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Réformer pour mieux servir
«Rs 96,18. C?est tout ce dont nous disposons comme budget au jour du 24 novembre. Il nous faut trouver entre Rs 55 000 et Rs 56 000 pour honorer nos diverses obligations mensuelles. Il n?est plus possible de poursuivre nos activités dans ces conditions. Tout ce que je demande, c?est la prise en charge de mon personnel. » Le cri de détresse de Reynolds Permal, président de Lizié Dan La Main qui, depuis ces 25 dernières années, ?uvre pour le bien-être des malvoyants, n?est qu?une facette de la situation inconfortable de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG).
Quelque 7 000 organisations sont répertoriées auprès du Registrar of Associations comme ONG. « Entre 600 et 800 d?entre elles seulement sont pleinement engagées dans l?action sociale », soutient Paramasiva Chengan, président du Mauritius Council of Social Services (Macoss) qui agit comme facilitateur auprès des ONG. Toutes sont confrontées plus ou moins au même type de problèmes et ont plus ou moins le même profil.
Lorsqu?elles ont fait leur preuve dans un service social spécifique et ont une vision claire des objectifs à atteindre, elles font face soit à un problème de gestion, d?administration ou à un manque de ressources financières et humaines. Lorsqu?elles ont la détermination pour ?uvrer pour le bien-être des défavorisés qu?elles sont censées servir, leur motivation s?effrite graduellement par manque d?une orientation bien définie. Il existe également un nombre d?ONG fantômes qui ne servent que l?intérêt de ceux qui les dirigent.
Tout cela fait désordre et présente une bien piètre image d?un secteur dont le rôle est déterminant pour le renforcement du processus de démocratisation et l?élimination des poches de pauvreté souvent inaccessibles aux agents de développement directs de l?État.
Mais qu?est-ce qui a pu contribuer à une telle situation. « Le problème se situe à deux niveaux. D?abord, le cadre légal et social dans lequel évoluent ces organisations n?a pas changé. Ensuite, dans beaucoup de cas, le mode de fonctionnement de ces organisations, particulièrement sur les plans administratif et financier, n?est pas cohérent avec les objectifs qu?elles veulent atteindre. Le dysfonctionnement qui se manifeste aboutit à un cul-de-sac », explique Paramasiva Chengan.
« Il n?est pas interdit de penser qu?un manque de formation dans la maîtrise des règles de bonne gestion est à la base du profond dysfonctionnement de bon nombre d?ONG », déclare Raj Mootoosamy, président de Victim Support dont des projets ont été abandonnés par manque de moyens financiers. En effet, l?association a notamment dû mettre en veilleuse la formation des bénévoles, les causeries qu?elle animait dans des centres de jeunesse, ainsi que l?envoi de lettres de condoléances aux familles des victimes de violence.
La formation, une nécessité
Parlant spécifiquement de l?accompagnement de personnes susceptibles de commettre le suicide, un domaine où Befrienders s?est spécialisée, Ibrahim Sheik-Yousouf, président, pointe du doigt le manque de soutien financier et de ressources humaines. « Il y a un manque d?intérêt pour le travail social. Nous dépendons des bénévoles qui ont un emploi à plein temps. Notre ligne le 800.93.93 au bout de laquelle il devrait y avoir quelqu?un 24 heures sur 24, n?est ouverte qu?entre 15 heures et 21 heures. Nous avons demandé une aide financière de l?État, mais en vain. »
Satish Boolell, ex-président du Macoss, dresse un constat sans complaisance de ce secteur. « Des réformes s?imposent. Le constat effectué par les ONG elles-mêmes indique que ce secteur est caractérisé par l?amateurisme dans son approche, la personnification, l?insuffisance de démocratie, le manque de rigueur, de transparence, une faiblesse de savoir-faire et l?absence de maîtrise de leur sujet. »
Ce secteur, ajoute-t-il, est rongé par l?existence de certaines organisations qui, sous le couvert de leur statut d?ONG, dissimulent leur allégeance à des groupements politiques, au gouvernement, aux organisations religieuses, poursuivent des activités commerciales, sont placées sous la tutelle de certaines familles.
Il existe d?autres organisations, indique Satish Boolell qui, aux moyens de projets intelligemment conçus avec l?aide de l?informatique, obtiennent des fonds qui n?atteignent jamais ceux au nom desquels les demandes ont été présentées. Parmi les autres maux qu?évoque Satish Boolell, il y a la compétition « malsaine » que mènent certaines organisations pour imposer leur suprématie, la tendance de certains médias à faire de la publicité pour des gens qui ne maîtrisent pas encore le fonctionnement du travail social.
