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Rishiraj Etwaree, souffrir de la folie furieuse des moqueries

7 janvier 2007, 00:00

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«Qui sur cette terre a le droit de traiter de fou, qui sur cette terre mérite d?être traité de fou ? », clamait Fabrice Onno, slameur local. La réponse est la question même. Il n?est point fou celui que l?on croit. Il n?est point fou non plus celui que l?on voit. Un physique un peu gauche, une allure maladroite, un tic de l??il, un bégaiement, un débit trop rapide, un surplus d?énergie : des traits distinctifs de certaines personnes, mais qui ne sont pas pour autant caractéristiques de la folie. Personne ici bas n?a le droit de traiter quelqu?un de fou et encore moins mérite d?être traité de fou.

C?est pourtant le cas de Rishiraj Etwaree, considéré comme étant le fou du village. À Melrose, sa bourgade natale, les mauvaises langues vont bon train. Et les railleries aussi. Ce jeune homme souffre d?avoir toujours été la risée de tous. Des stigmates qu?il porte aujourd?hui encore parce qu?il est continuellement pointé du doigt.

Trentenaire, Rishi a pourtant, comme la plupart des jeunes de sa localité, fréquenté un collège secondaire, pris des leçons particulières et même reçu des récompenses à l?école. La preuve avec un roman qu?il nous montre fièrement et qui porte l?étiquette « Premier prix de biologie, chimie et anglais en Form IV » où son nom est inscrit. Étudiant au collège Mauritius, puis au collège d?État, SSS Basdeo Bissoondoyal, Rishi a eu une scolarité normale jusqu?à sa Lower VI.

Rien ne présageait que sa vie prendrait une tournure aussi dramatique. Brimades et disputes ont peu à peu pris le dessus sur sa vie. « Ban zenfan colez ti pe sikan moi. Mo ti pe malad, mo la tet fatigue, mo pa ti pe capav manze, mo pa ti pe gagn somey. Mo fin aret lecol lerla », raconte-t-il. Et son calvaire commençait à peine. Rishiraj s?est depuis peu à peu renfermé sur lui-même, sortant à peine de chez lui et ne fréquentant pas grand monde.

À dix-sept ans, le jeune homme se rend pour la première fois à l?hôpital psychiatrique Brown Sequard. Le diagnostic tombe. On le garde trente jours pour schizophrénie. Quand ses parents viennent le chercher, Rishi reprend tout doucement la vie. Il se trouve même un travail et assure la sécurité à la Compagnie mauricienne de Textile, mais son bonheur est de courte durée.

« Ban dimoun dan travay ti pe sikan moi, kan mo trankil zot rod bat mwa », explique-t-il. Même ses parents font les frais de remarques mesquines de l?entourage. Tout cela parce qu?il s?est rendu à l?hôpital pour se soigner. « Dan villaz dimoun koz mo koze, zot sikan mo ban paren, zot critik moi, zot dir mo fou », relate Rishiraj.

<B>Les préjugés : des barrières à la guérison</B>

Fruits de notre société mauricienne, les préjugés sont des barrières à la guérison de ceux atteints de maladies psychiatriques. « Le public ne fait pas son devoir. Les gens passent leur temps à critiquer, mais n?aident pas les malades à se réinsérer dans la société. Chacun a un rôle à jouer car le soutien de la famille, de l?entourage proche, dans la communauté comme au travail, est primordial. Souvent les gens provoquent la personne et celle-ci a tendance à rechuter. Il ne faut pas oublier que les maladies mentales sont des maladies comme les autres. Il faut arrêter de penser des choses négatives à l?encontre des malades. 92 % des personnes atteintes de ces maladies sont totalement normales », affirme le Dr Gaya, spécialiste en psychiatrie.

Rishiraj aussi est retourné plusieurs fois à l?hôpital psychiatrique, fatigué d?entendre les railleries des uns et des autres. « Lopital Brown Sequard, ban la dir moi pena nanyen, ki mo tou à fe normal », affirme le jeune homme. Persécuté par de nombreux voisins, il a souvent cédé à la violence, ce qui lui a valu récemment des soucis avec la police. « Zot fatig moi, zot dir moi to fou toi al bwar poison », raconte-t-il.

Pourtant, lui ne rêve que d?une seule chose : qu?un jour cessent toutes ces moqueries et qu?il puisse reprendre une vie normale. Frustré, découragé, Rishi avoue avoir déjà pensé au suicide et avoir écrit sa lettre en avance. Mais il ne perd pas espoir. Son désir le plus cher : Retrouver l?amitié. À tous ceux qui le tourmentent, il dit simplement : « Kan mo trouv zot mo envi zot retourn camarad avec moi. Mo ti a contan retrouve ene la vi normal et ki zot aret persekut moi. »

Les larmes aux yeux, sa mère sourit, elle aussi voudrait le voir se remettre d?aplomb et le voir vivre enfin. « Li bisin al en vainqueur », lâche-t-elle. Rishiraj a peut-être suivi un traitement psychiatrique, mais il est un homme comme les autres avec ses défauts, ses qualités, ses envies et ses passions. « Mo contant ecrir zistoire, ekut la misik, kozé, fer camarad », déclare-t-il. Ce qu?on lui souhaite de mieux c?est de reprendre goût à la vie et de se rendre compte qu?il est plus fort que les moqueries et la méchanceté. Car le ridicule ne tue pas et encore moins la critique.

De toute façon qui sommes-nous pour juger de la folie de l?un ou de la raison de l?autre ? Comme le dit si bien Frédéric II le Grand (Prusse) dans sa Lettre à Voltaire : « Ceux qui pensent être les plus sages sont les plus fous de l?espèce à deux jambes et sans plumes dont nous avons l?honneur d?être. »

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