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Rêver et faire rêver

20 janvier 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Marie-Annick SAVRIPÈNE

Il est assez inhabituel qu?une agence de voyages épingle en caractères gras sur son tableau d?affichage une note informant ses éventuels clients qu?elle perçoit des frais de dossiers pour les formalités de visa. Or, c?est le cas chez Sky Flyers à Floréal. Cette pratique d?annoncer ainsi ses couleurs, c?est tout Brigitte Hugnin-de Loppinot. D?ailleurs, on sent bien que cette belle jeune femme n?est pas prête à sacrifier ses principes sur l?autel des compromis. Des expressions qui reviennent régulièrement dans son vocabulaire, illustrent bien ce fait, il s?agit de : «transparent», «net» et «carré».

Cette rigueur dans ses pratiques, Brigitte la tient de son père, Guy Hugnin, ancien directeur et partenaire de l?agence MTTB et consul honoraire de Hongrie, considéré comme un gentleman tant dans le milieu du tourisme où il a fait carrière que celui de la diplomatie.

Si Brigitte avait pensé à un moment s?éloigner du tourisme en étudiant en vue de réussir un brevet de technicien supérieur en marketing et communications à Paris et en travaillant subséquemment dans une agence de communication réputée dans la capitale française, elle s?est vite fait rattraper par son attirance pour le tourisme. «Je suppose que cela doit venir du fait que papa a fait une longue et brillante carrière dans le tourisme et les voyages et que j?ai baigné dans cette ambiance depuis toujours», livre-t-elle en guise d?explication.

Comme sa route avait déjà croisé celle de Charles de Loppinot, expert en informatique qu?elle épousera quelques années plus tard, Brigitte s?attarde quelque peu à Paris. Tactique dilatoire qui s?avère payante car MTTB lui propose de tenir le bureau de représentation que l?agence va ouvrir dans la capitale française. Ravie, Brigitte accepte et fait ses premières armes dans le monde du tourisme en se rendant aux Salons, en assistant aux ateliers de travail conjointement avec Air Mauritius et en effectuant maints déplacements dans les pays européens avoisinants.

Lorsqu?elle regagne Maurice en 1995, elle intègre MTTB et se voit confier la responsabilité du marketing. Si les relations de travail entre le directeur d?alors qui n?est autre que son père et elle sont excellentes, elle doit payer le lourd tribut d?être «toujours défavorisée par rapport aux autres». L?avantage avec ce double traitement est qu?il permet de la faire rapidement intégrer dans l?équipe et de ne pas être perçue comme «la fille du patron». Pendant six ans et demi, Brigitte tire énormément de plaisir à vendre la destination. Lorsque son père se retire comme directeur de l?agence, elle ambitionne d?intégrer MTTB Travel car explique-t-elle, «dans le réceptif, on vend la destination et les îles avoisinantes. Mais au bout de six ans et demi, on en a fait le tour. Dans les voyages, on a le monde à nous.» Or, les restructurations et les fusions subséquentes ne vont pas dans son sens. Si bien qu?elle démissionne pour ne se consacrer exclusivement qu?à son mari et à leur fils, Arthur, qui a à l?époque un an et demi.

Après avoir joué la mère accomplie pendant trois ans, non seulement pour son fils mais également pour Eva, leur fille, Brigitte a de nouveau la bougeotte. Elle veut trouver un emploi à mi-temps pour s?occuper et consacrer du temps à sa famille. Mais le concept de travail à temps partiel n?étant pas une réalité à Maurice, elle décide d?ouvrir sa propre agence de voyages. C?est ainsi que naît Sky Flyers il y a quatre ans et demi.

Elle jette l?ancre à Floréal car c?est un quartier résidentiel où elle a énormément de relations. Avec la franchise qui la caractérise, elle le dit et ajoute qu?à Maurice «tout fonctionne par relations». Si elle obtient la bénédiction de son père, ce dernier décide, pour des raisons d?éthique, de se retirer comme directeur de MTTB Travel. «C?était pour m?accorder tout son soutien de façon transparente.» Le logo de Sky Flyers est une étoile filante.

Ne pas transiger sur la qualité du service

Cette agence enregistrée auprès de la International Association of Travel Agents vise le créneau haut de gamme qui ne signifie pas forcément cher et offre des prestations à la carte sur des destinations assez méconnues comme la Pologne, la République tchèque, la Hongrie, le Maroc, pour ne citer que celles-là. «Mais même si nous travaillons dans une niche, nous n?avons pas de gros ou de petits clients. Tous les clients ont la même considération, qu?ils se rendent au Pérou ou à Rodrigues», précise Brigitte.

