Publicité

Revenue Authority et Conseil socio-économique en gestation

22 juin 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

De temps à autre, nos journaux nous informent de faits et gestes de notre Revenue Authority ou de notre conseil économique et social, sans prendre toujours la peine de nous rappeler qu?ils étaient déjà en gestation, il y a un quart de siècle, et plus exactement dans l?euphorie électorale et militante des lendemains chantants du 11 juin 1982.

Ainsi, il est question d?un projet du Central Revenue Board, un possible ancêtre (ou f?tus, dirait un pro-avortement) de notre Revenue Authority. L?idée germe au cours d?une réunion de Paul Bérenger, avec des hauts fonctionnaires de son ministère des Finances. Déjà, on subodore une possible meilleure perception des revenus d?Etat, promis pourtant au gaspillage des fonds publics, une meilleure traque des professionnels de la fraude et de l?évasion fiscales, l?invention possible de guet-apens du style ?enregistrez-vous comme PME pour que le fisc obtienne plus sûrement vos coordonnées?. Le mot d?ordre aux Finances est déjà d?améliorer l?efficience. Tremblons contribuables.

Le projet de création d?un conseil économique et social a droit à un traitement encore plus privilégié. Il figure à l?ordre d?un Conseil des ministres tellement extraordinaire qu?il a lieu chez Jugnauth, à La Caverne, avant même la prestation de serment, au Château, des nouveaux ministres. Ils envisagent, avant même d?entrer en fonction, de créer un forum pour permettre aux personnes concernées (c?est plutôt vague et pas du tout raz-de-marée comme précision) de donner (à qui ?) leurs points de vue. Bérenger est chargé de présenter un mémo pour le premier Conseil des ministres dûment assermentés.

L?objectif est d?encourager le dialogue avec les différents secteurs économiques, sociaux, syndicaux de la société. On envisage que ce conseil économique et social pourrait faire office d?opposition officielle en raison de l?absence de toute opposition parlementaire. On fait ressortir que le National Economic Council de Ringadoo (un autre ancêtre) n?a pas donné les résultats escomptés.

Ce quart de siècle ou davantage d?existence même à l?état embryonnaire de projet d?un conseil économique et social pourrait faire l?objet d?un bilan des résultats et des réussites obtenues à ce jour. On peut se demander qui cela intéressera, tant dans les milieux gouvernementaux que dans ceux politiques ou économiques. Nous formons un peuple au sein duquel nul ne s?intéresse à ce que pensent et disent les autres. Les opinions publiées servent à noircir les colonnes hospitalières de nos journaux les plus citoyens. D?ailleurs, ils sont nombreux à paraître sans la moindre ligne d?opinion et se vendent aussi bien que ceux privilégiant le courrier des lecteurs. Vive le sensationnalisme et la presse people !

Nos journaux et plus particulièrement ceux, qui privilégient les articles d?opinion y compris ceux de leurs lecteurs, constituent, aujourd?hui encore comme de tout temps, le meilleur forum économique et social qui soit et ce, pour plusieurs raisons : (i) les opinions de ceux qui ont un message à faire passer sont rendus publics (ii) les lecteurs (et aussi électeurs) peuvent en prendre connaissance comme bon leur plaise, les lire et les relire, les discuter avec d?autres, les conserver (iii) ils peuvent même les commenter, les apprécier ou les critiquer (iv) nos ministres, les directeurs de nos corps para-étatiques et collectivités locales, ceux des institutions de la société civile, peuvent, s?ils disposent des services d?un attaché de presse ou d?une cellule de communications et de relations publiques, faire savoir s?ils entérinent ou s?ils contestent les points de vue publiés, les concernant plus ou moins directement. C?est cela l?esprit de dialogue. Les citoyens les plus responsables et les plus consciencieux pourraient alors participer à un débat vraiment national et non élitiste car ouvert à tous ceux qui s?y intéressent et ne coûtant que le prix de la gazette qui les publie. Mais autant participer au prochain numéro de la Collection Maurice de Rama Poonoosamy sur le thème des histoires les plus incroyables.

Henri Souchon a parfaitement compris cela, lui qui écrit, dans un hebdomadaire, à la fin de juin 1982 : ?Nos journaux, un patrimoine national?. Il commente : L?opinion publique est une grande force et les mass média la contrôlent. Notre presse écrite défend farouchement notre liberté. Des questionnaires d?examens aux faux documents libyens, ils restent sur la brèche. Argent et pouvoir menacent pourtant la presse écrite. La baisse du pouvoir d?achat tue nos journaux. Seul, un journal est foutu. Ensemble, ils forment une force avec qui il faut compter. Propriétaires de journaux et rédacteurs en chef doivent s?unir.

Il existe un moyen, depuis 1997, de retracer par ordre alphabétique la plupart des articles publiés par nos principaux journaux. Mais qui s?en soucie ? L?université de Maurice suspend son abonnement car les étudiants ne le consultent pas. A peine croyable ! Quel est le pourcentage de Mauriciens sachant qu?il existe un conseil économique et social ? Voilà pourquoi le gouvernement peut agir selon son bon plaisir à Maurice. Même cette réminiscence ne suscitera aucune réaction...

Publicité