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Remaniement ministériel après la démission de Blunkett
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Remaniement ministériel après la démission de Blunkett
Alors que se profilent au printemps prochain des élections législatives en Grande-Bretagne, un membre-clé du gouvernement de Tony Blair, le ministre de l’Intérieur David Blunkett, a démissionné mercredi sur fond d’allégations d’abus de pouvoir. Blunkett est un proche allié de Blair et sa réputation de fermeté en matière de lutte contre la criminalité et de renforcement de la sécurité intérieure faisaient de lui un atout pour les Travaillistes face au Parti conservateur, généralement jugé plus compétent dans ce domaine.
On s’attend à ce que Blair convoque des élections générales pour mai 2005. “C’est un coup très dur pour Blair que de perdre un ministre qui partageait toutes ses positions sur le maintien de l’ordre, et qui lui était extrêmement loyal”, a déclaré à Reuters Philip Stephens. Blair a couvert de louanges son ministre démissionnaire, qui a quitté son poste les larmes aux yeux.
“Votre intégrité est intacte alors que vous quittez le gouvernement et votre travail est reconnu par tous”, a-t-il écrit dans une lettre adressée à Blunkett, qu’il a qualifié de “force du bien” sur la scène politique britannique. Un porte-parole a fait savoir que l’actuel ministre de l’Education, Charles Clarke, considéré lui aussi comme l’un des poids lourds du gouvernement, prendrait la tête du ministère de l’Intérieur.
Une démission potentiellement génante
Le portefeuille de l’Education reviendra à Ruth Kelly, ministre du “cabinet office”, équivalent du secrétariat général du gouvernement. Kelly est créditée d’un bilan positif en tant que ministre du Trésor, un précédent poste.
Elle sera remplacée par David Miliband à la tête du “cabinet office”, dont le rôle est de favoriser une bonne coordination et communication au sein du gouvernement.
La démission de Blunkett intervient alors qu’il est la cible, depuis quelques semaines, d’allégations selon lesquelles il se serait servi de sa position au gouvernement pour faire obtenir plus rapidement un visa à une nourrice philippine employée par l’une de ses anciennes maîtresses, l’éditrice d’origine américaine Kimberly Quinn.
Une enquête sur cette affaire de visa est toujours en cours mais Blunkett a expliqué qu’il avait sans le vouloir accéléré la procédure en rédigeant une lettre dénonçant, de manière générale, la lenteur des délivrances de visas. “Même si je n’ai rien fait de mal, il est vrai que la délivrance de ce visa a été accélérée”, a déclaré mercredi Blunkett. Selon des analystes, la démission de Blunkett pourrait s’avérer gênante pour Blair, qui l’a défendu jusqu’au bout.
Le Premier ministre s’est vu reprocher d’avoir court-circuité l’enquête indépendante sur cette affaire en se disant certain que son ami et allié serait blanchi. “(Le soutien public de Blair à Blunkett) sera perçu comme une erreur de jugement et il sera critiqué pour cela”, estime ainsi Patrick Dunleavy, analyste à la London School of Economics.
Les pressions allaient croissant ces derniers jours sur le ministre de l’Intérieur en raison des critiques qu’il a formulées, dans une biographie, contre certains de ses collègues du gouvernement.
Il a ainsi déclaré que le secrétaire au Foreign Office, Jack Straw, avait laissé le ministère de l’Intérieur dans un état lamentable, qualifiant d’autres ministres de “mous” 14et “faibles”.
Blair, arrivé au pouvoir en 1997, devrait remporter l’an prochain un troisième mandat même si c’est avec une majorité réduite. Mais le départ de Blunkett donne des munitions aux Conservateurs face aux Travaillistes, qui ne se sont pas privés de dénoncer les malversations ayant entaché, selon eux, la longue période durant laquelle la droite a été au pouvoir. Quant à Blunkett, il a fait savoir qu’il s’impliquerait dans l’effort électoral des Travaillistes.
Katherine BALDWIN Madeline CHAMBERS
PORTRAIT
David Blunkett : l’aveugle à la main ferme
David Blunkett, qui a démissionné mercredi de son poste de ministre de l’Intérieur, était pressenti pour devenir le premier chef de gouvernement britannique aveugle. Des allégations d’abus de pouvoir, qu’il nie, et les critiques qu’il a formulées à l’encontre d’autres membres du gouvernement de Tony Blair l’ont cependant poussé à quitter le Home Office. En poste depuis 2001, Blunkett a mené de front avec Blair le combat contre le terrorisme et devait faire voter de nouvelles lois contre l’insécurité avant les élections législatives prévues en mai prochain. Né le 6 juin 1947, Blunkett s’était fait un nom en politique comme conseiller municipal radical de sa ville natale de Sheffield. Ardent militant de la classe ouvrière, il n’avait pas hésité à qualifier Margaret Thatcher de dictateur.
Aussi de nombreux membres de la gauche ont-ils manqué de s’étouffer devant sa détermination à faire passer des lois anti-terroristes draconiennes et sa haine du politiquement correct. “Il y a du sang arbitraire qui coule dans le sang de David Blunkett”, écrivait Mark Seddon, rédacteur en chef de la Tribune, magazine de gauche. “Il est à l’évidence un homme politique compétent. Il inspire le respect plus que l’affection.” Blunkett était ministre de l’Education lors du premier mandat de Blair. Ferme mais apprécié. Blunkett a adopté une ligne dure sur les questions d’immigration et des droits de l’homme, ce qui l’a poussé au conflit avec des organisations comme Amnesty International. Un membre du Parti trvailliste n’a d’ailleurs pas lésiné sur la comparaison : “C’est comme si David Blunkett prenait ses leçons de jurisprudence sur Robert Mugabe”. Entré au parlement en 1987, cet aveugle de naissance s’y déplace grâce à son chien Sadie.
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