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Rationalité critique
La vitalité d?une démocratie se jauge au degré de dynamisme de sa société civile. Cette fin de semaine a été l?occasion de témoigner d?une société civile mauricienne qui aspire de plus en plus à se prendre en charge et à contenir les velléités liberticides du pouvoir politique. Il y a des batailles qui datent des temps immémoriaux. Celles en faveur de la liberté d?expression et contre la pauvreté participent de cette logique. Aujourd?hui, l?île Maurice se réveille à l?aune d?une économie de marché naissante avec ce que cela entraîne en termes de renouvellement de modes de vie. Certes, ce déterminisme économique présuppose l?existence d?une société de marché. Mais nous n?en sommes pas encore là. Ce n?est pas une raison pour autant de se réfugier dans l?inaction. Au contraire.
Parce qu?il a une certaine conception du social, le gouvernement a décidé d?en finir avec les «field workers» que l?ancien pouvoir avait embauchés et formés. Ces travailleurs sociaux professionnels s?occupaient, entre autres, des enfants de rue et d?autres cas sociaux. Le démantèlement de ce service laissait craindre le pire.
Car il y a des problématiques sociales qui ne trouvent des débuts de solution que dans l?accompagnement et le contact directs. Ce ne sont pas des fonctionnaires qui peuvent le faire.
Toutefois, le gouvernement a choisi de faire abstraction de cette vérité au profit d?une tradition pouvoiriste. On utilise les postes vacants comme troc pour récompenser des agents politiques. Cela se pratique à tous les niveaux mais cela s?accentue dans le cas des postes considérés sans importance. L?Etat a eu l?habitude de nourrir quelques sangsues.
C?est ce qui pousse à croire que le gouvernement de l?Alliance sociale veut accomplir sa révolution réformiste uniquement sur le plan économique. Autrement, il serait difficile de comprendre son obsession à pérenniser des pratiques dignes des autorités coloniales. Heureusement que les citoyens refusent de se laisser gagner par l?inertie et l?amertume. C?est notamment le cas des éducateurs de rue licenciés par la majorité récemment. Ils ont ainsi pris l?initiative de lancer une ONG, le Service d?accompagnement, de formation, d?intégration et de réhabilitation de l?enfant (SAFIRE). Certes, le pouvoir a trouvé un autre moyen pour soutenir cette initiative en y déléguant à son lancement des ministres «humanistes», soit Rama Valayden et Indira Seebun. Mais il n?empêche que la présence des uns ne compense pas la démission des autres.
Le cas SAFIRE illustre cette urgence de la société à viser une forme d?indépendance critique. Mais il ne faut pas se faire d?illusion, la survie de l?association dépendra de sa capacité à lever des fonds. A ce chapitre, le pouvoir a déjà décidé de réduire considérablement la marge de man?uvre des ONG. Les éducateurs de rue sont donc condamnés à reproduire le professionnalisme qu?ils exercent dans leur travail sur le plan gestionnaire. Ce qui est loin d?être gagné.
Loin d?être gagnée également, la volonté du gouvernement de durcir la loi contre la presse écrite. Tout en évitant les réactions excessives, on peut cependant comprendre que ce pouvoir sent le besoin de se montrer coercitif. Car la critique, graduellement, se radicalisera. Son choix d?orientation économique lui attirera immanquablement un procès permanent. Le meilleur moyen de contrer cela, c?est de réduire le pouvoir de nuisance de ce relais qu?est la presse écrite indépendante. Mais il est un pouvoir qui ne sait pas courber l?échine. C?est celui de la liberté d?expression.
Les syndicats également retrouvent une certaine expression ces jours-ci. On s?en réjouit aussi longtemps qu?ils ne cèdent pas à la démagogie. Toute critique du pouvoir doit être rationnelle.
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