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Roman à clef
<B>par Aline GROËME</B>
19 juillet 2005. Est-ce qu?il y avait du soleil ce jour-là ? A la Bibliothèque nationale (BN), on guettait l?éclaircie. Mahendra Gowreesoo, ministre fraîchement installé aux Arts et à la Culture, se déplaçait pour visiter les locaux exigus de la BN.
L?initiative est bonne : faire connaissance avec une institution placée sous sa tutelle, en même temps que rencontrer ceux qui ont la tâche de la gérer. D?autant plus que le ministre ne fait pas mystère de son ignorance du secteur. ?Tou dimoun koumans par pa kone.?
Entre deux étagères de livres et de périodiques, Yves Chan Kam Lon, directeur de la BN en poste depuis 1999, en profite pour glisser deux mots sur ses attentes. Dit à quel point la BN manque de place, que les étagères envahissent à vitesse grand V les couloirs, que des milliers de journaux dorment dans des cachots à la température contrôlée. Redeviennent poussière entre des doigts impuissants, faute de logistique humaine et financière. Que la collection augmente tous les jours et qu?il faut songer à construire un dépôt, procédure normale dans toutes les BN. C?est dans ce lieu ? pouvant se situer n?importe où dans l?île ? que sont entreposés les doubles des documents disponibles à la BN. Au cas où?Nul n?étant à l?abri d?un incendie ou d?une inondation?
Quelques jours plus tard, c?est au gouvernement d?actionner une clé. Il étale dans le discours-programme son intention de regrouper trois institutions majeures sous un même toit, en l?occurrence les Archives nationales (actuellement à Coromandel), la National Art Gallery (située à proximité de la Gare Victoria) ? et la BN.
Six mois plus tard?Anne ma s?ur Anne, ne vois?tu rien venir ? Plusieurs questions restent en suspens. Où se situera cette ?super-institution? ? Comment éviter un enterrement de première classe à une National Art Gallery qui n?a de galerie que de nom (elle doit avoir recours à d?autres institutions pour disposer d?un espace d?exposition, mais c?est là un autre débat), des archives dans un état lamentable et une BN qui se veut plus qu?une sorte de superviseur des bibliothèques régionales et d?organisateur du World Book Day.
Yves Chan Kam Lon a bien sa petite idée. Il verrait bien la BN dans un environnement académique, du type où baigne le Mahatma Gandhi Institute, l?université de Maurice et le Mauritius Institute of Education. Sauf que, le terrain correspondant à ces critères et initialement identifié pour accueillir la BN, a été alloué à la Mauritius Broadcasting Corporation.
Tout est à refaire. Sur la question du regroupement de ces trois agences de la culture, le directeur de la BN a là aussi son avis. ?Ce serait totalement stupide de mettre tout le monde dans le même bâtiment, cela ne ferait qu?augmenter les risques en cas d?accident. Vous imaginez un peu??
Nous imaginons que trop bien. Perdre en une fois, ce patrimoine patiemment empilé, qui en plus a des allures de gruyère. Déjà que la BN se plaint du manque de bras, s?il fallait recommencer... En tout, ils sont trente employés alors que selon Yves Chan Kam Lon, il en faudrait 250, soit plus de huit fois le contingent actuel. Quand on sait en plus que les salaires doivent faire l?objet de demandes de fonds additionnels au ministère des Arts et de la Culture, cela laisse songeur quant à l?état de précarité de cette institution inaugurée en décembre 1999 par Navin Ramgoolam.
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