Sa force est qu?elle développe des relations de proximité avec ses clients et qu?elle ne transige pas sur la qualité. «Sur une destination comme l?Inde par exemple, je ne travaille qu?avec les hôtels cinq-étoiles car je veux que mon client voyage en toute sécurité, qu?il ait une qualité de service irréprochable aussi bien de moi que de mes prestataires à l?étranger.»

De ce fait, elle passe ses futurs partenaires au crible pour être sûre que sa clientèle ne sera pas déçue. Un autre atout de Sky Flyers est que depuis trois ans et demi, cette agence représente Costa Croisière, un des croisiéristes européens les plus réputés dont les 12 paquebots de luxe parcourent le monde. En sus des croisières maritimes, elle vend aussi des croisières fluviales pour ses partenaires en Europe et d?autres croisières en catamaran, notamment dans les Caraïbes.

Interrogée quant à sa démarche de percevoir des frais de dossiers pour les formalités de visas, Brigitte trouve qu?il s?agit d?une pratique normale et estime que toutes les agences auraient dû l?appliquer. Tout comme elle envisage très sereinement l?application de la zéro commission pour les agences de voyages. «Certaines agences qui n?ont pas joué le jeu, souffriront. Heureusement que de notre côté, beaucoup de nos clients ont compris que s?ils veulent un bon service, il y a un prix pour cela. Et que s?ils veulent faire des économies de bouts de chandelles, ils doivent se tourner ailleurs avec les risques que cela comporte au niveau des prestations qui leur seront offertes.» à ses yeux, cette mesure d?Air Mauritius, a priori néfaste pour les agences, obligera ces dernières à se réinventer et à opérer sur un pied d?égalité. «Dans les pays où la zéro commission est déjà en vigueur, les agences de voyages ont été gagnantes car elles ont revu leur mode d?opération. Il en sera de même à Maurice car l?agence de voyages est un maillon incontournable de la chaîne. Une compagnie aérienne ne pourra jamais fournir la palette de produits qu?offre une agence de voyages.»

En pratiquant une politique de vérité et de proximité, Brigitte a réussi à fidéliser à 95 % sa clientèle. L?équation pour elle est simple : à partir du moment où un client est content, il revient généralement. Elle s?estime très chanceuse d?être épaulée par une équipe «jeune et dynamique» et de travailler dans une ambiance «sympathique et détendue. Ce qui nous donne encore plus de détermination à entreprendre. Ce qui est bien également est que je suis constamment soutenue par mes parents et mon mari.»

D?ailleurs, depuis trois ans et demi, Charles de Loppinot s?est joint à la société, en développant l?aspect réceptif avec le lancement d?Idyllic Villas. C?est un réseau de villas de luxe privées de deux à cinq-étoiles qui sont offertes en location aux touristes. Idyllic Villas propose aussi des services annexes tels que le personnel de maison, un chef pour cuisiner des mets spécifiques, le transport pour les déplacements, les balades en bateau. «C?est un service quasiment hôtelier que nous offrons. Chez nous, il y a des normes que nous respectons et nos partenaires qui font la promotion de nos villas savent qu?à l?arrivée, le client n?aura pas de mauvaises surprises car notre produit est limpide. Chez nous, c?est clair, net et précis. Dans ce métier, il faut l?être.» Ce qui explique aussi que tous les propriétaires de villas travaillant avec elle et son mari se sont enregistrés ou sont en cours d?enregistrement auprès des autorités. «Nous tenons à ce que les choses se passent dans un cadre professionnel car avec nous, c?est du sérieux.»

Pour faire la promotion d?Idyllic Villas, Brigitte et son mari Charles ont organisé avec le concours d?Air Mauritius une campagne d?affichage au Salon Top Resa 2006. Et les posters réalisés à partir des photos prises par Charles, ont été placardés sur 255 golfs en France. Brigitte compte répéter l?opération cette année. Le couple de Loppinot représente aussi Affigolf, agence qui gère les panneaux d?affichage sur les golfs français.

En sus de ses responsabilités professionnelles et familiales, Brigitte trouve le temps de s?occuper du secrétariat du consulat de Hongrie.

La continuité de ses affaires passe cette année par le développement des croisières Costa pour lesquelles elle a fait beaucoup de promotion l?an dernier. Mais elle est bien décidée à ne pas faire du travail, ni de la profitabilité son obsession. De ce fait, elle n?a aucune intention de décentraliser ses activités car «c?est perdre le contrôle. Et puis, j?ai envie de continuer à rêver, à faire rêver, à m?éclater mais sans me prendre la tête. Je suis épouse et mère et je dois consacrer du temps à ma famille». C?est somme toute une femme de mesure?

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