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Ramgoolam : «Ceux qui n?ont pas d?idéaux ne laisseront pas d?empreintes»

24 juin 2008, 00:00

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Après une heure de discours, le Premier ministre a chaud : il le fait savoir discrètement pour qu?on allume la climatisation. Outre cette petite interruption et la pause d?une demi-heure pour le thé, Navin Ramgoolam ne laisse apparaître aucun stress, aucun signe de fatigue. Pour cause, c?est un Premier ministre satisfait et fier des résultats de la réforme qu?a enclenchée son gouvernement ces trois dernières années, qui a pris la parole.

Outre sa satisfaction des mesures prises et leurs résultats ? il faut semer pour récolter, dit-il ? le discours long de deux heures du Premier ministre laisse entrevoir ce besoin de l?homme politique d?entrer dans l?histoire comme celui qui a eu la vision d?apporter les changements profonds dans la société. Et d?ailleurs, Ramgoolam le dit ? ceux qui font sans cesse des compromis ne laisseront jamais «leurs empreintes dans les sables de l?histoire».

Il faut mettre le troisième budget du gouvernement dans son contexte, dit d?emblée le PM. Après ces trois budgets, «les principes de notre politique doivent maintenant être très clairs : encourager la croissance économique à travers la réforme de la taxe et encourager des profits sains (?), l?effort et diversifier l?économie», dit Navin Ramgoolam.

Ce dernier se dit fier d?avoir au cours de ces trois années, pris les mesures qui s?imposaient et d?avoir réussi à faire reculer le chômage, d?avoir créé plus de richesses, d?avoir commencé à démocratiser l?économie et d?avoir fait de Maurice un pays dans lequel les investisseurs croient.

<B>«La vision et la volonté de créer»</B>

Pour ce faire, le PM dit n?avoir pas eu peur de prendre des mesures impopulaires. Mais les difficultés sont énormes, de par la situation internationale (prix du pétrole, sécurité alimentaire), la position géographique de Maurice et son manque de ressources naturelles entre autres. Ramgoolam se dit néanmoins confiant que Maurice réussira à surmonter les obstacles comme elle l?a déjà fait dans le passé. Mais pour ce faire, il faut, dit-il, que « la population soit unie, qu?elle montre du courage, de la vision, du leadership mais qu?elle ait surtout la détermination de réussir ». Parce que, dit Ramgoolam, «there are no passengers, we are all crew.»

Bien qu?il égratigne les membres de l?opposition en les fustigeant pour «l?incompétence dont ils ont fait preuve quand ils étaient au pouvoir» et en les qualifiant de «shameless hypocrites» quand ils critiquent le budget, le ton de Navin Ramgoolam n?est pas agressif. Le point qu?il veut faire, c?est que lui, a la vision et la volonté de créer «une société que nous allons léguer aux futures générations».

C?est la raison pour laquelle, dit-il, son gouvernement a mis sur pied le projet Maurice Ile durable, a ouvert l?accès à l?éducation supérieure, a baissé le corporate tax pour attirer plus d?investisseurs, a ouvert le ciel pour attirer plus de touristes, a diversifié les piliers de l?économie entre autres.

Chiffres à l?appui, Navin Ramgoolam énumère les progrès économiques accomplis et explique pourquoi dans cette même optique, son gouvernement estime important d?éradiquer la pauvreté absolue. Il explique aussi que tout cela n?aurait pas pu se faire sans la volonté et la conviction de bien faire.

Une partie «importante» de ces réformes est aussi la réforme de l?industrie sucrière, «un exemple concret que la démocratisation de l?économie n?était pas qu?un vain slogan mais un vrai programme».

Ramgoolam est revenu sur les «difficultés» des négociations avec les sucriers. Cet accord, ajoute le PM, a permis de répartir de façon équitable les profits futurs de la nouvelle industrie de la canne. Le PM annonce d?ailleurs que la semaine dernière, le gouvernement et la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) sont tombés d?accord sur les «terms of reference» des experts qui vont arbitrer sur la participation des travailleurs de l?industrie sucrière dans la production de l?énergie.

