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Retour au pays natal d?Aurélie Talate

29 mars 2006, 20:00

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Aujourd?hui 30 mars 2006, une centaine d?élus du peuple chagossien remonteront le cours de l?amer temps à bord du Trochetia. Pour le bateau de la République, ce sera un voyage initiatique, car au bout du quatrième jour, il aura fait son premier trajet entre la patrie indépendante et l?archipel perdu.

A bord du bateau-fleur, une Chagossienne porte dans la trajectoire de son regard-phare toute la douloureuse épopée de son peuple. Aurélie Talate attend cet instant unique où le Trochetia accostera l?île d?Aigle.

Elle sait que son père sera là, tel Moïse se frayant un passage dans les flots en furie pour conduire son peuple à bon port. Tel qu?il l?était le soir du 20 juin 1935, lorsque le Diégo se retrouva drossé sur les récifs de l?île d?Aigle par une violente tempête. Parmi l?équipage et les passagers se trouvaient le capitaine J. H. Mazoué et son second, le capitaine R.Bérenger, ainsi qu?un jeune prêtre français, Roger Dussercle, ?missionnaire aux îles?.

Dans son rapport complémentaire concernant le sauvetage des passagers et des marins, le jeune prêtre ?naufragé du Diégo? raconte l?acte d?exceptionnelle bravoure du ?laboureur de l?île d?Aigle?, Arthur Talate, et conclut : ?Si jamais décoration mérite d?être décernée, c?est bien à Arthur Talate, dont le courage, le grand coeur nous a épargné la douleur de voir plusieurs des nôtres emportés par la mer?.

Arthur Talate aura droit à un article fort élogieux dans le Times de Londres sous le titre ?Sea Heroes? et une médaille, comme annoncé dans le communiqué officiel émis le 2 juin 1936 : ?The Officer Administering the Government will present at Government House, Port-Louis, at 11.15 a.m on Tuesday 9th June, the Silver Medal conferred by Lloyds on Arthur Talate for life saving at sea on the occasion of the loss of the British ship Diégo at Eagle Island on June 20th, 1935.?

Des documents ainsi que de la médaille et du certificat remis à son père, Aurélie n?a aucune trace. Le départ en exil forcé avait été d?une telle brutalité, pa ti gagn letan ramas bann zafer. Les cyniques combines anglo-américaines pour vider les Chagos de toute trace humaine native ont depuis été maintes fois étalées au grand jour. Comme par exemple, cet infâme renoncement au droit de retour au pays natal proposé à chaque Chagossien en contrepartie d?une compensation financière, ou le chantage d?un passeport BIOT bidon, ou encore l?octroi d?une nationalité tronquée par des Orders in Council.

Au bout d?une si longue et inlassable lutte, les déracinés des Chagos ont compris qu?il ne s?agit pas d?un combat pour une pièce d?identité alien, mais pour leur identité inaliénable. Non plus Ilois ? terme générique et indéfini ? mais Chagossiens.

Au bout d?une si longue et inlassable lutte?Toute la communauté chagossienne se souvient encore de cette grève de la faim entamée le 16 mars 1981 en face de la British High Commission par huit Chagossiennes, dont une vieille femme de 76 ans, Madame Christine Bi. La plus longue de toute l?histoire de Maurice, la grève de la faim durera vingt jours et forcera les autorités britanniques à s?asseoir à la table des négociations.

Au fil des années et des combats de plus en plus durs, les Chagossiens finiront par se rendre à la dure évidence : le droit de retour au pays natal n?est pas négociable. Qu?importe s?il faut subir l?humiliation des formalités d?immigration pour rentrer chez eux, l?interdiction de prendre le pays en film ou photo, l?obligation de regagner le Trochetia tous les soirs ; dans quelques jours, ils embrasseront la terre maternelle, retrouveront le goût du lait de coco, fleuriront les tombes des ancêtres et feront le tour des Six-Iles pour s?assurer que le compte est bon.

En attendant le jour où les Chagos seront enfin rendues aux Chagossiens, les Chagossiens se rendront aux Chagos. Aujourd?hui, 30 mars 2006, au moment où le Trochetia lèvera l?ancre, des milliers de personnes à Maurice et de par le monde suivront le voyage du bateau-fleur.

<I> ?La communauté chagossienne se souvient de cette grève de la faim entamée le 16 mars 1981 en face de la British High Commission par huit Chagossiennes, dont une vieille femme de 76 ans.?</I>

Leur engagement n?aura pas été vain. Tout comme le combat de ceux qui ont été parmi les premiers à soutenir la lutte chagossienne. Je pense en particulier à Kishore Mundil, Coll Venkatasamy, Alain Laridon et d?autres camarades regroupés au sein de divers comités et fronts de soutien ; aux frères Elie et Sylvio Michel à travers l?Organisation fraternelle ; à Bam Cuttayen, Odile Chevreau et Zul Ramiah pour leurs chants mobilisateurs.

Sur le plan international, un des tout-premiers militants de la cause chagossienne fut un pasteur britannique, George Champion. Dès 1975 il avait lancé un mouvement d?action solidaire, 1966 Society for Diego Garcians in Exile, l?année de référence étant celle du début du calvaire des Chagossiens.

Peuple exilé, pays interdit (David Constantin), nation volée (John Pilger) : une brèche s?ouvre et offre l?espoir du retour, du libre accès et de la restitution. Rendre Chagos aux Chagossiens.

Vinesh Y. Hookoomsing

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