Publicité

Revenus portés disparus

2 mai 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Revenus portés disparus

« Vous remboursez un emprunt ? », « c?est quand la dernière fois que vous êtes allé au cinéma ? », « vous pouvez-vous payer des loisirs ? ». Nos intervenants ont accepté de jouer le jeu. D?ouvrir une imposte sur leur fiche de paie, de détailler par le menu leurs revenus, leurs dépenses. Ce qu?ils consacrent à la « ration ». À condition de masquer leur nom. Berty, 52 ans, nous rencontre hors chantier. Du côté de Saint-Martin, où depuis 23 ans, il est ferrailleur chez General Construction. Pour entamer la conversation, on lui dit que son travail est physiquement éprouvant, lui sourit derrière sa moustache et dit, « Nou ki kone. Ena dimoun dir nou tap plein, me se pa vre. »

À la question frontale sur son salaire, Berty dit : « Sa moi la monn gagn Rs 7 400. » Chiffre qui ne prend pas en compte les heures supplémentaires. « Si mo ti fye zis mo saler mo pa ti pou kapav roul mo menaz. » Alors il « travay lanwit lizour » pour doubler ses revenus. Du coup, en mars, il a gagné Rs 14 248. « Bizin sipliye patron pou fer overtime. » Ce qui, en termes pratiques, allonge sa journée de 7 heures à 16 h 30 jusqu?à 19 heures, voire 20 heures. Pourtant, il trouve quand même le temps de planter quelques légumes dans le petit terrain à côté de sa maison à La Tour Koenig : de la laitue, des brèdes de Chine, des bringelles, des radis. Le tout pour sa consommation domestique uniquement.

Père de trois enfants ? deux déjà mariés et un petit dernier de 19 ans qui démarre tout juste dans la vie active ? Berty a à sa charge une épouse dépressive. «Dokter finn kondann li», précise-t-il. Du coup, elle ne peut pas travailler. Ce qui explique pourquoi, «mo servi boukou elektromenaze». Entre la télé, le frigo, la machine à laver qu?il a achetés à crédit sur une période relativement courte, Berty s?est retrouvé avec une série de dettes. En faisant le compte, il a trouvé qu?emprunter d?une banque pour solder ses dettes et ne rembourser qu?une somme par mois lui revenait moins cher. «Lintere magazin ti pe touy moi.» Pour avoir Rs 25 000, il a emprunté Rs 37 000 en 2006. à être remboursées sur cinq ans, ce qui lui fait une mensualité de Rs 1 100.

Faire les commissions à la fin du mois est un véritable marathon. Les grains secs chez les grossistes à la rue la Reine et la Corderie. Pour les conserves, il préfère les prix pratiqués chez Wing Tai Cheong. Pour le reste, «partou kot ena promosyon mo ale». Lui qui travaille à Saint-Martin et habite à La Tour Koenig peut se retrouver au Jumbo de Phoenix ou de Riche-Terre. Car Berty se débrouille pour profiter des «transpor biro» qui vont dans ces directions. «Dan trik trike mo pena supermarche fix.»

<B>Ne pas payer la totalité des factures </B>

Face aux augmentations de prix du lait, «seki gagne boir». Dans le cas du riz ration et des augmentations qui se profilent à l?horizon, Berty confie, «Mo pe anvi stoke me pena le moyen.» Déjà qu?au quotidien, il consomme du riz ration réservant le basmati pour le week-end et les jours de fête. Grand collectionneur des brochures publicitaires, il nous raconte qu?il n?achète qu?un seul journal le dimanche. Qu?il échange avec son fils qui est à Belle-Etoile et sa fille qui est à Montagne-Jacquot, qui achètent chacun un produit de presse différent.

Indranee de Rose-Belle nous donne discrètement rendez-vous sur un banc devant la poste de Rose-Hill. Elle a déjà en main un petit papier où elle a détaillé ses dépenses d?une famille où mari et femme travaillent, avec deux enfants. Première indignation : elle a dû «paye full» pour les frais d?examens de ses enfants, dont l?aîné est en HSC et le second en SC. «Gouvernman trouve mo pa dan kategori dimoun mizer.» Avec son mari chauffeur dans le privé qui touche Rs 17 000 et son salaire de Rs 8 000 comme administrative clerk, leur salaire combiné est de Rs 25 000, grâce ? elle le souligne - à l?endurance de son mari qui cumule les heures supplémentaires. Ses comptes montrent que ses dépenses excèdent ses revenus par Rs 2 450.

Son astuce : ne pas payer la totalité des factures d?eau et d?électricité, mais «less enn ti lake». Et attendre le mois suivant pour se réapprovisionner quand les céréales ou les yaourts sont épuisés à la troisième semaine du mois. C?est arrivé qu?elle emprunte un «petit dépannage» d?un proche. Mais elle réserve cela pour les cas d?urgence, comme quelqu?un qui serait tombé malade subitement. Pour assurer l?avenir éducatif des enfants, cette mère de famille soucieuse compte sur l?Employees Welfare Fund et autres secours publics. Quant à l?argent obtenu du fonds, elle l?a investi dans des actions du Credit Union. Ses loisirs : rendre visite à la famille. Pas question de cinéma ou de concert. Indranee ne sait même pas combien coûte une place.

Tout autant un «traser», Gassen Murugan, enseignant au Curepipe Road Government School. Avec 30 ans de service, ce « simple prof » touche Rs 16 500 par mois et se rabat sur les leçons particulières pour balancer son budget. «Fer bazar», il laisse cela à sa femme. Tout comme les autres articles de grande consommation. Car son salaire est «bouffé par les prêts qu?il faut rembourser». Celui pour la maison, le Credit Union et le Mutual Aid. «kouma tou dimoun», il court les promos et feuillette attentivement les brochures des supermarchés. Sa «seule chance» c?est que grâce à son réseau, il n?a pas à payer les leçons particulières de son enfant unique aujourd?hui en Lower Six. Ce qui lui fait économiser Rs 2 500.

Publicité