Cela a pu être accompli, ajoute Ramgoolam, parce qu?il «n?a pas reculé devant les obstacles parce que je crois dans ce que je fais. Je ne pense pas que les gens ont voté pour moi (?)pour que je fasse des compromis à chaque fois qu?il y a des difficultés». Pour Ramgoolam, «ce n?est pas ça le but du pouvoir politique».

La politique, dit-il «n?est pas un choix de carrière, c?est un engagement à être au service d?une cause et des idéaux. Ceux qui le voient autrement, ne laisseront jamais leurs empreintes dans les sables de l?histoire».

<B>Deepa BHOOKHUN</B>

COMMENTAIRES

<B>Les bons mots</B>

■ «C?est comme aller chez le médecin et il vous ausculte et tout ce qu?il trouve à dire c?est ?je constate que le patient va mourir !?» Navin Ramgoolam, revient ainsi sur le commentaire de Jayen Cuttaree alors ministre de l?Industrie qui disait que «nous constatons que les usines ferment à une vitesse vertigineuse.» Eclats de rire généralisés.

Au lieu de dire «MSPA», le PM dit «MSPCA» par inadvertance. Alors que les députés éclatent de rire, Navin Ramgoolam sourit et dit, «c?est une bonne analogie?»

«Tous ceux qui ont critiqué la venue d?Apollo finiront par aller là-bas eux-mêmes. Enfin pas que je leur souhaite d?être malades mais au moins, là-bas, ils seront entre de bonnes mains?»

«La diplomatie économique doit se faire avec style. On ne peut pas prendre une bicyclette et espérer que l?on va vous recevoir?»

«L?honorable Cuttaree dit ne pas savoir où on en est avec le ?Land based Oceanic Industry?. Je vous assure que vous allez goûter à cette eau avant la fin de mon mandat, Monsieur Cuttaree. L?eau a même des propriétés de rajeunissement. Qui sait, Monsieur Cuttaree : peut-être que vous allez même rajeunir !» Cuttaree : «Ah ! C?est cela votre recette !»

Rires...

<B>Cuttaree : «Des produits essentiels auraient pu être subventionnés» </B>

Baisser les droits de douane sur plusieurs dizaines de produits n?était pas la meilleure décision du ministre des Finances? C?est ce qu?estime le leader adjoint du Mouvement militant mauricien (MMM), Jayen Cuttaree. Et aux autorités qui expliquent que cette détaxation engendre un manque à gagner de Rs 1,8 md, le député affirme qu?il y avait d?autres solutions, comme par exemple utiliser cette somme pour subventionner des produits de première nécessité, dont le lait pour nourrissons.

Il met aussi l?accent sur les facteurs qui affectent actuellement les pays pauvres ? dont la flambée des prix du pétrole et des denrées alimentaires. Il soutient que ce sont là des crises qui vont durer un certain temps. Et ajoute que ceux qui survivront seront ceux qui sauront s?adapter rapidement au phénomène de la mondialisation. A ce titre, il explique qu?il est impossible de prévoir les conditions qui seront favorables au développement durable, sujet qui est au centre de l?attention aujourd?hui.

Or dit-il, tandis que les chefs d?Etat du monde se concentrent sur les moyens d?encourager l?investissement public pour une croissance à long terme, le ministre des Finances, Rama Sithanen «est en train de s?auto-congratuler sur la thèse qu?il a accompli un nouveau miracle économique en l?espace de trois ans». «Peut-être que le ministre des Finances devrait se présenter aux élections au poste de président des Etats-Unis afin de remédier aux dangers qui guettent l?économie mondiale», ironise le député mauve.

Se référant au budget, il parle de «recette inadéquate» et qualifie le projet d?intégration sociale de «trompe-?il». «Où en est le land base oceanographic program?» Nando Bodha en profite pour ajouter son grain de sel : «Neither on the land nor in the ocean».

Jayen Cuttaree estime que le ministre des Finances a été sélectif dans son approche des chiffres démontrant la croissance économique.

Citant le rapport annuel du Board of investment sur les difficultés de la zone franche ? les licenciements et une roupie faible ? le député dira que le ministre des Finances n?a pas pris en considération les besoins de ce secteur. Il avance avoir entendu que certaines compagnies revoient leur stratégie d?expansion et optent maintenant pour une re-localisation à Madagascar.

