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Rivaliser dans un espace réduit
Consommé, le passage à une société de consommation. Avec le rapide développement économique, les habitudes des Mauriciens ont changé. La consommation est presque devenue une religion et les grandes surfaces en sont les temples. Le nombre d?enseignes qui pourvoient aux besoins, parfois superflus, des consommateurs en témoigne.
Les grandes surfaces poussent comme des champignons à travers l?île. Mais c?est bien sur l?axe Port-Louis ? Curepipe, et a fortiori entre Réduit et la ville lumière, qu?un véritable couloir de la consommation s?est créé (voir carte). Mieux, «le triangle d?or», selon l?expression consacrée dans le milieu. Sur quelques kilomètres, on compte, vues de l?autoroute, pas moins de cinq enseignes.
«Nous nous implantons dans des endroits stratégiques. Notre dernier venu sera inauguré au centre commercial de Phoenix les Halles. Mais dans ce cas, c?est bien le centre commercial qui a un rôle attractif et nous profitons de cela pour notre activité. Les consommateurs changent leurs habitudes, ils sont à la recherche de loisirs, d?autres modes de consommation. C?est ce que proposent les centres commerciaux, et dans ce cas, c?est cette vitrine qui est le moteur», explique Stéphane How Hong, directeur général de Franprix.
En effet, le consommateur change ses habitudes. Au point que le petit commerce de proximité est dangereusement concurrencé. «Pour être dynamique, le choix du site est primordial en plus de l?étude de marché», prévient un professionnel du secteur qui a requis l?anonymat. Ce choix est d?autant plus important qu?il vise à défier la concurrence déjà présente. En premier lieu, les petits commerces qui n?offrent pas une gamme de produits aussi étendue, des prix aussi compétitifs et des services diversifiés.
Un secteur en expansion</B>
C?est donc logique, pour Nicolas Kan Wah, directeur de London Way, que des moyennes et grandes surfaces continuent d?ouvrir leurs portes. «L?industrie est en expansion. Le changement se confirme. On passe du commerce traditionnel à la grande surface parce que cela répond aussi aux exigences du consommateur. Pour cette année, les moyennes et grandes surfaces couvrent 60 % du marché. D?ici une ou deux années le ratio passera à 70 % - 30 %», fait ressortir Nicolas Kan Wah.
Si le secteur est en expansion, de facto, la concurrence est plus rude. D?autant que les moyennes ou grandes surfaces s?implantent principalement en plein c?ur de la conurbation Port-Louis - Curepipe, essentiellement dans le triangle d?or, ou encore dans des zones plutôt peuplées où le pouvoir d?achat est relativement élevé. Cependant, ce n?est pas une constante toujours vérifiable.
Rationaliser les activités</B>
Bien que le secteur puisse paraître florissant, les hausses des coûts d?opération et d?approvisionnement obligent les professionnels à rationaliser leur activité et miser sur les tendances futures du marché. A ce titre, le «triangle d?or» continue de séduire dans la mesure où «l?aire de chalandise est vaste et bien fournie. C?est un carrefour qui dessert plusieurs régions et connecte plusieurs villes», souligne Nicolas Kan Wah. Dans le même souffle, il s?interroge néanmoins: «Cette zone de chalandise peut-elle satisfaire tous les nouveaux venus? De toute façon, c?est un risque à prendre. On jugera dans quelques années.»
Outre le site, la rationalisation des activités est également nécessaire. «On ne peut négliger le service. C?est essentiel de trouver des services à valeur ajoutée pour créer aussi une demande supplémentaire», nous apprend un professionnel du secteur. «En créant l?enseigne Way, le choix était bien de s?unir pour mieux négocier les prix auprès des fournisseurs et donc offrir des tarifs plus compétitifs. Cela nous permet aussi de diviser une partie de nos dépenses communes en matière d?électricité ou de marketing par exemple. Ça nous permet donc d?amortir plus facilement nos coûts d?opérations», indique Nicolas Kan Wah.
La grande distribution n?a pas encore atteint sa vitesse de croisière. Cela ne devrait pas tarder. Chacun cherche à se distinguer dans ce secteur qui accueille de nouveaux venus. «Les nouvelles constructions se poursuivent, elles ont même augmenté depuis ces cinq dernières années», note le directeur de London Way. Si aujourd?hui les investisseurs lorgnent de nouvelles régions, dont le sud, force est de constater que la zone
Moka-Quatre-Bornes-Phoenix continue de drainer la majeure partie des consommateurs (compte tenu du chapelet de villes d?alentour) et, par conséquent, d?attirer de nouvelles enseignes.
<B>Le chiffre Rs 20 milliards </B>
■ C?est le chiffre d?affaires global que génère l?ensemble des grandes surface de l?île, quatorze ans après l?implantation de la première d?entre elles, Continent à Phoenix.
<B> Grogne silencieuse</B>
■ «Avec la montée du dollar, du diesel, une inflation d?environ 10 % sur les trois derniers mois, il est évident qu?au final, c?est le consommateur qui trinque», confie sous couvert d?anonymat un professionnel du secteur. Il plaint donc les consommateurs dont «le pouvoir d?achat baisse. C?est clair, autrefois on mangeait du riz basmati, aujourd?hui on achète du riz thaïlandais et si la tendance se poursuit, on ne mangera que du riz de ration». L?exemple peut paraître excessif. Pire, n?est-ce pas un comble qu?un professionnel de la grande distribution fasse preuve d?autant d?empathie envers le consommateur? C?est que poursuivant son propos, il révèle que ce ne sont pas ceux qui exploitent des enseignes qui engrangent tant de revenus. «Nos marges sont fragiles», lâche-t-il. «En revanche, ce sont les banques qui font le plus de profits avec la grande distribution. Elles prennent des commissions sur tout! Elles taxent les transactions par cartes bancaires alors que ce mode de paiement représente 35-40 % de nos ventes.»
<B>Winner?s, leader de l?alimentaire</B>
■ «Il y a une concurrence très forte dans un espace restreint entre Ebène, Rose-Jill, St Jean et Phoenix. C?est simple, on compte cinq enseignes sur cette zone», à savoir Franprix, Way, Super U, Jumbo Score et Shoprite, constate d?emblée Jean-Philippe Venpin directeur de Winner?s. Est-ce le choix délibéré de ne pas s?implanter dans cette zone qui a permis à Winner?s d?être numéro un du secteur? Avec un chiffre d?affaires estimé à Rs 2,8 Mds pour 2008, «Winner?s représente 15 % du marché de l?alimentaire», talonné par l?enseigne Way (environ 14 % selon une source non officielle). «Nous avons une philosophie bien différente de nos concurrents. Nous parions sur la proximité, l?achat quotidien, plus facile, au c?ur des zones d?habitation. A l?inverse, les autres enseignes préfèrent attirer des flux de consommateurs en profitant des axes routiers. Par ailleurs, nous sommes autant présents en ville qu?en milieu rural et la taille de nos structures nous permet de garantir des prix intéressants.» Le prochain Winner?s ouvrira ses portes à Rose-Belle.
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