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Remous autour d?une mutation à la Banque centrale
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Remous autour d?une mutation à la Banque centrale
Le chef a-t-il toujours raison ? Daneshwar Doobree, n° 2 de l?administration à la Banque centrale, n?en est pas convaincu. Il refuse d?obéir à son patron, Rameswurlall Basant Roi, qui lui a intimé d?être le nouvel interlocuteur direct des banquiers et cambistes. Il estime ne pas avoir les compétences nécessaires. Devant l?intransigeance du gouverneur, il a cessé de venir travailler et a, hier, sollicité l?arbitrage de la Cour suprême.
Daneshwar Doobree devait assumer les fonctions de Head of Banking and Currency Division depuis le 6 novembre. Mais cela fait des jours que le coursier de la Banque centrale essaie de lui délivrer sa lettre de mutation. Il est contraint à faire demi-tour devant la grille restée résolument fermée de la résidence de Doobree, à Quatre-Bornes. En attendant, Vijay Kumar Sonah, l?actuel titulaire, reste en poste.
Daneshwar Doobree compte trente ans de carrière à la Banque de Maurice. Il a débuté comme préposé de bureau et a gravi les échelons jusqu?à devenir assistant secrétaire administratif en 1997. Il détient un master en gestion des ressources humaines, un MBA et un diplôme universitaire en économie. Il prépare un doctorat en administration.
?Mes subordonnés sont plus qualifiés que moi?
Il motive son refus du changement d?affectation en faisant ressortir qu?il n?a ni les aptitudes ni l?expérience nécessaires pour traiter avec les banques commerciales et superviser le fonctionnement du marché des devises. Il estime que cette fonction demande des compétences pointues qu?il ne possède pas. ?On me demande de diriger un département où mes subordonnés sont plus qualifiés que moi?, fait-il ressortir dans sa plainte rédigée par l?avoué Sivakumaren Mardemootoo.
Cet argument est jugé non recevable à la Banque centrale. On y fait ressortir que la mutation de Daneshwar Doobree s?inscrit dans le cadre d?une politique de rotation aux postes-clés de l?institution, entérinée dans le sillage de l?affaire MCB-NPF. Celle-ci relevait d?une malversation dans la gestion d?un dépôt de plus de Rs 800 millions du Fonds national de pension à la Mauritius Commercial Bank.
Il est généralement admis qu?un détournement de cette envergure ne pourrait réussir sans la collaboration de tout un réseau de personnes-clés. Tirant les leçons de ce scandale financier, le gouverneur Rameswurlall Basant Roi avait été un des premiers à dire que le meilleur moyen de prévenir la formation de tels réseaux est d?appliquer une rotation face aux personnes affectées à des postes stratégiques.
La mutation de cadres de la trempe de Daneshwar Doobree serait une conséquence de cette conviction. ?Maintenir une personne dans le même poste en permanence peut mener à la corruption?, souligne un porte-parole. Il fait remarquer que l?assistant secrétaire n?est pas le seul à être concerné par la rotation. Yandraduth Googoolye, l?adjoint au gouverneur, a quitté la supervision pour intégrer les opérations, suivant cette même logique.
Mais Daneshwar Doobree ne voit pas les choses du même ?il. ?Les employés de la Banque centrale ne savent rien d?une quelconque politique de rotation. Aucune communication officielle ne leur a été faite à ce sujet. Ceci est bien la première fois qu?un assistant secrétaire administratif est soumis à la rotation. Cela a été fait de manière unilatérale?, se plaint-il.
Le plaignant souligne que le poste d?assistant secrétaire comprend certaines responsabilités spécifiques qui ne se prêtent pas à la rotation. Du reste, dit-il, il n?a jamais reçu la moindre formation qui pourrait l?aider à traiter avec les institutions financières et les compagnies parapubliques. Ces transactions impliquent des centaines de millions de roupies à la fois, de quoi donner des nuits d?insomnie à celui qui n?en maîtrise pas les tenants et aboutissants.
Prendre toutes les précautions
Daneshwar Doobree en conclut que sa mutation à la division banque et devises ne sera dans l?intérêt de personne, surtout pas de celui du pays. A son avis, en le contraignant à accepter le changement de poste, la Banque centrale agit en violation de son propre statut qui l?engage à réguler le marché monétaire dans les meilleurs intérêts du développement économique de Maurice. Il estime que la décision de le muter est déraisonnable, illogique et relève d?un abus d?autorité.
A la Banque centrale, on ne donne aucune indication qu?on est sensible à l?argumentaire de Daneshwar Doobree. La Banking and Currency Division est un département-clé et ici plus qu?ailleurs, il y a lieu de prendre toutes les précautions pour prévenir la corruption, insiste-t-on. L?assistant secrétaire administratif est prévenu : s?il continue à jouer les récalcitrants, il fera l?objet de sanctions.
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