Publicité

Rater la réforme

31 mai 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Raj Meetarbhan

Réformer l?état, ce n?est pas gagné d?avance. La volonté des dirigeants politiques d?organiser différemment la fonction publique ne suffit pas pour venir à bout de l?archaïsme et des rigidités des services publics. Il ne sera pas facile, par exemple de convaincre les syndicats que pour instaurer une culture de résultats, il faut de nouvelles méthodes de gestion.

Cette semaine on a eu un avant-goût de la résistance des syndicats à l?innovation. Ils ont pris position contre un système d?évaluation de performance des employés de la fonction publique et des corps parapublics. Un comité présidé par Suresh Seeballuck, chef de la Fonction publique, s?est réuni hier pour étudier le lancement de ce projet sur une base pilote mais, déjà, les voix protestataires s?élèvent.

Le président de la State Employees Federation, Radhakrishna Sadien, annonce d?emblée la position de sa fédération : ?La ponctualité ne devrait pas être un critère de performance car la congestion routière peut empêcher un fonctionnaire d?être à l?heure. De même le stress peut faire qu?un employé ne puisse donner de son mieux.? Des arguments propres à dérouter le plus ardent partisan de la modernisation. Il n?y a pas de doute que les syndicats vont essayer de bloquer les méthodes modernes de management dans la fonction publique.

Pourtant l?efficience de l?administration publique est un objectif qu?il faut atteindre. D?une part, les usagers s?attendent à une amélioration de la qualité des services, de l?autre les opérateurs économiques souhaitent que les autorités facilitent le développement du secteur productif.

Il est urgent de revoir la gestion des ressources humaines si on veut améliorer le rendement des services publics. Le système actuel ne récompense pas les plus méritants. La compétence et l?effort ne donnent pas droit à la mobilité verticale. Il n?y a que l?ancienneté et le pistonnage qui comptent pour l?avancement.

D?autres facteurs qui contraignent nos institutions à l?inefficience ont été mis en évidence cette semaine. Un directeur d?un organisme parapublic a interdit à ses employés de parler au président du conseil d?administration sans son autorisation. Le ?chief executive officer? (CEO) d?Enterprise Mauritius, Prakash Beeharry, a donné des instructions à ses officiers de ne plus communiquer avec son président, Amédée Darga. Pour des raisons d?ego, manifestement, le CEO entend faire respecter de vieilles pratiques du management parapublic. De son côté, soucieux de performance et d'efficience, Amédée Darga tend à bousculer certaines rigidités bureaucratiques. Le résultat est une mésentente au sommet de l?entreprise culminant avec l?annulation, le mois dernier, d?un Salon de la bijouterie.

Mais le meilleur exemple d?un décideur qui est capable de limiter la liberté d'action de ses officiers reste le président du centre cardiaque, Siv Potayya. C?est néanmoins avec beaucoup d?égards que les dirigeants politiques le poussent enfin vers la sortie. Cette affaire symbolise la domination du facteur clientéliste sur les principes de gouvernance et explique l?incapacité à réformer.

Publicité