Publicité
Récit d?un miraculé des eaux
Rien que de repenser à ces moments de détresse lui donne la chair de poule. Eugélio Deschamps, 21 ans, handballeur au sein de l?Union sportive de Beau-Bassin-Rose-Hill a failli périr noyé dans le lagon de Flic-en-Flac. Bravant les avertissements de déferlement de grosses vagues, Eugélio, son cousin David, 22 ans et son beau-frère Eric, 26 ans, ont été piégés par les vagues alors qu?ils voulaient nager.
Dimanche après-midi, les trois jeunes, accompagnés de leurs proches, décident de se relaxer à Flic-en-Flac. ?Il y avait beaucoup de monde à la plage et les grosses vagues étaient loin. En plus, il y avait d?autres personnes qui nageaient?, précise Eugélio, qui avoue avoir été au courant des avertissements de houle dangereuse.
Contrairement à leurs jeunes cousins, tous trois s?éloignent de la plage, mais ?pas trop car on avait pied?. Cependant, sournoisement, les vagues les éloignent graduellement de la plage. Le temps de s?en rendre compte, ils tentent de nager à pleins poumons pour regagner la terre ferme, mais c?est peine perdue. ?Plus nous nagions, plus nous retournions au même endroit. Pe naz dan vid?, souligne Eugélio, plus connu sous le sobriquet de ?Diouf? dans le giron hand-ballistique.
Afin de ne pas laisser trop de force, ils alternent diverses nages : tantôt ?la planche? et tantôt les brasses. Eugélio, lui, n?en peut plus. ?Je sentais que je coulais. Mais mon beau-frère, qui connaît la mer, m?aidait à remonter à la surface en plongeant pour me relever?, explique-t-il. Le beau-frère Eric lui lance ceci : ?Laiss mo ale??
Sur le coup, il n?a guère le temps de s?attarder sur cette phrase. Il se laisse dériver, tout comme son cousin David, car il se dit qu?au lieu de nager à contre courant et perdre inutilement des forces, autant se laisser porter par les vagues pour atteindre la plage. Tout d?un coup, il pense avoir atteint son but quand il sent quelque chose sous ses pieds. ?Ce n?étaient que les récifs?, regrette-t-il, après coup.
Il lui vient alors la brillante idée de se coincer volontairement le pied dans les coraux afin de ne pas dériver au large. Là, il commence à appeler à l?aide. Désespérément. Son cousin David, lui aussi, coincé volontairement dans les coraux, en fait autant. Au départ, le Rosehillien tente tant bien que mal de recracher l?eau de mer, mais au bout d?un moment, il ne peut s?empêcher de boire la tasse. ?Mo crwar dimoun ti crwar mo pe pran nissa?, déclare-t-il.
Plus de force pour nager
Toutefois, avec la montée des eaux, Eugélio n?aperçoit que la tête de son cousin, au loin. ?Il se débattait. Je voulais sortir de là où j?étais pour le sauver, mais je n?avais plus de force pour nager. Mo pe guet divan derier couma dir ene abriti?. Cette impuissance, couplée au désespoir de ne plus voir son beau-frère dans son champ de vision, commence à lui faire envisager le pire.
Et pour rendre les choses encore plus difficiles, il était ballotté dans tous les sens par les déferlantes. ?Si je ne jouais pas au handball, je ne crois pas que j?aurais eu assez de force dans les jambes et de volonté pour résister à ces vagues-là. Aster la mo cone la fors la mer?, avoue-t-il.
Alors qu?il commençait à perdre définitivement l?espoir d?être sauvé, il aperçoit le zodiac de la National Coast Guard avec deux gardes-côtes, à son bord. Il apprendra par la suite que quelqu?un sur la plage avait donné l?alerte. ?Mo repran couraz?, laisse-t-il échapper.
Le zodiac se dirige vers son cousin. Une fois le cousin sauvé, il s?attend que le zodiac vienne le récupérer. ?Mais ils m?ont demandé de nager jusqu?au bateau. Je n?en pouvais plus. Je leur ai dit que je n?allais pas pouvoir nager. Là, ils sont venus me récuperer?.
Sa première pensée ira à son beau-frère et il ne cesse de supplier ses sauveurs de secourir celui qui a disparu en haute mer. Les gardes-côtes le rassurent en lui déclarant qu?une autre équipe était déjà à sa recherche.
Il n?est, hélas, pas au bout de ses peines. Une lame de fond fait chavirer l?embarcation. Les quatre occupants se retrouvent projetés dans les eaux déchaînées. Eugélio a juste le temps de se saisir d?un cordage du zodiac.
Aussitôt le bateau redressé, les deux gardes-côtes se hissent à bord. Le cousin David prendra, lui, plus de temps parce qu?il a été éjecté plus loin.
Il n?arrive plus à fermer l?oeil
C?est un bateau de plaisance qui viendra les secourir, les remorquer. Après deux tentatives de remorquage, les deux embarcations parviennent finalement à regagner la terre ferme, où attendent les proches des rescapés, en pleurs. Même s?il est sauvé, Eugélio ne peut s?empêcher de penser à son beau-frère, celui qui l?a aidé à s?en sortir. Il veut même retourner dans l?eau pour partir à sa recherche. Il repense alors à ce qu?il lui avait dit auparavant (laiss mo ale), en faisant le rapprochement avec ?laiss moi mor?.
Heureusement, les bonnes nouvelles arrivent. Eric a été retrouvé par les gardes-côtes de Rivière-Noire. Là aussi, Eugélio pense au pire et craint que ce ne soit que le corps inerte d?Eric. ?Là, les policiers m?ont dit qu?il parlait et qu?il était sain et sauf. Lerla mo refer? explique-t-il.
Après cet épisode, son beau-frère lui a raconté comment il s?est laissé dérivé en haute mer, là où les vagues étaient moins fortes. ?Bane la ine ousi dir moi ki cot ine regayn li la, c ene lakaz rekin??
Depuis cette éxperience traumatisante, Eugélio avoue ne plus pouvoir fermer l?oeil facilement. Les images douloureuses reviennent le hanter.
En sus de maux psychologiques, il souffre de blessures, à son talon et à la plante des pieds. Il est actuellement en arrêt maladie. Le plus important, c?est qu?il soit encore en vie. Il laisse cependant entendre qu?il ne nagera pas de sitôt.
?Sil le fo, mo naz lor disab??
Publicité
Publicité
Les plus récents