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Ramgoolam : ?La lutte contre le chikungunya est l?affaire de tous?
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Ramgoolam : ?La lutte contre le chikungunya est l?affaire de tous?
Devant l?étendue de la maladie, le Premier ministre, Navin Ramgoolam monte au créneau. Il fait surtout appel à la responsabilité des Mauriciens pour qu?ils aident dans la lutte contre la propagation du chikungunya. à la réunion d?hier, il s?agissait surtout de mieux coordonner les différentes mesures contre la maladie virale transmise par le moustique aedes.
Il animait un point de presse, hier, après avoir présidé un comité comprenant plusieurs ministères. Le chef du gouvernement avait à ses côtés le ministre de la Santé, Satish Faugoo. A hier, 4171 cas suspects ont été recensés alors que les cas confirmés s?élevaient à 1173 hier matin.
?Tou citoyen concerne par sa problem-la. Tou morisyen bizin engaze. Ce selman lerla kisa batail-la pou gagné. Tou dimoun bizin donn zot coudmain?, soutient Navin Ramgoolam. Il annonce plusieurs mesures actuellement prises par le gouvernement dans le cadre de son combat contre cette maladie virale.
C?est ainsi que le ministère de l?Environnement ? et ce, avec l?aide du secteur privé ? compte faire enlever des pneus usagés et les vieilles barres de fer qui traînent dans les cours. Comme l?effectif de ce ministère ne pourra aller partout, Navin Ramgoolam encourage les familles à enlever régulièrement leurs déchets de leur cour. De plus, pendant une certaine période, il ne sera exigé aucune Waste Carrier Licence aux camions et autres véhicules transportant des déchets.
200 ?fogging machines?
Navin Ramgoolam explique aussi que le ministère de la Santé a encore commandé des équipements pour la démoustication. Dans une précédente réunion, présidée cette fois, par le vice-Premier ministre, Rashid Beebeejaun, les autorités avaient fait le point sur la question. C?est ainsi que le nombre de fogging Machines passe à 200 ? le ministère avait fait l?acquisition d?une soixantaine au début de la propagation de la maladie. Les spraying machines, au nombre de 400, seront augmentés d?une centaine.
Et si les produits répulsifs seront exemptés de certaines taxes, la procédure est toutefois plus compliquée en ce qui concerne la taxe à valeur ajoutée sur les fogging et spraying machines. Mais Navin Ramgoolam, prévoit une campagne permanente contre les moustiques bientôt.
Outre le comité national au niveau du bureau du Premier ministre, le chef du gouvernement annonce qu?un comité de techniciens a été mis en place au niveau de la Santé, et placé sous la présidence du Dr Chiniah Ragavoodoo. Ce dernier, dont le contrat, n?a pas été renouvelé au ministère de la Santé, avait dans une grande mesure aidé à éradiquer la malaria.
La délégation de l?Organisation mondiale de la santé (voir encadré), pour sa part, aidera les autorités à dégager une stratégie plus pointue pour combattre la maladie. Cependant, note le ministre Faugoo, ?ils ont fait ressortir que le travail effectué va dans la bonne direction. Il faut toutefois quelques autres mesures et ils comptent nous guider sur les autres aspects?.
Quant à l?impact sur le tourisme, Navin Ramgoolam s?est voulu rassurant en affirmant que les annulations ne sont pas importantes. ?Il y a surtout une recherche d?information sur la situation actuelle?, précise-t-il.
Pas de vaccin avant cinq ans
Le professeur Antoine Flahault, qui s?est vu confier par le Premier ministre français la responsabilité de coordonner la recherche sur le virus du chikungunya, est d?avis qu?il n?y aura pas de vaccin avant cinq ans. L?épidémiologiste-chercheur et également chef du département de santé publique de l?hôpital Tenon à Paris, avait donné une entrevue dans le journal ?Le Monde? hier. Ne voulant pas donner de ?faux espoirs?, il rappelle qu?un vaccin a été développé par l?armée américaine mais ?arrêté prématurément en 2003? et ?jamais commercialisé?. Il est d?avis qu??on ne peut plus dire que la maladie est bénigne car plus de la moitié des patients actuellement hospitalisés en réanimation à la Réunion sont atteints du virus.?
L?OMS au chevet de Maurice
Une délégation de l?Organisation mondiale de la santé, comprenant trois personnes et menée par Pierre Formenty est en ce moment à Maurice. Mission : faire un constat de la situation et conseiller les autorités sur d?éventuelles améliorations à apporter dans notre campagne contre le chikungunya.
Les recommandations seront également d?ordre régional, car la délégation étudiera la situation au niveau de la région. Le chikungunya sévit aussi à la Réunion et aux Seychelles alors que Madagascar est touchée par une épidémie de la fièvre dengue.
La délégation a rendu visite hier au ministre de la Santé, Satish Faugoo. Elle s?est ensuite rendue à l?hôpital Candos, principalement dans les salles où sont soignés les cas graves de chikungunya.
Les membres ont interrogé les malades aussi bien que les médecins. Ils seront sur le terrain aujourd?hui dans différentes régions où existent des foyers de chikungunya. Ces membres de l?OMS suivront aussi les campagnes de démoustication, d?autant que le chef de mission, Pierre Formenty, affirme que la lutte contre l?anophèle (moustique provoquant la malaria) est différente de celle qui doit être menée contre l?aedes albopictus, moustique vecteur du chikungunya.
Les deux décès suspects ?pas liés au chikungunya?
