Publicité

Ségrégation par le logement

19 mars 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le «Sites and Services Project», qui vient d?être lancé, permet quelques espoirs dans une amélioration des offres de logement destinées à ceux qui n?ont pas les moyens d?acheter un terrain et encore moins d?y construire une maison. Et ceux-là sont nombreux ! Les différents gouvernements qu?a connus le pays ont bien initié des politiques de logement pour les plus pauvres. Mais chaque formule proposée devait comporter de nombreuses approximations et était loin de prendre en compte les contraintes que connaît cette frange de la population qui vit dans la misère.

Le «Sites and Services Project» viendrait-il combler un manque en ce sens ? Pour un terrain d?une superficie de 50 toises, les bénéficiaires sont appelés à payer Rs 3 000 annuellement pour une longue période. Ils doivent ensuite trouver les fonds nécessaires à la construction d?une maison. Sur ce plan, des propositions leur sont faites pour s?attacher les services d?architectes. L?Etat a consenti des investissements dans ce projet qui, en théorie, devrait résoudre, dans une certaine mesure, les problèmes de logement de ceux en bas de l?échelle sociale. Mais dans la pratique, on sait que sans un encadrement et un accompagnement rigoureux, certains bénéficiaires pourront difficilement faire aboutir le projet.

Reste que l?initiative est louable et qu?elle peut contribuer à combattre le phénomène des cités et des ghettos qui a été à la base de nombreux écarts. Ces zones marginalisées ont permis pendant des décennies de rendre la misère invisible. La marginalisation à travers le logement a également servi de moyen pour cloisonner des pans de la population. Pourtant, la ghettoïsation, et tout le monde le sait, entraîne de nombreux problèmes : l?échec scolaire, la violence, la délinquance, la dégradation de l?environnement? En l?absence d?un projet intégré de logement pour les pauvres, la situation s?est dégradée au fil des années. Aujourd?hui, des régions entières vivent dans une atmosphère de promiscuité et de tension permanent. Si le «Sites and Services Project» cible de nouveaux bénéficiaires, il reste encore à trouver une solution pour ces régions car elles représentent la faillite des politiques de logement social passées.

Parallèlement à ce dossier, d?autres situations commandent de promptes réponses. Notamment celles ayant trait aux difficultés des nouveaux couples à investir dans un logement, aux carences de l?aménagement du territoire, à la ségrégation causée par l?habitat? Un Etat ambitieux et conscient des innombrables problèmes provoqués par le dossier logement aurait fait, et cela depuis longtemps, du logement précisément sa politique sociale. Cela aurait été un moyen direct de combattre l?exclusion et la violence, notamment urbaines.

Le «Sites and Services Project» pourrait être un début de solution. Mais il n?est certainement pas toute la solution. Un autre problème majeur, dans le secteur du logement, concerne l?endettement immobilier de la classe moyenne. Les mesures correctives et incitatives ne permettent pas de régler toute la question. Assez souvent, ces mesures profitent davantage aux classes favorisées. Dans une société qui invente tous les moyens pour reprendre d?une main ce qu?elle a donné de l?autre, il y a un besoin urgent de développer des propositions distinctes visant la classe moyenne. Il s?agit, dans ce cas précis, non pas de tirer de la misère une classe de la population mais de lui donner les moyens de vivre hors de la pression qui l?empêche de réussir sa vie privée et professionnelle.

Ce sont autant de défis que pose le logement. Gageons que le «Sites and Services Project» n?est qu?une première initiative d?un projet intégré de logement beaucoup plus ambitieux.

Publicité