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Responsabilité collective

10 octobre 2006, 00:00

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Le Premier ministre veut reprendre la main. Donner une nouvelle impulsion à la réforme économique de son gouvernement. Se montrer assez sage pour reculer là où le rationalisme économique fait abstraction des considérations politiques sociales. En un mot, Navin Ramgoolam joue sur le tableau de la solidarité avec son grand argentier sans toutefois lui accorder le blanc-seing qui pourrait compromettre sa popularité.

Ce n?est qu?après la présentation de son premier budget, nourri du creuset de l?économie de marché, que le gouvernement a pris ses marques. Après avoir laissé croire que le miracle était possible sous un gouvernement de l?Alliance sociale, il fallait gérer le désenchantement. Ce que les dirigeants ont eu toutes les peines à réaliser. Paralysés, ils en étaient réduits à pratiquer l?omerta. Il était évident que personne, au sein du gouvernement, ne voulait s?aventurer sur la voie d?un soutien trop poussé à la politique de réformes économiques jusqu?à ce que le Premier ministre ne prenne lui-même l?initiative.

Il fait ainsi le choix de parler vrai. La meilleure façon de susciter le sens de responsabilité chez les citoyens. C?est aussi la posture idéale pour projeter l?image d?un chef de gouvernement qui peut prendre de la hauteur. Il annonce donc une politique de l?action. Evitant la facilité de tout mettre sur le compte du précédent gouvernement, il fait appel au bon sens des Mauriciens. Comme signe de sa bonne volonté, il revient même sur certaines mesures annoncées dans le budget. Il ne s?agit pas, pour lui, de faire volte-face mais de démontrer sa capacité d?écoute.

La tâche reste cependant pénible à tous les points de vue. Dans un pays qui ne pratique ni le dialogue social ? soit cette opposition des idées qui aurait permis de confronter les politiques officielles aux contre-propositions de la société civile ?, ni le réformisme - soit la capacité de rompre avec des modèles anciens], c?est un véritable travail d?Hercule que de déconstruire cette inclination naturelle au conformisme et à l?immobilité. Mais encore faut-il savoir quelle orientation donner au mouvement ?

A ce stade, le gouvernement peut s?estimer heureux. Il jouit encore d?un crédit non négligeable auprès d?une bonne part de l?opinion même si sa cote de popularité ne cesse de s?éroder. Il lui reste donc encore du temps pour architecturer son changement même s?il existe des signes d?une impatience populaire.

Jusqu?ici le parti du mouvement traduit une double volonté. Un alignement au déterminisme économique des gourous de la finance mondiale, qui témoigne d?une certaine impuissance de la politique, et une aspiration au progrès qui a la particularité de ne pas intégrer les classes sociales les plus vulnérables dans la dynamique de modernisation.

C?est le danger qui guette ce gouvernement. L?impératif de se connecter à l?avenir s?accompagne trop souvent de l?impression que nos dirigeants sont déconnectés des réalités socioéconomiques du pays. Samedi dernier, le Premier ministre n?a pu nous convaincre du contraire. Ses notes de compassion, ses appels au sacrifice illustrent les limites de son action politique qu?il essaie de masquer par les talents de manager de son ministre des Finances.

Or, quoi qu?en dise le Premier ministre, l?île Maurice sociale est en panne. Le pays doute et forcément ne peut pas cesser ?de penser à Ramgoolam? pour se penser lui-même. Le Premier ministre a, dans un tel contexte, la responsabilité d?affirmer un grand leadership. Un grand homme d?état, disait François Mitterrand, c?est quelqu?un qui porte une vision. Autrement, on n?est qu?un chef de bande. Navin Ramgoolam est condamné à se transcender pour nous convaincre de cela.

Entre-temps, les soutiens calculés et timorés au projet réformiste ressemblent trop à une stratégie de clientélisme politique pour susciter la nécessaire adhésion et élan auprès de la population.

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