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Ruby Kapoor à l?ombre des grands maîtres

21 février 2005, 00:00

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Un propos audacieux, un média lumineux. Et la révérence aux maîtres. Devant nous, des scènes cent fois, mille fois répercutées, admirées. Parfois même volées. Danses champêtres de Renoir, dont la rusticité même porte l?empreinte du feu sacré. Le violoniste désarticulé mais touchant d?humanité de Marc Chagal. Les courbes féminines, décomposées, compensées et recomposées de Picasso.

Ruby Kapoor a eu l?idée de les copier. De jouer sur les transparences, d?équilibrer la lumière à sa faveur. De nous convier à une double expérience du 23 au 27 février dans les salons de l?hôtel Labourdonnais. Reflets de ses préoccupations, Reflections montrera une série de 27 pièces exclusivement dédiée à des pinceaux vénérés.

Eclairage neuf braqué sur Van Gogh, Gaugin, Renoir, Matisse?Quatre ans durant, Ruby Kapoor, ?artiste à mi-temps?, originaire de Bombay, a patiemment retranscrit leurs compositions originales sur des plaques de verre de trois pieds par trois pieds.

Au final, des miroirs d?une époque, des analogies, des cas d?école tintés d?un brin de prétention, alimenté sans doute par cette furie désordonnée que peut être l?inspiration. Analogies de grandeur, de cadence soutenue dans la recherche d?un art à consommer sans modération. ?Le verre est un médium qui permet de tenter des expériences fascinantes. C?était un défi pour moi de reproduire des tableaux de maître. Mon but est de mettre des pièces jamais exposées à Maurice à la portée de tous. Mon travail a consisté à apporter une dimension nouvelle aux grands maîtres.?

Sauver la reproduction de la vulgaire copie. Souhaitant y parvenir, Ruby Kapoor s?est choisie une alliée de taille : la lumière. Puissamment éclairées, les plaques de verre aux tons de maître sont des objets qui invitent à la découverte. D?abord se rapprocher très près pour suivre le trait de la main reproductrice. Coup de pinceaux fins, parfois hésitants, dès fois malaisés, mais qui arrivent tout de même à destination.

Si quelques faiblesses dans les proportions parsèment la route, tels des ralentisseurs, Ruby Kapoor arrive à bon port en s?appuyant sur son sens du détail. Un souci de la perfection des petites choses ? impossible à atteindre, mais qui mérite d?être soulignées ne serait-ce que pour le fait d?y avoir pensé.

L?expatriée installée chez nous depuis 12 ans maintenant, a su éviter ? dans une large mesure ? de se laisser piéger par les limites de la palette imposée par la peinture sur verre. Ses couleurs, aidées par des effets de lumière, calculés au watt près, tentent d?effacer les siècles qui nous séparent de la naissance des compositions originales. Ne reste plus que le génie éternel des grands, ce fumier dans lequel les petits s?agenouillent béatement, pour espérer exister sur la planète créativité.

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