratifs des différents ministères et départements mais par les candidats du PAN ainsi que par des agents travaillistes. Quand l?heure du décompte arrivera, on s?apercevra que ce ne sont pas 8 000 personnes qui ont été ainsi recrutées, à 48 heures des législatives du 11 juin 1982, mais plus de 25 000. Dans certains cas, des emplois seront proposés contre des sommes de mille à deux mille roupies.
Après les élections du 11 juin 1982, une commission d?enquête, présidée par le juge Rajsoomer Lallah, sera nommée pour faire la lumière sur ce scandaleux recrutement préélectoral de 1982. On ne sait si la commission Lallah a été mise ou non en présence de l?interview, ô combien révélatrice, de Sir Satcam Boolell, publiée à la fin de janvier 1981 et intitulée : ?Il est temps de secouer le PTr?. Si tel n?est pas le cas, certains détracteurs du PTr de l?époque n?ont sans doute pas fait leur home work assez consciencieusement.
Dans cet entretien, le futur président honoraire du PTr, est des plus catégoriques : ?Il y a des choses qu?il faut à tout prix dire. Dire, par exemple, qu?il y a des choses que nous ne pourrons pas faire. Prenons les 20 000 emplois promis. Je le dis carrément, nous ne pourrons les créer. Le public s?imagine peut-être que ces emplois seront créés à la veille des élections. De telles pensées ne doivent pas exister. Nous ne pourrons pas créer 20 000 emplois tout simplement parce que la situation financière ne le permet pas. Il faut dire à la population quelle est la situation et ce qu?elle peut attendre de nous? Il ne nous faut pas vivre dans des rêves? Certains ministres conservent encore un espoir dans ces 20 000 emplois? Cela est pourtant impossible.?
Satcam Boolell insiste alors sur la ?nécessité de secouer le PTr de temps à autre?. Ce ?géant? est capable de grandes réalisations mais ?faut-il encore qu?il se réveille?. Il précise : ?Il prend beaucoup de temps pour le faire.? Il insiste sur la nécessité de communiquer avec franchise avec le peuple, de faire campagne électorale de façon soutenue, d?organiser des meetings, des rencontres, en plein air pour rencontrer les électeurs ne partageant pas à 100 % les idées du PTr. On ne fait pas une campagne électorale avec des agents travaillistes. Il faut aller à la rencontre de ?l?électorat flottant?, écouter ce que les Mauriciens ont à dire au PTr, sonder l?opinion publique. La démocratie n?est pas le dialogue avec des amis ni prêcher à des convaincus mais le courage de parler avec des opposants manifestant des idées divergentes.
Satcam Boolell insiste sur la nécessité de préparer l?opinion publique en lui disant la vérité. Prendre la population au dépourvu représente un risque réel d?agitations sociales, suivies possiblement de répercussions politiques. Il déplore le manque de discipline et de motivation. Les Mauriciens ne veulent plus travailler, se plaint-il. Notre taux de productivité est un des plus bas au monde. Trop d?individus veulent monnayer leur vote. On ne peut plus prendre de sanctions par peur de perdre des voix.
Il est également sévère à l?égard du MMM qui ?bouffera? son nouveau paravent hindou, le PSM d?Harish Boodhoo. L?alliance de ces deux partis leur est également préjudiciable. Le MMM explose de partout et collectionne les défections. Le PSM d?Harish cesse d?être une alternative acceptable au PTr pour l?électorat rural et hindou.
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