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Retrouver le sens profond de l?être

4 octobre 2006, 00:00

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?C?est assez récemment que j?ai découvert le chemin de la ?méditation?. Comme tout prêtre catholique, j?avais été formé à la prière personnelle et silencieuse comme devant faire partie intégrante de ma vie spirituelle?, confie d?emblée le père Philippe Goupille. Dépositaire d?une expérience que ses maîtres spirituels ont prêché, le prêtre vit la méditation comme une ?lente et silencieuse incubation d?un texte biblique qu?on vient de lire afin de mieux le saisir et d?en goûter toute la saveur?. La méditation, ajoute-t-il, mène ensuite à l?oraison, une prière spontanée venant du coeur. Cet ensemble de prière en deux ou trois temps constitue encore une spiritualité individuelle très répandue dans les ordres religieux catholiques.

Cette expérience de la méditation va ensuite être confrontée, chez lui, à la signification qu?en donne un maître spirituel catholique, Ignace de Loyola. ?Durant la méditation, il nous invite à nous placer avec Jésus dans une scène des évangiles ; à voir, entendre, sentir ce qui s?y passe et nous laisser imprégner de la présence de Jésus, de son message. Des personnes utilisent aujourd?hui le mot visualisation dans un sens semblable ; se placer dans une scène, s?y voir, imaginer les autres personnages?, explique le père Philippe Goupille. Les bienfaits de cette forme de méditation, ajoute-t-il, ont été éprouvés depuis des siècles et elle continue d?avoir une place importante et légitime dans la tradition spirituelle chrétienne.

Ouvrir le chemin

La méditation est en soi une expérience continuellement renouvelée. Car elle ne peut être fixée. Ni même dans un texte religieux. Car elle sort du cadre coercitif du rituel. Selon des pratiques et croyances différenciées, elle se décline sous différents aspects. Ainsi Rafiq Hatteea, responsable du Cercle des mourides de l?océan Indien, estime que ?la majorité des musulmans a perdu la notion de méditation?. Pourtant, rappelle-t-il, l?islam naît avec la première révélation que reçoit le prophète Mohammad alors qu?il était en état de méditation.

En fait dès qu?on parle de méditation, irrésistiblement on délaisse le cadre de la religion. Le sens est ailleurs. Une pluralité de définition se decline. ?La méditation est un moyen très simple et naturel de pratiquer la relaxation. Il n?y a pas de sacrifice à faire ou des conditions spéciales à remplir pour la pratiquer?, assure Ashok Kaleechurn qui s?occupe de la communication au Brahma Kumaris Raja Yoga Meditation Centre. ?La méditation est un plongeon à l?intérieur de soi où on transcende le corps, la raison, l?intelligence pour pénétrer les sphères de l?âme et de l?esprit?, enchaîne Rafiq Hatteea.

Chacun propose ainsi une voie ou plutôt cherche sa voie qui est à la convergence des pratiques diverses. Rafiq Hatteea met ainsi l?accent sur le dialogue des différents modes de méditation. Ashok Kaleechurn insiste que la méditation pratiquée par les Brahma Kumaris s?éloigne des perspectives strictement religieuses. La démarche est simple : s?abreuver aux sources de l?authenticité où qu?elles se trouvent.

?L?individu devient une mosquée où sa tête représente une coupole vide et où le reste de son corps entre dans un profond silence?

C?est l?expérience qu?a vécue le père Goupille. Après avoir connu la méditation selon les principes d?Ignace de Loyola, il raconte comment il était à la recherche de quelque chose d?autre. Il va le découvrir en se mettant à l?écoute des autres religions dans le dialogue interreligieux. ?En même temps (est-ce par pure coïncidence, nul ne peut le dire ?) le cardinal Jean Margéot lançait un groupe de méditation chrétienne qui ne se référait à aucune de ces méthodes de méditation?, assure-t-il. Il s?agissait de retrouver une forme de prière contemplative sans image ou représentation, avec la seule répétition d?un mot sacré, d?un mantra.

?C?est une manière de prier qui rejoint beaucoup le type de prière de nos frères hindous et bouddhistes mais puisait aussi ses racines d?une vieille tradition chrétienne, celle de la ?meditatio?. Le mot latin ?meditatio? signifie ?stare in medio?, soit demeurer dans le centre. Par la simple répétition du mantra, nous nous tenons en notre centre. Ce n?est pas un acte de volonté, mais bien plutôt un acte de réceptivité. A cause de notre disposition d?accueil, le fait de redire notre mot sacré nous amène au mystère le plus profond de notre personne, nous ouvre à ?l?Esprit de Dieu?. En ce sens, la méditation est sans contredit une forme de prière contemplative, dépouillée d?images et de mots?, fait ressortir le père Goupille.

