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Rodriguez nommé président par intérim de la Bolivie

11 juin 2005, 00:00

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Le Congrès bolivien a investi le président de la cour suprême Eduardo Rodriguez au poste de président du pays dans l?espoir de désarmorcer la crise qui paralyse le pays et d?ouvrir la voie à des élections anticipées.

Carlos Mesa a présenté sa démission après n?avoir pas pu apaiser les tensions dans ce pays andin où la majorité indienne réclame une nationalisation des réserves en gaz naturel et des réformes constitutionnelles afin d?obtenir plus de pouvoir. Les manifestations ont provoqué des pénuries d?essence et d?alimentation à La Paz et font craindre une montée de la violence dans le pays le plus pauvre d?Amérique du Sud.

A l?issue une interruption de séance en raison des manifestations, les députés se sont à nouveau réunis brièvement dans la nuit après le refus du président du Sénat Hormando Vaca Diez d?assumer la présidence du pays. La constitution bolivienne permettait à Vaca Diez de succéder à Mesa, mais les chefs indiens et bon nombre de Boliviens rejetaient cette éventualité, réclamant la tenue d?élections anticipées.

UN MINEUR TUÉ LORS DEs MANIFESTATIONS

«J?espère que cette que cette décision contribuera à pacifier le pays», a déclaré Carlos Mesa, qui était au pouvoir depuis 19 mois. Rodriguez, qui assume l?intérim, devra organiser des élections. Diplomé de l?université d?Harvard en administration publique, il est avocat de profession. La nomination de Rodriguez à la présidence était l?une des principales exigences des manifestants de la ville d?El Alto, située dans une région pauvre surplombant La Paz. Ils ont souligné que la nationalisation des ressources énergétiques était une revendication cruciale et non négociable.

L?armée bolivienne a abattu un mineur lors de manifestations jeudi, tandis que les députés avaient suspendu leur session extraordinaire. La police a tiré des gaz lacrymogènes sur des agriculteurs et des miniers qui avaient allumé des bâtons de dynamite et mis le feu à des pneus dans les rues de Sucre pour protester contre le décès du manifestant et exiger que Vaca Diez renonce à la présidence.

Des agriculteurs ont également bloqué plusieurs gisements de gaz naturel gérés par des entreprises étrangères dans la province de Santa Cruz, dans l?est du pays, et les ont obligées à interrompre leur production.

Le groupe espagnol d?énergie Repsol YPF a estimé que les manifestations l?avaient obligé à réduire sa production d?un volume équivalant à 0,3% du total et le brésilien Petrobras a prévenu que les troubles pourraient affecter ses approvisionnements en gaz naturel. L?Espagne a envoyé un avion de l?armée de l?air dans le Pérou voisin jeudi au cas où il lui faudrait évacuer des ressortissants résidant en Bolivie.

L?aggravation de la crise en Bolivie a conduit le secrétaire général de l?Onu Kofi Annan à dépêcher un responsable dans le pays à la requête du gouvernement. La communauté indienne - Aymara, Quechua et Guarani - représente pratiquement les trois quarts des neuf millions de Boliviens.

Dans la province de Santa Cruz, moteur économique du pays qui concentre une grande partie des richesses nationales, ce sont les aspirations autonomistes qui gagnent en ampleur, alimentées par les milieux d?affaires qui rejettent un gouvernement central coupable, à leurs yeux, de céder aux groupes indiens radicaux. Un référendum d?autonomie y est programmé pour le mois d?août.

Avec un PIB/habitant inférieur à 900 dollars par an (en 2003), la Bolivie est le pays le plus pauvre d?Amérique du Sud, et les écarts y sont criants entre la petite minorité qui possède les mines, les gisements de gaz et les exploitations agricoles et l?immense majorité indigène qui vit avec moins de deux dollars par jour: 63% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Patrick MARKEY

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