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Récoltes bien méritées

10 août 2005, 00:00

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A Rs 60 le demi-kilo dans les boutiques, les haricots valent de l?or à Rodrigues. Mais les cultiver tient très souvent de l?exploit. Emmanuel Félicité et ses cinq fils relèvent ce défi de la nature depuis dix ans dans leur plantation à Baie-Topaze.

Emmanuel, un costaud âgé de 62 ans, n?est pas prêt à abandonner la terre. Il cultive des haricots sur une superficie de cinq arpents. ?Nous avons un sérieux problème de mécanisation. Il y a un seul tracteur pour labourer les plantations de quelque 3 000 planteurs. Souvent, nous finissons de labourer nous-mêmes les cinq arpents sous culture avant que n?arrive le tracteur?, explique-t-il.

A compter les nombreuses heures que ses fils et lui passent dans leur plantation, on dirait un vrai travail de forçat. Mais Emmanuel a de la patience à en revendre. ?C?est la plus délicate des plantes. Il faut les surveiller tous les jours comme ses enfants. A tout bout de champ, la plante peut être atteinte d?une maladie quelconque. La mouche qui l?attaque, par exemple, peut détruire toute une plantation. L?usage des insecticides est donc indispensable pour combattre toutes sortes d?insectes, dont des chenilles et des papillons?.

La culture des haricots se prépare six mois à l?avance. La terre est labourée et fertilisée au mois d?octobre alors que les graines sont semées en avril de l?année suivante. La récolte se fera 110 jours après.

Pour le sexagénaire, en cultivant des haricots, les planteurs ne savent pas ce qui va se passer, comme quelqu?un qui joue à la roulette russe. ?Nous n?avons qu?une seule récolte par an. S?il ne pleut pas ou s?il y a un cyclone, nous encourons des pertes totales. L?an dernier, j?ai perdu Rs 50 000 après le passage d?un cyclone?.

Emmanuel estime que Rodrigues doit être doté de services agricoles plus efficaces pour encourager les planteurs à s?adonner à la culture des haricots. ?A l?époque coloniale, un Britannique avait mis pas moins de quatre tracteurs à la disposition des planteurs?.

Emmanuel qui est père de dix enfants : cinq garçons et cinq filles, dit qu?il a encouragé ses fils à prendre la relève. Ces derniers exercent aussi le métier de pêcheur afin de joindre les deux bouts.

Emmanuel est fils de planteur. A 15 ans, il cultivait déjà du maïs et élevait des porcs : ?La vie était difficile à l?époque, mais je n?ai jamais baissé les bras?.

Avant de se lancer dans la culture des haricots, Emmanuel cultivait des pistaches. ?On n?en obtenait pas un bon prix. J?ai finalement décidé d?abandonner?.

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