Simplicité et vérité

Les Brahma Kumaris préconisent, pour leur part, une méditation ancrée dans le simple. Le mysticisme qui l?entoure est évacué. On n?a pas besoin de trouver un endroit spécial. On peut rester les yeux ouverts. Le principe est de détendre toutes les parties de son corps, des jambes à la tête avant d?atteindre ?ce point où se trouve l?âme, entre les deux sourcils?. Il s?agit ensuite de se concentrer sur ce point de lumière jusqu?à ce qu?on quitte son corps. ?A travers l?âme, on voyage au ciel. Plus on monte, plus on est léger jusqu?au moment où l?on rencontre l?autre âme qui est l?être supérieur. Lorsqu?on revient, on sent la transformation et les nouvelles énergies positives?, souligne Ashok Kaleechurn. Il affirme que le moment idéal de méditation est à l?aube à 4 h 30 et 5 heures. Il ajoute aussi que la méditation peut servir de traitement contre le stress, l?insomnie, les angoisses, la peur?

En immobilisant son corps et le mental, précise Rafiq Hatteea, ?l?individu devient une mosquée où sa tête représente une coupole vide et où le reste de son corps entre dans un profond silence?. Cet état de silence et d?immobilité lui ouvre un space de quiétude. A ce stade, il s?éveille à un autre niveau de conscience, où un miroir lui renvoie les symboles de ses faiblesses. ?En soufisme (pratique mystique de l?islam), l?individu passe des états de rebelle qui lui ont causé des souffrances antérieurement à l?âme repentie avant d?aboutir à l?état de l?âme apaisée. A ce point, il est liberé et est en extase, retrouvant béatitude et paix?, dira Rafiq Hatteea. La méditation n?est réussie que si elle est pratiquée avec assiduité, expliquent nos interlocuteurs, car la personne se retrouve alors dans un état permanent de conscience éveillée.

Dans cette méditation, dépouillée d?images et de mots, dont fait état le père Goupille, le silence est également une règle d?or. Abondant dans le sens de Rafiq Hatteea qui rappelle la pensée à l?effet qu?un ?moment de méditation équivaut à plus que des années d?adoration routinière car l?individu fait ainsi l?expérience du divin en lui?, le père Goupille soutient qu?en faisant silence, qu?en restant immobiles dans la mesure du possible, ?nous nous rendons simplement présents à cette présence divine encore plus grande et incréée?.

?Notre démarche en méditant de cette façon et en répétant un mantra, n?est pas d?avoir des pensées sur Dieu, sur son Fils Jésus ou sur l?Esprit Saint. On cherche à réaliser quelque chose de différent. En nous détournant de tout ce qui pourrait être éphémère et sans importance dans le registre de nos pensées humaines, nous ne cherchons pas seulement à penser à Dieu, mais à être avec Lui, à expérimenter sa personne comme le fondement de notre être. A mon humble avis, il y a dans cette école de méditation un chemin privilégié pour approfondir le dialogue interreligieux à l?île Maurice?, explique plus longuement le père Goupille qui précise que son témoignage personnel, forcément incomplet et schématique, ne fait pas vraiment justice à toutes les autres écoles de méditation développées dans l?église catholique.

La voie au dialogue et aux rencontres est ainsi ouverte. Elle peut culminer à de riches avenues d?échange. Dans l?absolu, le mouvement vers le divin transcende forcément les définitions rigides et restrictives qu?on peut avoir. Mais il s?agit aussi d?éviter le piège des menus à la carte que quelques gourous ont développé, surtout dans le domaine de la méditation. Celle-ci nous éloigne du gouffre de ghettoïsation culturelle et de repli sur soi.

Cercles des mourides : obédience et ouverture

Le mouvement des mourides au sein de l?islam a connu un cheminement particulier. A Maurice, les mourides ont constitué une communauté qui réconcilie ouverture et stricte adhésion aux principes du Coran.

Au départ, il y a le cheik Ahmadou Bamba qui lance, vers la fin du 19e siècle, le ?mouvement mouridiyah? au Sénégal. Bien vite le mouvement se répand à d?autres pays avant d?atteindre l?île Maurice en 1987 grâce au cheik Abdoulaye Dièye (photo). Dès lors, le mouvement inspiré du soufisme (mystique musulmane) va se développer. Aujourd?hui, le cercle islamique des mourides de Maurice propose une voie initiatique qui vise à établir une relation non seulement d?intimité avec Dieu mais aussi relation d?amitié, avec un Dieu synonyme d?amour et non comme source de punition.

?La mouride se caractérise par une démarche d?inclusion et non d?exclusion?, explique d?emblée Rafiq Hatteea, responsable du Cercle islamique des mourides de l?océan Indien. Cette démarche d?inclusion se définit en termes de dialogue, d?ouverture et de rencontre. Ce qui peut aussi être mal compris par ceux qui se signalent par une vision traditionnaliste de l?islam.

