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Retour aux sources avec Doudoune
Mi-décembre 1981, une page de l?express, consacrée à Edwyn Froget, dit Doudoune, raconte un parcours professionnel sortant quelque peu de l?ordinaire.
Il a 70 ans, mais est un fougueux comme un jeune homme. Ses mains sont très? bavardes. Il se raconte, aux lecteurs de l?express, après 30 ans d?absence. Il qualifie ses retrouvailles, avec la terre de sa naissance, d?élixir de jouvence, élixir au goût de fangourin parfumé à la mangue.
Doudoune professe pourtant qu?on n?est jamais autant mauricien que loin du pays de Paul et Virginie. Comme tout déraciné, il n?a de cesse de recréer cette île Maurice, qui lui colle à la peau, là où il doit résider, au cours de son exil. Il cultive ses brèdes songe dans un drum d?eau sur son balcon. Il soigne ses plantations de petits piments est de brède giraumon.
Il commence à travailler à l?âge de 18 ans, après avoir étudié chez les Frères des Ecoles chrétiennes, école Saint-Jean Baptiste de la Salle, au Port Louis. Il est d?abord magasinier aux Travaux publics, aux casernes centrales. Il entre aux docks en 1930, toujours comme assistant-magasinier. Mais là? bonheur inestimable : son supérieur hiérarchique se nomme Jean René Noyau. Jean Erenne pour les littéraires. C?est l?époque de la rédaction de L?Ange aux pieds d?airain. Il essaye ses trouvailles au travail : -
A tel degré latitude sud
On crèverait de froid et d?ennui
Si les bourgeois n?avaient inventé
Le mécanisme calorifique des bêtises
Que faire
Pour faire de la littérature
Il faut au moins 20 balles
Le coût d?une raquette et des balles.
Que faire
l?hugolaterie aussi est à la mode.
On le traite de fou, il n?en a cure et reprend de plus belle : -
Prend garde à ton château de vieilles fables
Il t?en cuira de faire le rêveur, bourgeois
Ton olympe liliputien de carton mâché
Je le ferai sauter à coups d?épingle
Tandis que ton fouet me cinglera le dos
du fond de mon grand c?ur je prierai pour toi
ô toi qui ne sais pas ce que l?on sait de toi.
Peut-on entendre cela à 23 ans sans s?enflammer ? Que dire alors des nombreuses fois que Marcel Cabon vient rencontrer Jean Erenne et converser avec lui sur son lieu de travail et de réflexion. René Noyau est pourtant promu à l?économat. Doudoune s?en va travailler à Mon Loisir, et puis à Bel Ombre.
De 1948 à 1950, il convoie le sucre par voilier de Bel Ombre au Port Louis. Le côtier quitte Bel Ombre vers les 16 heures. Arrêt pêche à Baie du Cap. Une ligne, un boulon en guise de plomb, 4 ou 5 hameçons attachés à distance régulière. Toujours 3 ou 4 poissons dûment accrochés quand remonte les lignes. Les premières vieilles sont écaillées et vidées pour confectionner le bouillon de la soirée et de la traversée. Le reste de la pêche miraculeuse sera vendu au marché central. Le traversée reprend de plus belle pour atteindre le Cerné Dock vers les 23 heures. De bonne heure, le lendemain matin, les dockers déchargent le côtier qui repart vers Bel Ombre vers 8h30. A vide ou avec du mazout, des boulons, des tuyaux, bref tout ce que consomme le moulin de Bel Ombre.
Doudoune se souvient plus particulièrement de Chantal, le côtier de M. Maurel et qui échoue à Rivière Noire, en essayant de fuir le mauvais temps.
Mais auparavant, en 1928, à l?âge de 16 ans, Doudoune fait la connaissance de Rodrigues des temps margoze. Il campe alors chez des amis à la Baie du Tombeau. Ils décident de se rendre à Rodrigues à l?insu de leurs parents. Le voyage sur le pont du Zambezia leur coûte environ Rs 10 par tête de pipe. En 1928, il n?y a que 700 à 800 Rodriguais éparpillés sur leur île. A Port Mathurin, il n?y a que la résidence du magistrat, la maison du médecin, le bureau du câble et un boutiquier. Ils dorment à la belle étoile. Un poulet s?achète à 50 sous chez l?habitant. La tente de poissons vaut 25 sous. Les Mauriciens sont reçus comme des rois.
Après Bel Ombre, FUEL l?emballe et l?emploie à l?emballage. Il quitte pourtant Maurice, en 1954, pour Londres, où il travaille successivement dans une usine de transformateurs, comme garçon dans un restaurant et garçon d?étage. Il participe à la construction de la jetée de Southend-on-Sea, dans l?Essex. Il est aussi dispatcher au service du chemin de fer, puis chauffeur, aiguilleur, chef de station.
Vingt-sept ans d?exil mais il a toujours mangé mauricien. Au moins, un touffé de brède songe et du poisson salé snoek frit aux gros oignons, dans le pire des cas. Il paraît que ça rafraîchit la mémoire et entretient la nostalgie.
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