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Renverser l?inégalité
La pulsion qui pousse un homme à défigurer sa femme relève-t-elle de l?amour ? Définitivement non. Quel sentiment peut donc inciter un conjoint à devenir une bête, armée d?un sabre, d?un cutter, d?un couteau et attenter à l?intégrité et à la vie de sa femme ?
Vythilingum Ramachundren ne supportait pas le départ de Veena. Il l?a défigurée. Ravin Bappoo a massacré Sandhya à coups de sabre. Il n?admettait pas qu?elle l?ait quitté. Jalousie et possessivité sont leurs seules motivations. La violence est un langage. Celui d?une personne exerçant ou voulant exercer, un rapport de domination. Aucun sentiment noble là-dedans. En cela, les hommes du monde entier se rejoignent.
Car Maurice n?est pas la seule à laisser subir cette violence à ses femmes. Dans son édition du 9 septembre, Libération titre ?En France, des femmes tuées en silence?. Une femme tous les deux jours a péri sous les coups de son conjoint du 29 juin au 29 août.
Cette violence masculine intervient majoritairement lorsque qu?il y a rupture, que la femme va ou a quitté son mari. Les femmes sont, comme les Mauriciennes, plus en danger d?être tuées lorsque leur conjoint perçoit que leur séparation est irréversible. Libération cite Patricia Mercader, professeur d?université : ?La plupart des hommes tuent par jalousie ou parce que leurs conjointes les a quittés ou parce qu?ils craignent d?être quittés.? La sociologue Helga Sobota, qui a étudié les crimes passionnels, rejoint cette analyse : ?comme si l?idée que leur femme puisse appartenir à quelqu?un d?autre était au-dessus de ce qu?ils sont capables de comprendre?. ?Appartenir?, voilà un des mots clefs. Dans nos sociétés viriarcales ? cela dépasse le patriarcat, car l?homme, qu?il soit père ou non, garde le pouvoir ? la femme appartient à l?homme. Et il veut à tout prix la posséder.
Puisque l?on constate ainsi que cette violence a un profil bien spécifique, pourquoi ne pas nous inspirer de l?Espagne. Face à des chiffres catastrophiques, le gouvernement de ce pays a approuvé en juin un projet de loi ? sur la violence de genre?. La loi a pour objectif de ?lutter contre la violence, qui en tant que manifestation de la discrimination, la situation d?inégalité et les relations de pouvoir des hommes sur les femmes, s?exerce sur elles?, qu?elles soient ou aient été conjointes ou qu?elles aient des liens sentimentaux, sans forcément vivre avec l?homme.
Cela a déchaîné les passions dans ce pays puisque la loi ne s?adresse qu?aux violences faites aux femmes par les hommes. Certains ont crié à l?anticonstitutionalité de cette discrimination positive. Mais l?ampleur du problème était devenue telle qu?il fallait réagir au plus vite. Le gouvernement, par la voix de Jesus Caldera, le ministre du Travail, répond qu?il fallait avant tout ?corriger et inverser la situation d?inégalité qui touche fondamentalement les femmes, pas les hommes?.
Cette loi est intégrale, multidisciplinaire. Elle commence par introduire une nouvelle matière à l?école, enseignant le respect de l?égalité entre hommes et femmes, de la maternelle au secondaire. Les matériels scolaires seront ainsi revus. Elle poursuit avec la publicité et considère illicite l?association d?un corps féminin avec un produit concret.
Autre aspect : le soutien aux victimes. La loi propose la création de services d?écoute et d?information immédiate qui offrent un premier conseil légal et psychologique, de centres d?urgence pour aider les femmes et leurs enfants et des centres de récupération. Les collectivités locales participent au projet, offrant assistance juridique spécialisée et gratuite, et aides économiques et sociales, pour survivre et trouver un emploi. De plus, les victimes bénéficient de droits du travail particuliers, tels que la flexibilité de leurs horaires.
Tout un arsenal juridique sera mis en place, notamment des juges d?égalité et des affaires familiales dans chaque province. Ils pourront appliquer différents moyens de protection, dépendant de la gravité de la situation : expulsion du domicile de l?agresseur, suspension des communications, droit de garde limité, suspension des visites, retrait de l?autorité parentale?
Les peines contre les agresseurs sont renforcées. Un procureur contre la violence contre la femme sera créé dans les tribunaux. Et, très important, toute une unité policière sera spécialisée dans la prévention de la violence contre les femmes et le contrôle des mesures judiciaires adoptées contre l?homme.
Pour finir, la loi propose la création de nouveaux organismes administratifs tels une agence gouvernementale contre la violence de genre, un observatoire national de la violence sur la femme, ainsi que des unités de prévention et des programmes destinés aux agresseurs en prison.
Ici, où cette violence faite aux femmes a tellement bien été intériorisée que certaines pensent qu?elles le méritent, qu?elles hésitent à quitter leur mari violent car elles savent que ce geste peut les conduire à la mort, cette loi pourrait servir de modèle. On l?a vu, les Protection Orders sont insuffisants. Les policiers, des hommes souvent, ne sont peut-être pas trop motivés et ont peu de moyens de contrôle. Mais évidemment, il est difficile d?attendre quelque chose d?un Parlement où siègent 4,3 % de femmes.
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