Parmi les caractéristiques les plus importantes du ?mouridiyah? se trouve le principe du guide spirituel. Celui-ci initie et accompagne l?individu dans sa quête. ?Le mouridiyah encourage tous les humains à ne jamais cesser de découvrir la grandeur de ce Dieu qui agit avec discrétion et de se remettre à lui inconditionnellement. Pour nous, c?est cela l?islam profond et qui rejoint ces paroles du Christ qui dans la Bible dit : ?Que Ta volonté soit faite et non la mienne??, témoigne Rafiq Hatteea.

Le ?mouridiyah? reste la voie de l?imitation du prophète Mohammad. ?Imiter le prophète, c?est devenir soi-même une source de paix, de compassion et de bienfaisance?, insiste Rafiq Hatteea. Prendre le prophète comme modèle est l?acte fondateur de l?islam. Le ?mouridiyah? adhère entièrement à ce principe. Les disciples du mouvement ne font pas non plus de distinction entre les envoyés de Dieu et acceptent toutes les révélations sacrées. ?Selon les enseignements du Coran, Allah a envoyé un prophète à toutes les communautés. Le prophète Mohammad disait lui-même : ?Tous les phénomènes de révélation divine a été comme la construction d?un château où chaque messager de Dieu a apporté sa pierre de vérité? ?, fait ressortir Rafiq Hatteea.

Il y a ainsi dans le ?mouridiyah? une quête du juste milieu et le rejet des excès dans le but de rétablir le lien entre la mosquée et la cité. Le mouride rend compte de cette philosophie en se faisant l?incarnation du concept du service. On retrouve chez lui trois niveaux de service. D?abord le culte qu?il voue à Dieu pour exprimer sa reconnaissance envers son créateur. Ensuite le service qu?il rend à lui-même et qui implique une prise de conscience de ses faiblesses afin qu?il ne nuise pas aux autres et qu?il fasse l?effort de s?améliorer. Le fondateur Ahmadou Bamba dit d?ailleurs : ?La meilleure des connaissances, c?est la connaissance qui nous montre nos insuffisances.? Enfin il oeuvre de manière désintéressée dans le sens où son éventuel avoir soit dépourvu d?égoïsme. Le mouride se met aussi au service de l?humilité, de la générosité, de la simplicité, du pardon? afin de ne pas céder à l?orgueil, à la méchanceté, la jalousie, la rancune? ?Pour nous, c?est cela le vrai djihad, la vraie guerre sainte?, souligne Rafiq Hatteea.

Sans distinction de race, de classe ou de religion, le mouride se met au service des hommes car, comme le dit le prophète Mohammad : ?Toute l?humanité constitue une famille dont Dieu en a la charge. Le plus aimé de Dieu est celui qui fait preuve de plus de bienfaisance envers ses créatures.? Le mouride aspire à devenir un symble de solidarité humaine. De la mosquée à la vie en communauté, c?est tout un espace de solidarité qu?il doit vivre. C?est en cela que le mouride privilégie la voie interculturelle. Il prêche le dialogue permanent. ?Le dialogue interculturel, c?est une façon de dégager les valeurs universelles que recèlent toutes les formes de spiritualité?, souligne Rafiq Hatteea. C?est une nécessité qui répond à une injonction divine : ?Nous vous avons créé à partir d?un homme et d?une femme et nous avons fait de vous des peuples et des nations pour que vous vous entreconnaissiez?.

Le mouride aspire à un échange interculturel qui dépasse le simple cadre du dialogue. Aujourd?hui, la société a besoin de toutes les volontés pour combattre les fléaux. ?L?action de solidarité avec les autres cultures dépasse le simple cadre de la tolérance. C?est une approche de fraternité agissante. C?est la raison pour laquelle, nous pouvons autant citer Mère Teresa, Gandhi ou Nelson Mandela au même titre que des personnalités musulmanes. Le dialogue n?est pas notre invention. Le prophète le pratiquait déjà?, fait ressortir Rafiq Hatteea.

Dans la même logique, le ?mouridiyah? accorde une place spéciale aux femmes et aux jeunes. La femme participe au développement de la société. Elle doit être éduquée. Elle participe à toutes les instances de décision. ?Il incombe aussi à la femme de rester dans un cadre moral pour inspirer le respect à soi et aux autres afin de ne pas se faire exploiter?, assure Rafiq Hatteea.

A une époque de stigmatisation de l?islam, le ?mouridiyah? incarne une dynamique de foi et d?ouverture qui déconstruit le cliché d?un axe du bien opposé à un axe du mal. La confraternité semble être une voie naturelle. Sauf pour ceux qui, de tous bords, ont érigé le fondamentalisme en mode de vie et en idéologie politico-économique.

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