Pour sortir les ONG de cette impasse, Paramasiva Chengan et Raj Mootoosamy estiment qu?avec un programme de formation soutenu, les membres des ONG seront en mesure de s?améliorer considérablement. « Il faut mettre en place une académie spécialisée dans la formation des cadres d?ONG », précise Paramasiva Chengan.
« Les maîtres-mots sont la transparence et la prédisposition à être redevable de ses actions à ses membres et à ses bailleurs de fonds », souligne Satish Boolell. Il propose aussi l?établissement d?un code d?éthique et la possibilité de conférer au Registrar of Associations les prérogatives d?octroyer la reconnaissance aux ONG de même que leur prescription en cas d?inefficacité.
Si le constat de la situation actuelle du secteur des services sociaux n?a pas atteint le niveau d?évolution souhaité, tout espoir n?est pas perdu. Cet espoir ne se manifeste pas uniquement par la volonté des personnes qui sont partie prenante de ce secteur à revoir son mode de fonctionnement. Maurice bénéficie d?un soutien financier et technique des Nations unies pour la consolidation de la base du secteur d?activités sociales assurées par les ONG.
■ Lindsay PROSPER, Elwyn CHUTELet Bindu BOYJOO
Secteur privé : Entre enthousiasme et réticence
Le temps où les grandes entreprises se limitaient à faire des dons en argent est révolu. De la British American Tobacco (BAT) en passant par Harel Mallac, le groupe Beachcomber et le groupe Ciel, la contribution au social s?effectue dans un cadre administratif spécifique. La structure est gérée avec professionnalisme et sérieux comme le sont les différentes branches administratives de l?entreprise.
« La Fondation Espoir et Développement du groupe Beachcomber ne souhaite pas être seulement un distributeur de billets pour les ONG, mais constituer avec elles un partenariat à long terme », explique Eric Bell, administrateur dont la fondation dispose d?un budget de Rs 10 millions. La BAT a, elle, identifié trois secteurs d?intervention : l?agriculture, le civisme et le renforcement de la capacité des défavorisés à se prendre en main. Une « Donations Policy » définit les paramètres pour l?allocation des dons. Les projets financés par la compagnie sont suivis depuis leur conception jusqu?à leur réalisation.
La Fondation Nouveau Regard du groupe Ciel, qui a un budget de Rs 5 millions, dispose d?un conseil d?administration composé des directeurs des différents pôles industriels du groupe et de deux directeurs externes au groupe.
Un comité de fonctionnement composé du personnel du groupe se réunit régulièrement pour avaliser ou rejeter des demandes d?aide. Les bénéficiaires doivent satisfaire des critères bien précis.
Chez Harel Mallac, un comité social est chargé de la mise en place de la politique sociale de la compagnie. Ce comité est redevable à l?exécutif du groupe. Les allocations sont versées lorsque le comité s?est assuré de leur justification.
Il est encore trop tôt pour conclure que la tendance des entreprises à mettre en place des structures d?aides dédiées aux ONG ira en s?accentuant. Le discours du budget 2006-2007 a refroidi l?ardeur de certaines entreprises. Les exemptions fiscales auxquelles les donateurs aux institutions charitables avaient droit jusqu?ici, ont été abolies. Beaucoup d?entreprises ont cessé de soutenir les organisations charitables. Huit organisations sur dix se disent affectées.
Le coup de pouce des Nations unies
Le « Strengthening of NGO sector in Mauritius » est un programme financé par les Nations unies dans plusieurs pays. Sa mise à exécution est assurée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) avec pour principaux collaborateurs le ministère de la Sécurité sociale et le « Mauritius Council of Social Services » (Macoss). Le principal objectif de ce programme consiste en la mise en place d?une étude ? qui, d?ailleurs, a déjà démarré ses travaux ? pour une évaluation complète de la situation du secteur d?activités où sont engagées les organisations non gouvernementales (ONG) à Maurice. Ce secteur est invité à se réformer, à revoir ses relations avec l?État et le secteur privé afin d?être un partenaire actif et non passif et dynamique dans le combat contre la pauvreté. Est également prévue, l?institution d?une structure. Celle-ci permettra aux ONG de combler leur déficit dans les domaines qu?elles auront identifiés. Le renforcement de la société civile, un terme préféré à celui d?ONG, est considéré comme la voie obligée pour atteindre la réduction de l?extrême pauvreté et de la faim. C?est l?un des premiers objectifs ? à savoir qu?il y en a huit ? que les Etats membres des Nations unies se sont engagés à réaliser d?ici 2015 dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement.
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