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Récit d?un naufrage
Tout avait pourtant bien commencé pour le Sea Diamond qui entamait une croisière aux abords de l?île Santorin. Mais le bateau s?est échoué en mer Égée le 5 avril. À son bord, onze marins pêcheurs mauriciens partis pour faire fortune, mais qui sont aujourd?hui livrés à eux-mêmes.
L?escale aux abords de l?île volcanique de Santorin, dans l?archipel grec, avait pourtant bien débuté. Moustakin Goolamhoseen, l?un des onze marins pêcheurs d?origine mauricienne employés sur le navire Sea Diamond, attend que les dernières man?uvres d?accostage soient terminées pour aller se reposer. Ce navire de croisière, avec à son bord 1 154 passagers et 391 membres d?équipage, avait appareillé le lundi 2 avril dernier, pour une croisière de cinq jours dans l?archipel, avant de se diriger vers d?autres îles de la région.
Alors que la plupart des passagers dînent dans les différents restaurants du bateau, l?équipage s?affaire à mouiller au plus près de l?île afin de faciliter le débarquement des passagers le lendemain matin. Une « opération de routine » qui, ce soir-là, a failli tourner au drame?
Tout se déroule bien jusqu?au moment où les passagers sont surpris par une légère secousse. Rien d?inquiétant. Du moins en apparence. « Nu pa ti tro konne ki ti pe arrive. Bato la inn zis gagn enn ti secous. Mais apre, nu finn compran ki nu finn bat ek enn recif », aurait déclaré Moustakin à son frère par téléphone le lendemain. Mais sur le moment, personne ne se rend compte que la coque du navire a été éventrée et que l?eau s?engouffre dans les cales. La pression est telle qu?il ne faut que quelques secondes pour que les cales se remplissent et que le navire se mette à pencher dangereusement.
À bord, c?est la panique. Les passagers, pris par surprise, tentent désespérément de rejoindre les canots de sauvetage situés de part et d?autres du pont inférieur. Mis au courant de la situation, les membres de l?équipage appellent au calme et dirigent les passagers vers les différents points d?évacuation. « Nu finn essay garde nu calm ek aid ban passager la. Nu pas finn gagn letan pran narnien kan nu finn kit bato la. Nu finn perdi tou nu ban documents, passeport ek nu kas », a expliqué Moustakin à ses proches.
Pris au piège dans leur cabine
Micheal Purich, porte-parole des marins pêcheurs mauriciens, a, pour sa part, expliqué qu?il lui avait fallu réveiller certains de ses compagnons qui dormaient dans leurs cabines pour qu?ils aillent aider les autres passagers. Il ne faudra d?ailleurs pas longtemps pour que les gardes-côtes, avertis du naufrage imminent, se rendent sur les lieux pour prêter main-forte aux personnes se trouvant à bord du Sea Diamond. Ce qui a sans aucun doute permis de sauver tout le monde, ou presque.
Deux ressortissants français, un homme de 45 ans et sa fille de 16 ans, de Doué-la-Fontaine, en Maine-et-Loire, sont portés manquants depuis l?évacuation du bateau. Tous deux avaient été pris au piège dans leur cabine à cause la montée des eaux. Les recherches effectuées, notamment par un robot sous-marin, n?ont pas permis jusqu?à présent de retrouver les corps des deux Français.
Une erreur humaine à l?origine
L?enquête, initiée dès le lendemain du drame, a mené à l?arrestation du capitaine et cinq membres d?équipage du navire de croisière ont été mis en examen samedi pour négligence. Les enquêteurs pensent, en effet, qu?une erreur humaine serait à l?origine du naufrage. Le paquebot, d?origine scandinave et âgé d?une vingtaine d?années, disposant de 584 cabines et d?une capacité de 1 500 passagers, effectuait régulièrement des croisières dans les Cyclades. Battant pavillon grec, le navire était exploité par la société chypriote Louis Cruise Lines.
Le bateau a totalement sombré peu avant 7 heures locales (4 heures GMT) vendredi dernier. Les enquêteurs s?efforcent de vérifier les déclarations de certains passagers et témoins, dont des marins de l?île de Santorin, mettant en cause l?organisation de l?évacuation du navire. La boîte noire du bateau de croisière a été retrouvée un peu plus tard le même jour par 85 mètres de fond. L?appareil a été localisé par le robot sous-marin téléguidé explorant l?épave.
Interrogé par les enquêteurs sur les circonstances du naufrage, le capitaine du bateau a déclaré avoir « senti que le navire, qui était sur une trajectoire normale, déviait sur la droite à cause des courants ». Des extraits de sa déposition, publiés par la presse étrangère, permettent de mieux comprendre le déroulement des événements ce matin-là. « J?ai donné l?ordre d?un tour complet vers la gauche. Mais il n?y a pas eu suffisamment de temps pour que le navire réponde », a-t-il expliqué.
Les onze marins pêcheurs mauriciens ont, quant à eux, immédiatement téléphoné à leurs familles pour les rassurer. Ayant perdu tous leurs documents, ils ont pris contact avec les autorités mauriciennes pour demander leur rapatriement dans les plus brefs délais, prétextant des mauvaises conditions de travail (voir hors-texte).
Leur employeur leur a, par ailleurs, promis une compensation de quelque 1 000 livres sterling pour leur permettre de s?en sortir durant quelques jours. Micheal Purich, explique, pour sa part, que les marins ont été regroupés sur le dry dock à la suite du naufrage et qu?ils sont maintenant livrés à eux-mêmes après avoir perdu leur salaire, ainsi que leurs documents légaux. En attendant qu?une solution soit trouvée, les marins pêcheurs mauriciens restent soudés et espèrent être rapatriés au plus vite.
Quelques marins pêcheurs mauriciens souhaitent être rapatriés
Certains des marins pêcheurs mauriciens employés à bord du Sea Diamond font état de conditions de travail difficiles. Le navire, qui sillonne les mers du globe depuis une vingtaine d?années maintenant, faisait depuis un certain temps des travaux de rénovation discrets. « Ces travaux n?ont rien de conséquent. Il s?agissait pour la plupart de repeindre des murs ou encore de changer le papier peint », nous a laissé entendre, au téléphone, un marin employé sur le paquebot. Et d?ajouter que quelques marins ont fait part de leur souhait d?être rapatriés à Maurice. Les employés mauriciens ont d?ailleurs déploré, à travers leur porte-parole, « l?attitude » de la société chypriote Louis Cruise Lines qui, expliquent-ils, ne leur a donné que 200 euros à la suite du naufrage, alors qu?ils avaient tout perdu. Toutefois, tiennent à préciser les marins pêcheurs mauriciens, la grande majorité est satisfaite des conditions de travail et souhaitent être réaffectée sur d?autres bateaux appartenant à leur employeur.
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