Publicité
?Rejeté parce qu?il avait le sida?
Cela n?arrive qu?aux autres. Ils sont encore trop nombreux à le penser en ce qu?il s?agit du VIH/Sida. Jusqu?à ce qu?un proche découvre sa séropositivité? Hélène ? prénom fictif ? fait partie de ceux-là. Elle a découvert la séropositivité de son frère mais en sus du choc, elle et les siens ont dû affronter l?ostracisme d?autres proches qui, du coup, ne les trouvaient plus fréquentables.
La découverte récente de la séropositivité d?un autre proche la plonge une fois de plus dans le désarroi. Récit, alors que le pays célèbre aujourd?hui la Journée mondiale du sida.
Hélène n?est pas de celles qui aiment attirer l?attention sur elle. Elle préfère au contraire se faire toute petite. À presque raser les murs. Mais cette quadragénaire porte au fond du regard le reflet de profondes meurtrissures. Elle l?admet. ?Je porte effectivement en moi une déchirure due à l?incompréhension des autres à mon égard. Autant mon frère s?en fichaitque nos proches s?éloignent de lui, autant à moi cela m?a fait terriblement mal.?
<B>?Ma souffrance était terrible?
Avant d?apprendre la terrible nouvelle, Hélène avait entendu parler du VIH/Sida. Comme tout le monde. C?est au cours d?un séjour à Maurice que son frère, qui est gay et qui vit à l?étranger, se rend à l?hôpital de Moka en raison d?un trouble oculaire persistant. Il se prête à plusieurs examens dont un prélèvement sanguin.
Convoqué par la suite au laboratoire de l?hôpital Victoria, on lui apprend sa séropositivité. Il l?annonce à ses proches pour qui cette nouvelle fait l?effet d?une bombe. ?Ma mère et moi, nous étions désemparées. Mon frère avait des projets. Il allait repartir à l?étranger et cette nouvelle est venue contrecarrer ses plans.?
Etant ?bel homme et toujours bien mis?, le frère d?Hélène ne se met pas martel en tête. Il décide de rester à Maurice. Hélène a du mal à accepter que son frère chéri vive avec une épée de Damoclès sur la tête. ?J?étais émotionnellement consumée. Mon frère, mon sang, vivant avec le VIH/Sida, je ne pouvais accepter l?idée. Mais devant lui, j?essayais autant que possible d?y faire face. Je l?aidais au maximum, mais parfois ma souffrance était terrible.?
Celle-ci devient intolérable lorsque les proches prennent leur distance. ?Les membres de la famille proche ont mal digéré la nouvelle et se sont éloignés de nous. Mon frère n?en avait que faire.? Son frère finit tout de même par perdre de sa superbe lorsque son apparence physique change et qu?il se met à présenter les symptômes cutanés du VIH/Sida. ?La maladie le vidait de sa substance. Il faiblissait.?
Bien que les traitements soient gratuitement fournis par l?Etat depuis 2002, il ne prend pas ses antirétroviraux régulièrement. ?Il a baissé les bras. Il n?a pu supporter que la maladie affecte autant son physique. Il disait souvent qu?il allait bientôt mourir. J?avais beau essayer de le raisonner mais c?était peine perdue.?
L?an dernier, il est hospitalisé pendant trois mois et n?arrive même plus à descendre du lit. Prévention, information et lutte contre le sida (PILS) prend alors le relais et encadre son frère jusqu?à la mort de celui-ci. ?Ma famille et moi, nous devons beaucoup à PILS. Ils ont été formidables envers mon frère.? Depuis sa disparition, Hélène gère le vide.
Elle pensait en avoir terminé avec les épreuves. C?était sans compter avec la nouvelle qu?un autre de ses proches est porteur du VIH/Sida.
<B>?J?évite l?amitié?
?J?étais furieuse quand j?ai appris cela. Pas contre cette personne, mais contre la situation. J?ai l?impression de revivre le même cauchemar. Et ce proche réagit de la même façon que mon frère. Il est imperméable à tout conseil et ne suit pas ses traitements.?
Hélène s?est refermée comme une huître. ?Aujourd?hui, j?évite les gens. J?ai tellement été blessée par le rejet que les gens ne m?inspirent aucune confiance. J?évite l?amitié.?
Hélène demande aux personnes apprenant qu?un des leurs est séropositif de ne pas rejeter ce dernier. ?La maladie frappe tout le monde. Les gens doivent se dire qu?il n?y a pas que ceux ayant un comportement à risque qui contractent le VIH/Sida. Il faut soutenir les personnes vivant avec le VIH/Sida car c?est dans ces moments-là qu?elles ont le plus besoin d?être soutenues et aimées.?
Bien qu?elle soit encore meurtrie, Hélène envisage de se mettre un jour au service des séropositifs. ?Au lieu de vivre avec ce passé lourd de chagrin qui ne m?apportera rien, je voudrais soutenir les personnes vivant avec le VIH/Sida. C?est seulement quand on est passé par-là que l?on connaît leur souffrance. À la longue, je m?engagerai??
Publicité
Publicité
Les plus récents