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Ravanne, as-tu du feu ?
L?idée a de quoi surprendre. Une ravanne qui n?a pas besoin d?être chauffée. Nepli bizin alime dife. Et si le look est en tout point identique à la ravanne traditionnelle, si le son est similaire à celui des autres modèles, une série de vis garnit le tour de l?instrument conçu par Zul Ramiah.
Il insiste : ?Li fer avek lapo kabri, pa sintetik, moi mo azout impe poezi.?
Son concept, c?est une de ces bonnes idées, qui, une fois qu?on vous l?a expliqué, vous arrache une exclamation : ?Il suffisait d?y penser.?
Zul Ramiah, lui, y pense depuis une visite en Angleterre, en 1989. Invité pour animer un cabaret pour les Mauriciens installés là-bas, il fut confronté à la difficulté de chauffer l?instrument. ?Enkor ici, mem Plaza mem MGI, ou kapav trase, alim enn dife.? Chose pratiquement impossible près de la salle de spectacle britannique.
Le temps passe. Jusqu?à ce que le chanteur ? actuellement président du conseil d?administration de la Mauritius Society of Authors ? soit invité à nouveau à se rendre en Angleterre en 2004. Après la réflexion, c?est le temps de l?action. Zul Ramiah qui a aussi des aptitudes en menuiserie, se lance dans la fabrication de la nouvelle ravanne.
Un apprentissage en solitaire
Debout devant son établi, chez lui à la route Bassin, Quatre-Bornes, l?artiste se raconte. Comment grâce à la menuiserie, il a pu prendre sa retraite de la fonction publique à l?âge de 51 ans. Comment il est venu au travail du bois alors qu?il était un Clerical Officer qui recevait les fiches d?absence de laboureurs. ?Lerla ou gagn enn ti paz kaye avek so diluil kari, so diluil zasar tou.? Comment il rentrait chez lui après avoir consigné les absences des autres, avec le sentiment de n?avoir rien fait de productif. ?Ler mo reflesi, mo dir samem travay enn zom sa ??
Alors graduellement, il a retrouvé le goût de manier la caisse à outils qu?il a toujours vu chez lui, celle du grand-père, celle du père. Apprentissage en solitaire. Avec pour objectif être indépendant. Du coup, l?artiste devenu artisan, va à la source. Travaille lui-même les peaux de cabris à la chaux et au grattoir. ?Mo mank zis pou soign kabri aster?, blague-t-il en nous montrant la machine avec laquelle il tend la peau sur le cadre, sans avoir besoin d?être aidé par un ?man?uvre?.
Entre ses mains, la ravanne prend forme. Sans tendeurs pour maintenir la peau en place. Sans tendeurs pour ne pas gêner ceux qui ?kontan zoue par deryer?.
Et pour l?essayer, il a demandé plusieurs avis. ?Kan Menwar dir moi mari serye lerla monn gagn mo sertifika?, ajoute Zul Ramiah. Sceau d?authenticité à cause d?une part ?le franc-parler de Leloup, sa passion pour les instruments et ses voyages à la quête de nouvelles sonorités?. Ravanne proposée dans un kit comprenant une maravanne en fleur de canne et un triangle.
Quelle suite, maintenant que le concept a été lancé avec le concours de la MASA ? Zul Ramiah est catégorique. Il dit ne pas être intéressé par les brevets. Notamment à cause des procédures administratives et de leur coût.
?Je ne souhaite pas me lancer dans l?exploitation industrielle, j?ai d?autres projets.? Son plan : placer dix ravannes (avec la maravanne et le triangle), à un ?prix de soutien?. Et ainsi trouver les moyens nécessaires à l?enregistrement de son prochain album.
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