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?Regulatory Failure? ?
Les malversations, les conflits d?intérêts, la comptabilité dissimulatrice et l?impuissance des conseils d?administration sont en train d?éclabousser le ?Corporate Mauritius?. Mais toutes ces révélations ne sont-elles pas en fait des séquelles de plusieurs années de laxisme ?
Quand l?économiste Adam Smith postulait que la recherche de l?intérêt personnel mène à la réalisation de l?intérêt général, il prônait une liberté éclairée ? il était loin d?être un utopiste qui ignorait la cupidité. La propension aux dérives s?est manifestement accentuée avec l?expansion du capitalisme. L?ampleur, certes, varie selon le contexte.
Le capitalisme est-il pour autant responsable de ces dérives ? Pas si sûr. Comme la religion, le capitalisme peut s?avérer un moyen efficace de s?épanouir. En revanche, une approche dogmatique réduit ce moyen à une finalité qui ouvre la voie à l?éphémère : une bulle ne peut se gonfler indéfiniment, elle finit par exploser.
En recherchant en permanence l?intervention de l?État pour prospérer, l?élite de la communauté des affaires pervertit les lois du marché et démotive les entrepreneurs à l?imagination plus créative. En ne prenant quasiment aucun risque, cette élite empoche des récompenses disproportionnées. Sans vergogne, elle pontifie sur les vertus d?un capitalisme fondé sur la compétition tout en pratiquant celui du genre ?crony?.
Le pouvoir d?auto-régulation du marché se trouve ainsi surestimé. Pour rétablir l?équilibre entre la confiance dans l?économie libérale et la sauvegarde des intérêts des citoyens, il y a l?urgence d?un État fort, capable d?agir en régulateur indépendant à travers divers organismes. Cette quête, il faut l?admettre, n?est pas toujours accessible car il existe toujours un impératif pour promouvoir malgré tout la fructification du capital. Sans, évidemment, que ce ne soit un prétexte pour manifester naïvement une solidarité avec les opérateurs.
L?essentiel, pour justement minimiser l?impact d?un penchant démesuré, est de favoriser la concurrence. Pour ce faire, il ne suffit pas de promulguer une loi, il faut aussi une instance pour veiller à ce qu?il n?y ait point d?abus comme, par exemple, celui qui consiste à maintenir des prestations à des coûts artificiellement élevés. Le lobby de l?élite du secteur privé destiné à repousser l?implantation des sociétés internationales doit être rejeté car il faut encourager l?épanouissement des petites et moyennes entreprises.
Parallèlement, tout le monde doit avoir le sentiment que l?État de droit est bien opérationnel. Au cas contraire, il y a une multiplication inévitable de toutes sortes de pratiques qui nuisent à l?intérêt public. Et il se trouve que, pour satisfaire une opinion publique désireuse de renversement de tendance, les gouvernements ont souvent recours à des méthodes répressives, qui non seulement freinent l?entrepreneuriat, mais incitent aussi à la défiance.
Une institution, qu?elle soit publique ou privée, a l?obligation d??uvrer dans la transparence afin de mériter une certaine crédibilité. Lorsqu?un ou plusieurs de ses membres sont incriminés, ils doivent assumer seuls l?acte allégué pour préserver la sacralité de l?institution. Autrement, l?institution est discréditée, dans la mesure où elle alimente la suspicion et l?amalgame. Quand le régulateur habilité ne sanctionne pas non plus, l?humeur finit par gagner d?autres rives.
Quant aux chartes plébiscitant la citoyenneté d?entreprise, elles ne serviront qu?à placarder les murs des bureaux si le climat n?est pas propice à cultiver un sens de l?éthique. En constatant ce qui se prône et ce qui se pratique au quotidien, il est évident que nous sommes loin de l?élémentaire. Les lois du marché sont encore trop ouvertes à la manipulation. Le règne de la racaille se prolongera si les dirigeants ne donnent pas l?exemple de la responsabilité et de l?intégrité.
Ce sont les exigences d?une vraie réforme ? et pas selon la prescription ?one-size-fits-all? des bureaucrates de la Banque mondiale ? qui susciteront un changement d?attitude. Une réforme bien ficelée rassure le marché avant de générer des bénéfices. C?est une vision à laquelle les court-termistes ne sauraient souscrire.
Par contre, si nos capitaines d?industries étaient mus par le flair, ils auraient, dans la conjoncture actuelle, été inspirés par la sagesse et auraient recherché la compagnie des membres de l?hémicycle législatif dans cette démarche citoyenne. L?économiste Amartya Sen plaide avec clairvoyance pour une économie libérale qui véhicule le développement humain. À la société civile et aux médias de propulser des ?role models? au détriment des imposteurs.
L?émergence d?une main visible pour assainir notre environnement se fait cruellement attendre. Nous serons tous redevables envers l?Histoire.
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