Ils présentaient tous deux des symptômes se rapprochant de ceux du chikungunya : fortes fièvres et douleurs intenses. Admis à l?hôpital dimanche, Cassam Fatadin, 54 ans, d?Henrietta et Vishal Caumal, 22 ans (photo), de Glen-Park sont décédés un jour après. Mais le ministre Faugoo, lors d?une conférence de presse hier, a soutenu que ces deux décès ?ne sont pas liés à cette maladie virale?. Les causes du décès, note le médecin légiste, Satish Boolell, sont une insuffisance cardiaque pour l?un et une insuffisance rénale et une hépatite pour l?autre. Or, affirme le directeur de l?agence régionale de l?hospitalisation de la Réunion, le Dr Antoine Perrin, ce virus peut entraîner, non seulement des complications de méningo-encéphalite, mais aussi de l?hépatite. Un des beaux-frères de Vishal Caumal témoigne : ?Nous l?avons toujours connu en bonne santé, sauf ces quelques jours avant son admission à l?hôpital. Il avait de fortes douleurs.? L?autre patient, un chauffeur de taxi, toutefois, souffrait d?autres complications, dont le diabète, comme l?affirme un de ses proches.
La Tourism Authority se joint à la lutte
La Barclays Bank a fait don hier de trois fogging machines au gouvernement. C?est le ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval, qui en a pris livraison. Et il appartiendra à la Tourism Authority, qui possède déjà deux appareils, d?en faire usage. L?organisme va dépêcher des équipes sur les sites touristiques et intensifier les campagnes de démoustication. Les produits utilisés sont certifiés par l?Organisation mondiale de la santé.
?Cette lutte est l?affaire de chaque Mauricien et elle commence dans chaque cour ?, insiste le ministre du Tourisme. Elle est aussi l?affaire des entreprises et du secteur privé. Il a écrit à la Mauritius Employers? Federation afin que la fédération patronale sensibilise ses membres. ?Il faudrait que chaque employeur mette à la disposition de ses employés un système de fogging?, souhaite le ministre. Il fait aussi ressortir que les hôtels ont accepté de soutenir la lutte dans le slocalités des régions avoisinant leurs établissements hôteliers.
Sur le plan touristique, Xavier-Luc Duval annonce que malgré la présence du virus, Maurice continue à bien se comporter sur les marchés : ?Il y a une bonne augmentation des arrivées attendue pour le mois de février et, selon les opérateurs, les mois à venir seront positifs.?
Questions à Pierre Formenty, chef de la délégation de l?OMS
?C?est déjà une épidémie à Maurice?
● Le ministère de la Santé affirme que le chikungunya n?a pas encore pris une dimension épidémique. Partagez-vous cet avis ?
C?est une épidémie.
● A partir de quel chiffre commence-t-on à parler d?épidémie ?
C?est n?est pas une question de chiffres. On dit qu?il y a épidémie parce que ce qui se passe actuellement à Maurice est anormal. Le chikungunya a beaucoup perturbé vos services de santé.
● Les chiffres avancés par le ministère de la Santé sur le nombre de personnes infectées par le virus du chikungunya sont souvent contestés?
Je ne crois pas que les chiffres sont faussés. Le gouvernement mauricien ne cache rien. Il n?est d?ailleurs pas dans l?intérêt de l?Etat de cacher quoi que ce soit. Il y a une différence cependant dans les statistiques, version française et version mauricienne. L?équipe française se base sur le ?reporting?, c?est-à-dire sur les déclarations individuelles. Du moment qu?une personne dit qu?elle a le chikungunya, elle est sur la liste. A Maurice, on attend la confirmation du laboratoire.
● Estimez-vous que Maurice est en mesure d?empêcher le chinkungunya de pendre la même ampleur qu?à la Réunion que vous venez de visiter ?
C?est surtout avec l?aide de la population qu?on arrivera à maîtriser cette maladie. Il faut que la population mauricienne se transforme en armée civile pour éliminer le vecteur de la maladie, le moustique aedes. Il faut éliminer ce moustique à l?intérieur et autour de la maison. Il faut tout éliminer en termes de collection d?eau ? flaques d?eau, eau dans les gouttières, pneus ou ustensiles usagés. A la Réunion, on s?est rendu compte que 60 % des gîtes larvaires de ce moustique étaient dans les soucoupes sous les pots de fleurs. Là-bas, on avait pensé qu?avec l?arrivée de l?hiver, ces moustiques seraient éliminés. Mais l?hiver n?a pas été assez rigoureux pour les tuer et ils se sont retrouvés avec une épidémie gigantesque aussitôt l?été revenu.
● L?OMS est décriée pour avoir déclaré que le chikungunya est une maladie généralement bénigne. Réviserez-vous votre opinion après ce qu?on a constaté ces derniers temps, surtout à la Réunion ?
L?OMS n?a jamais dit que le chikungunya est bénin. Nous avons simplement signalé que la mortalité n?est pas aussi importante qu?avec d?autres épidémies, soit 90 % avec l?ébola, ou encore 10 % avec le SRAS. Avec le chikungunya, la Réunion a enregistré un taux de mortalié de 0,1 %.
● Qu?est que Maurice peut attendre de l?OMS aujourd?hui ?
Nous aiderons à mettre en place une stratégie régionale pour détecter et contenir plus rapidement toute maladie. Nous aiderons à améliorer la surveillance. Le directeur général de l?OMS sera bientôt à Maurice, pour le chikungunya, mais aussi pour la grippe aviaire. Maurice est un petit Etat, mais vous êtes membre à part entière de l?OMS et notre présence chez vous démontre notre solidarité avec vous et notre soutien.
● Quelle est votre mission principale à Maurice ?
Constater et conseiller. Je viens d?arriver et je n?ai pas encore une très bonne idée de la situation.
Propos receuillis par Raj JUGERNAUTH
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