Jayen Cuttaree s?est dit très inquiet par une mesure budgétaire permettant des amendements au Private Public Partnership (PPP) Act en vue de négocier des contrats sans appel d?offres. «Aucun gouvernement n?a été aussi opaque que celui-ci. Il faudrait savoir à qui profite cette opacité .» Il devait ensuite aborder la crise alimentaire et a évoqué à ce sujet une «tentative de tuer Les moulins de la Concorde».

Le député parlera ensuite de «malhonnêteté intellectuelle» du ministre des Finances qui, dit-il, s?est approprié la paternité de certains projets de l?ancien régime.

Le manque de main-d??uvre qualifiée est un autre problème non résolu, estime Jayen Cuttaree, déclarant que 71 % des sans-emploi ne détiennent pas de School Certificate alors qu?on est en train de parler de world class education. Il devait du reste conclure son discours en soutenant qu?on parle beaucoup de world class education, world class minister, world class city. Et de déclarer que ce budget est un «world class bluff».

<B>Kursley THANAY</B>

<B>Sithanen : «La réforme économique porte ses fruits» </B>

«Juste, équilibré et intelligent.» Rama Sithanen, ministre des Finances résume «son» budget en trois mots. Hier lors de son summing-up, il a dit avoir noté que le budget a été bien reçu par la population et par les radios privées. «Ce budget a déboussolé l?opposition», a dit le grand argentier.

Rama Sithanen a également comparé le gouvernement à une compagnie. «Quand une compagnie fait des profits, elle partage des dividendes avec ses actionnaires. Pour le gouvernement, les actionnaires représentent le peuple.» Le gouvernement, dit-il, a eu le courage de prendre «d?audacieuses et d?innovantes mesures» pour aller de l?avant avec la réforme.

De plus, le ministre des Finances a longuement parlé de la situation économique «désastreuse» héritée par le gouvernement. «Cela prend du temps pour guérir une économie.» Et de plus, devait-il souligner, le gouvernement a dû faire face à la baisse du prix du sucre de l?ordre de 36 %, l?augmentation du prix du fret, des produits alimentaires et un marché mondial hostile.

«La réforme a créé de l?espace fiscal. Mais nous avons travaillé dur pour cela.» Cette marge de man?uvre, dit-il, a permis de ne pas augmenter la TVA. «Nous avons résisté à la politique facile et à la démagogie.» Il a également réfuté les arguments de l?opposition sur le fait que l?argent alloué au budget capital n?a pas été dépensé.

Selon Rama Sithanen, de là, à dire que le gouvernement a créé un fossé entre les employés du secteur public et ceux du secteur privé est faux. «Dans le secteur privé, les salaires sont revus chaque année.» En 2003, le Pay Research Bureau (PRB) a alloué une augmentation de 22 à 23 %. Selon le calcul du grand argentier, le dernier rapport du PRB n?a fait que rattraper le retard des employés du public sur ceux du privé.

L?abolition de la taxe douanière sur de nombreux articles de consommation courante a fait chuter leurs prix, dit-il. «L?impact a été plus prononcé sur certains produits», devait-il souligner. Il s?est félicité de n?avoir pas augmenté la dette, la taxe sur le revenu ainsi que le déficit budgétaire.

Mais le ministre dit faire face à un gros dilemme. Choisir entre l?inflation et la croissance. «L?idéal aurait été une croissance forte et une inflation très basse.» Rama Sithanen le concède : l?inflation est un problème. Il a rappelé qu?un rapport soumis par d?éminents économistes au président français, Nicolas Sarkozy, contenant 300 mesures pour n?arriver qu?à une croissance de 1 %. «Ici, nous sommes sortis de 2 à 6 % .»

Un autre point fort du budget est que «tout le monde a eu quelque chose». Que ce soit les planteurs, les pêcheurs ou les entrepreneurs, entre autres. Le partage se fait dans ce qui est «socialement juste et viable, et économiquement profitable». Pour Rama Sithanen, il n?y a pas de contradiction entre son soutien au projet de Citypower et celui de l?île durable. «Il y aura toujours un minimum d?énergie produite de combustibles fossiles.» Le gouvernement investit dans le futur, soutient le ministre des Finances.

<B>Michel CHUI CHUN LAM</B>

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